Partager l'article ! Quelle transition politique et quelles perspectives démocratiques pour la Guinée?: Conférence-débat organisée par le Centre d’études des ...

Ce titre qui relève de la Mythologie grecque antique, est passé de siècle en siècle jusqu'à nos jours dans l'expression trancher le nœud
gordien d'un problème inextricable.
Son origine remonte à une légende liée à Alexandre le Grand (356-323 av. J.-C.). Gordias, roi fondateur du royaume de Phrygie (Asie Mineure) avait un char, symbole de royauté dont un lien fixait le joug au timon. Un oracle avait prédit que la succession dans ce royaume reviendrait à celui qui dénouerait le lien du char au nœud extrêmement compliqué. En 334 av. J.-C., Alexandre le Grand tenta de défaire le nœud, ni parvenant pas, il le trancha d'un coup d'épée. C'est de cette légende qu'est née l'expression « trancher le nœud gordien » qui a dès lors désigné, par métaphore, un problème inextricable qu'on règle par une action non conforme à ce qui est édicté. Dans le langage courant le nœud gordien caractérise donc un obstacle dont on ne peut pas venir à bout par les règles habituelles.
Pour les difficiles pourparlers en cours sur la Guinée à Ouagadougou, les Forces vives guinéennes peuvent-elles en trancher le nœud gordien, comme
sortie de crise? Pour autant que cette crise en cours soit lourde et semble insoluble, le Forum des Forces vives n'en disposent pas moins d'atouts non
négligeables qu'il faut utiliser avec maestria. Outre les Forces vives, certains Guinéens du camp de ceux qui luttent contre une dictature militaire (qu'on ne tarderait
pas à habiller en civil), ont en tête des variables de ces atouts. Avant d'arriver aux recommandations faites par ceux qui méditent et écrivent à
l'attention des Forces vives pour trancher le nœud gordien de la médiation faite par Blaise Compaoré désigné par ses pairs de la Communauté des Etats de l'Afrique de l'Ouest
(CEDEAO), je vais faire un survol de l'ensemble de la situation guinéenne actuelle pour aboutir à ce que je sens , ce que je crois pouvoir être les voies
incontournables pour cela .
Je propose une marche en trois étapes tout en étant conscient que bien des aspects que je traite ont été soulevés par d'autres mais sur lesquels chacun peut
exprimer différemment son sentiment personnel.; Les étapes que je propose sont les suivantes.
1°) Les hommes du CNDD tels que je les jauge en tant que Guinéen, à l'échelle de l'Etat guinéen;
2°) Les Forces vives, tels que je les sens, en tant que Guinéen, pour le service de l'Etat guinéen;
3°) Trancher le nœud gordien de la situation guinéenne actuelle s'impose mais pas par l'immolation de Guinéennes et de
Guinéens. Ceci est possible.
I.LES HOMMES DU CNDD TELS QUE JE LES JAUGE.
L'évolution grand-guignolesque du Capitaine Moussa Dadis Camara et du Général Sékouba Konaté leaders du Conseil National pour la Démocratie et le
Développement (CNDD) est suffisamment connue des Guinéens au cours de l'année qui se termine qu'il est à peine nécessaire d'insister là dessus. Dans un article publié sur sites
autour du 5 juin 2008: « Guinée - Que pouvons-nous attendre? », j'écrivais: »La sud américanisation de l'Armée guinéenne en pire est la chose la plus inquiétante
qui pouvait arriver à la Guinée... Dans l'exemple de la mutinerie d'une partie de cette Armée, il s'est agi de sous-officiers et d'hommes de troupes, ayant séquestré et humilié leurs officiers
supérieurs. Le comportement de malfrats de la pire espèce qu'ils ont eu ne doit , secrètement réjouir personne en particulier. C'est une habitude qui est prise depuis 1996 et qui a ressurgi en
2006, 2007, 2008 pour régler leurs problèmes d'intendance sur le dos de la population. Le comportement de ravalement de la hiérarchie s'est installé dans la longue
durée et sera l'ennemie de la démocratie tant souhaitée. C'est pourquoi personne ne doit se réjouir de cette situation . Les soudards qui constituent l'essentiel de l'Armée, ne
travaillent pour personne en particulier mais pour eux-mêmes. Ils n'ont que faire de la nation guinéenne, encore moins de l'opinion internationale.
Nos soudards ont vu et enregistré comment le généralissime Lansana Conté a gouverné et agi depuis vingt-quatre ans. Ils ont, pour certains, vécu ou
entendu comment le prédécesseur de Lansana Conté a gouverné et agi : tous deux par la force. Cela a marché pendant cinquante ans ; pourquoi la force ne
continuerait-elle pas à régler les problèmes? Par delà les actes de vandalismes de soudards guinéens pour avoir une voiture à l'œil ou remplir son garde-manger sans bourse
déliée, c'est l'état d'esprit qui s'incruste en eux qui est l'élément que tout responsable politique devrait retenir », au lieu de se réjouir en pensant que la chienlit de
l'Armée pourrait lui profiter; Voilà comment je voyais l'Armée guinée avant le coup d'Etat du 23 décembre 2008.Je prolongeais
cette perception de l'Armée guinéenne dans un autre article sur sites du 11 juin 2008: « Guinée – Ouvrons les yeux ».
Au sujet de la bande de soldatesques arrivés au pouvoir par la force et qui se maintient par la force, on ne peut s'empêcher de penser à l'essai écrit par notre compatriote, feu
Sako Kondé sur les équipes au pouvoir en Guinée de 1958 à 1984 et qu'il avait intitulé: « Guinée, le temps des fripouilles » (Paris,
Edit. La Pensée Universelle, 1974, 221p.). Sako Kondé y brossait sans complaisance, la conception sans foi ni loi, d'individus y compris leur Chef de la gouvernance ne
reposant que sur la force et la violence. La galerie de portraits retracés dans «Le temps des fripouille » peut se retrouver chez les hommes du CNDD, avec en moins l'apparente rigueur
de méthode et d'idéologie.
Pourquoi donc l' engouement populaire à l'annonce du coup d'Etat de décembre 2008?. Pour tous ceux qui connaissent l'évolution
des cinquante années de la Guinée, cet engouement était justifié par le blocage et le glacis institutionnels auxquels on était parvenu et tout le monde ou presque (partis politiques,
opinion publique et même l'Etranger) avait cru aux premières déclarations des membres du CNDD de faire rapidement le ménage par une courte période transitoire pour mettre le pays sur des
rails institutionnels, pour ensuite regagner leurs casernes. Tout ceci a été dit solennellement à la face des opinions publiques nationale et internationale. C'est du reste pourquoi la plupart
des condamnations extérieures du coup d'Etat en Guinée , n'étaient que des condamnations de principe. On l'a vu en Mauritanie où le Général Mohamed Ould Abdel Aziz, d'abord
condamné à l'extérieur pour putsch mais qui ne s'est pas accroché au pouvoir en faisant massacrer des compatriotes, est à présent entré dans le club des nations civilisées.
En un jour, Dadis et sa bande de criminels , ont abattu à l'arme de guerre, le 28 septembre, 157 Guinéennes et Guinéens et plus de 1200 blessés ( au bas mot ) pour avoir, ont-ils justifié , « transgressé une interdiction de manifestation »,mais en réalité pour supprimer toute contestation à leur soif de pouvoir. Malgré l'ampleur de cette ignominie, tranquilles comme Baptiste, lui et ses thuriféraires, occultent cet énorme forfait pour parler de deux poids deux mesures en pointant la tolérance internationale à l'accès d'Abdel Aziz à la Présidence de la Mauritanie. Au constat de cette référence à la Mauritanie et au « confort moral » qu'affichent Dadis et ses acolytes pour prétendre gouverner la Guinée, tous les Guinéens sensés et le monde civilisé ne peuvent que reconnaître que des hommes si dénués de scrupules et d'humanité méritent non seulement la disqualification aux charges qu'ils convoitent mais aussi , le mépris absolu. C'est ce qui devrait être la réponse à la sauvagerie des hommes du CNDD. Ils ont montré en onze mois toute leurs limites à pouvoir gouverner la Guinée qui ne manque pas de problèmes à régler.
Accueillis en sauveurs par le peuple guinéen qui leur avait ouvert un boulevard historique que des hommes doués d'un minimum de calcul politique, auraient pu
aménager pour l'avenir; ils se grisés de pouvoir et sont tombés en trois à quatre mois dans la tambouille de courtisans-vers de terre . Ils se sont saisis de tous les
thèmes qui pouvaient encore exciter les ressentiments et l'ardeur vengeresse d'un peuple recrus de malheurs . Malheurs de cinquante ans de violence systématique
,de mal gouvernance, de pillages économiques du pays par son encadrement politique civil mais également militaire. De tout cela, a été brandie la
détermination d'entreprendre des audits de gestions publiques, de faire des élections libres, de lutter contre les narcotrafiquants, de
terrasser l'ethnocentrisme, etc. Naturellement tous ces thèmes se sont vite révélés être des coquilles vides, des attrape-nigauds.
Mais pas pour Dadis et ses compagnons. Ils leur ont servi à tenter d' asseoir durablement leur mainmise sur le pays. Ils ont montré par là que ce qui les intéressait par dessus tout, était leur pérennisation au pouvoir à l'instar de leur père spirituel Lansana Conté. Celui-ci qui a été le pilleur numéro des ressources économiques du pays n'a jamais été cité par Dadis dans ses élucubrations sur les audits. Et d'ailleurs lui-même Dadis, gestionnaire des carburants de l'Armée, autre entreprise juteuse d'Etat, sous le régime de Conté, comment a-t-il fait pour s'offrir les propriétés foncières qu'il possède à Conakry et ailleurs? Ce n'est sûrement pas avec des économies sur son salaire de misère de capitaine de l'Armée guinéenne. Depuis qu'il s'est autoproclamé Président ,d'où tire-t-il tous les fonds financiers qu'il distribue à droite et à gauche pour se constituer une clientèle politique, comme ces falots des « Forces patriotique »,ceux de « L'Alliance de l'Union démocratique de Guinée »? N'est-ce pas sur les deniers publics sans autorisation préalable et pour d'autres sur la logistique de l'Etat? Et son second Sékou Konaté, où a-t-il tiré, entre autres, des fonds pour envoyer à titre privé 50 pèlerins à La Mecque?.Toutes ces manœuvres d'échafaudage de bana-bana à construire à la hâte des partis politiques fantoches pour se maintenir en place, montrent que Dadis et son brain-trust du CNDD n'ont rien retenu en la matière des 50 années de la Guinée indépendante.
Le puissant et totalitaire PDG qui embrigadait tous les Guinéens à partir de l'âge de sept ans , s'est écroulé ,un matin, le 3 avril 1984, dans l'indifférence générale. Or le PDG avait dans ses manœuvres de pérennisation publié de nouveaux statuts en 1969 dont l'article 3 stipulait: « Est membre du Parti Démocratique de Guinée, tout citoyen de la République de Guinée âgé de sept ans au moins qui accepte le programme et les statuts, prend une part active à la réalisation des objectifs fixés à l'article 1er, applique les décisions du Parti et acquitte ses cotisations » ( voir Horoya n° 1640 du 17 janvier 1969, p.2), tout cela ne lui a pas évité l'écroulement brutal. Le P.U.P. que Conté avait financé sur les deniers publics s'est effondré avant sa disparition.
Combien de temps Dadis et consorts croient-ils que les « Forces patriotiques » et autres, Alliance de l'Union démocratique de Guinée , vont-elles tenir la rampe? Tous ces exemples sont cités pour signaler l'absence de vision du futur guinéen des hommes du CNDD et qu'il ne faut pas leur faire confiance ,ne serait-ce qu'au regard de la froideur de monstres que la machine-CNDD a montrée en ce jour du 28 septembre 2009.
Rien ne peut justifier une confiance en ces criminels qui ont ainsi annoncé la couleur de la gouvernance qu'ils comptent
installer, une fois consolidés. Pour toutes celles et tous ceux qui aiment la Guinée, méditez sur notre passé: de 1958 à 2008, quand des compatriotes étaient arrêtés et physiquement liquidés,
les voisins ne se posaient pas de questions, jusqu'au jour où c'étaient eux ou un des leurs qui étaient fauchés par la machine à tuer. Ce type de comportement est bel et bien présent
encore aujourd'hui.
Les aspects soulevés ici de la gouvernance erratique de cette étrange camarilla du CNDD sont d'autant plus inquiétants qu'elle
s'est affublée de personnages interlopes qui la desservent plus qu'ils ne la servent à l'intérieur comme à l'extérieur. C'est le cas de ce Moussa Keita, Chef de la
délégation du CNDD à Ouagadougou qui déclare à R. N. Sawadogo dans Fasozine, parlant des Forces vives: « Plus jamais, nous n'accepterons que des gens qui ont les mains sales dirigent
la Guinée ». Si l'on posait la question à des enfants de l'école primaire de n'importe quel continent de savoir laquelle des deux
mains de deux malfaiteurs est la plus sale ,l'une dégoulinante de sang humain, l'autre pas de sang ; on peut sans aucun doute s'attendre à ce que la presque totalité des enfants désignent
comme étant la plus sale, la main sanguinolente. Par conséquent les mains des criminels soudards , couvertes du sang de nos compatriotes sont plus sales que celles
de ministres qui ont volé des deniers publics et qui doivent d'ailleurs en répondre autrement que dans le cadre d'une justification du CNDD pour se maintenir en place. Le
diplomate du CNDD qui pose la question dans ces termes, ne s' est même pas regardé dans un miroir avant de répondre, ou, autre explication de l' absente d'humanité
du CNDD à travers son commis voyageur ,est que quelques billets de banque de franc guinéen valent infiniment mieux que des vies de citoyens guinéens. A partir de là, quelle
signification donnez-vous à ce type de comportement ?...Ce n'est pas parce qu'on n'a pas eu de parents directs dans le pogrom du 28 septembre 2009, qu'on peut aller jusqu'à se refuser
de se pencher sur ces massacres. Le CNDD a une conception de son rôle de dirigeant d'un pays si faible pour ne pas dire inexistant que cela devrait encore le
disqualifier plus aux yeux des Guinéens et de l'extérieur.
L'autre personnage interlope dans les négociations de Ouagadougou et qui illustre l'incompétence rédhibitoire du CNDD à diriger un pays , est le nommé Chérif Idrissa, ministre à la Présidence chargé de la communication et de l'information. Celui-ci après des pérégrinations non éclaircies hors de Guinée, tombe dans la mamaya de Dadis à Conakry, en épouse les rites et le langage et devient un personnage du système. Il commence par rassurer son patron lui affirmant que les menaces extérieures de sanctions contre la junte ne sont que des verbiages sans lendemains . A preuve, lui ,« le ferrailleur de pacotille» en a vu des belles de ces menaces vite tombées dans l'oubli comme par exemple en Côte d'Ivoire où il vu qu'après la mort de 4 000 personnes, les menaces d'embargo contre ce pays, n'ont pas été suivies d'effets. Et dire que c'est ce paltoquet qui a proféré qu'on ne peut pas brader la dignité de la Guinée en laissant venir au pouvoir les dirigeants des Forces vives guinéennes. Mais c'est ce genre de personnages au verbe haut et sans consistance qui peuplent les allées du Camp Alpha Yaya et « gouvernent » en ce moment notre pays. Quelle descente...!.Chérif Idrissa sait, cependant , à quoi s'en tenir pour sa sécurité personnelle . A part les voyages encadrés de Conakry-Ouagadougou, il sait qu'il risquerait gros en s'aventurant ailleurs. Des personnages opportunistes de son espèce doivent se dire qu'il faut vite profiter de l'aubaine qui fait de lui un ministre de laRépublique de Guinée, le temps que Dadis sera là.
J'ai cité ces deux cas (il y en a d'autres) pour signaler l'extrême faiblesse intellectuelle et morale des éléments disparates autour de Dadis et leur
effrayante vacuité pour pouvoir parler au nom d'un pays.Pour s'être acoquinés avec des personnages aussi peu recommandables, Dadis et les
membres du CNDD montrent aux Guinéens leur peu de considération pour eux ,pourvu qu'ils demeurent au pouvoir. Or l'amour de la terre natale, sans parler des hommes et des femmes qui
l'habitent, peut s'étendre ,pour des êtres normaux, jusqu'aux objets inanimés environnants comme beaucoup de gens l'ont ressenti à travers les siècles et qu'exprime si bien le poète ,
dans ces mots:
«
Chaumière où du foyer étincelait la flamme,
Toit que le pèlerin aimait à voir
fumer,
Objets inanimés, avez-vous donc
une âme
Qui s'attache à notre âme
et la force à aimer ? »
(Alphonse de
Lamartine, 1790- 1869, dans « Milly ou l'amour de la terre natale).
Célébrer l'amour de la terre natale ,de la patrie, jusqu'à interpeler les objets environnants est encore aux antipodes de la bestialité brutale et
meurtrière des hommes du CNDD pour conserver le pouvoir. Encore une fois, ces hommes ont-ils une humanité? C'est un point sur lequel on devra appuyer pour la
disqualification définitive de la bande du CNDD et ses acolytes.
L'apparente constitution en trompe-l'oeil du gouvernement autour du CNDD ne laisse pas voir ouvertement une « ethnisation outrancière », pour qui
ne sait pas lire entre les lignes. J'ai toujours écrit que cela me hérisse de vouloir toujours tout traiter sous l'angle ethnique .Mais j'ai aussi écrit que dans une nation
en formation comme la nôtre , les politiques doivent tenir compte des sensibilités régionales, or, aussi bien dans le CNDD que dans le gouvernement, La Basse-Guinée et La
Moyenne-Guinée, ont l'air de faire figure de parents pauvres alors qu'elles sont aussi démographiquement parlant de grandes régions. Même à ne considérer que les deux
autres régions (Haute-Guinée et Guinée -Forestière), il apparaît qu'elles ne sont pas équitablement traitées en terme de géographie locale dans le gouvernement et la haute
fonction administrative.
Pour prendre, en exemple, la Guinée-Forestière, ceux de nos compatriotes qui utilisent facilement l'expression de « pouvoir
forestier » se trompent lourdement . Ce pouvoir n'est pas forestier, autant que le pouvoir de Sékou Touré n'était pas un pouvoir malinké, ni celui de
Conté, un pouvoir soussou. Pour l'actuel pouvoir, il vous suffit, cependant, de consulter la composition du premier Gouvernement Komara, à la mi- Janvier 2009.
Sur 30 ministres, un noyau dur composé de l'entourage ethnique immédiat (Guerzé) de Dadis tient quatre grands ministères
de
souveraineté: Alexandre Cécé Loua aux Affaires étrangères, Dr Frédérique Kolié à l'Administration du Territoire et des Affaires politiques, Colonel Siba Nol amou à la Justice,
Papa Koly Kourouma (seul rescapé du Gouvernement Souaré) à l'Education. Cette « ethnisation « trop condensée, ne concerne même pas tous les Guerzé qui sont
loin, d'ailleurs, dans leur ensemble de constituer numériquement un ensemble significatif de l'ensemble de la Guinée-Forestière. Mais le noyau dur Guerzé en question ne se
situe que sur l'unique axe Koulé-N'Zérékoré. Le capitaine Claude Pivi qui n'est pas à proprement parler Guerzé à rejoint ce noyau comme ministre à la
sécurité présidentielle et a réussi à faire nommer ministre Alassane Onipogui. Alors quand certains parlent allègrement de pouvoir forestier, où sont passés
les Kono, les Toma, les Kissi, les Manon, les kouranko, les Malinké, Peuhl et autres durablement installés en Guinée-Forestière?
Telles sont des réalités qui dépeignent l'ethnocentrisme de Dadis qui clame vouloir lutter contre cet ethnocentrisme, sans me référer ici aux
milices qu'on dit venir des résidus des guerres du Libéria et de Sierra Leone. Mais là-dessus, n'ayant pas d'informations précises, je ne peux pas dire plus. Et s'il
s'avérait que certaines rumeurs qui courent sur ce sujet, sont fondées, je demeure persuadé que cette stratégie ne mènera à aucune pérennisation du pouvoir de Dadis et du CNDD. Depuis
les indépendances africaines, combien de chefs d'Etat n'ont-ils pas usé de stratagèmes, dépensé d'énormes sommes d'argent pour la sauvegarde de leur fauteuil présidentiel. En vain!
Ce sont là aussi des questions que des internautes soulèvent et qui entraînent l'ire d'autres. Mais on devrait pouvoir parler de tout cela sans s'étriper pour
montrer toutes les façades du pouvoir d'imposture que Moussa Dadis Camara mène avec son char de CNDD. Comme les précédents pouvoirs, il faut que ceux qui soutiennent ce pouvoir fantomatique du
CNDD qui ne mènera la Guinée qu'à plus de ruines, se désillusionnent et deviennent réalistes. C'est certain que des margoulins (ministres ,hauts fonctionnaires ou autres) en profiteront
pour s'enrichir personnellement mais ce n'est pas ce qui va faire progresser notre pays.
Guinéennes, Guinéens, mes compatriotes, de toutes régions, de toutes sensibilités politiques, de toutes confessions religieuses, ressaisissez-vous pour
réorienter la Guinée vers une direction de vraie démocratie, source de plein épanouissement humain pour tous les Guinéens. Les militaires guinéens, tels qu'ils sont, aujourd'hui, ne
seront pas capables, en tant qu'inspirateurs et recours de la politique guinéenne, de réaliser l'aggiornamento de la démocratie et du développement de la Guinée. Il ne s'agit pas dans ces
propos de rejet ou d'exclusion définitive de citoyens. Dans ce monde du XXIe siècle, il faut des hommes et des femmes qui se sont, de longue date, préparés à la gestion publique. Avec une
accélération plus rapide de l'Histoire, cela devient une nécessité absolue. un militaire qui abandonne son métier d'armes et n'a plus de lien organique avec l'armée, pour se préparer à entrer
dans l'arène politique , n'est plus un militaire mais un citoyen civil, qui une fois élu va appliquer la gestion civile à la société et non pas la gestion « mécaniste et robotique » des
armées. Mais dans toute société, existe une division sociale du travail. Les militaires sont plus compétents que quiconque pour la défense du territoire national. Leur prétention
basée sur des armes, pour diriger
des pays, notamment en Afrique, est une des causes principales de la stagnation, voire de la régression de ce continent. Or pour l'Afrique, tendre la main pour obtenir des
« aides extérieures » ou se prosterner aux pieds des bailleurs de fonds extérieurs pour les moindres projets et même pour organiser des élections , n'offusquent plus grand
monde,50 ans après avoir retrouvé notre dignité par l'indépendance. C'est pour toutes ces raisons que nous aspirons à une nouvelle forme de gouvernance assise sur une volonté librement
exprimée des citoyens guinéens et africains mais non pas par la force des armes. C'est pourquoi, on ne peut pas accepter Dadis et le CNDD, car ils n'ont aucune
vision précise de l'avenir de la Guinée en dehors des fantasmes. Ce n'est pas en sortant d'une boutique de distribution de carburants à des troufions qu'on peut raisonnablement s'ériger
en manager d'une nation. Il est bien vrai que dans notre pays ,chacun se croit capable de tout faire et c'est pourquoi , nous sommes, aujourd'hui, en Afrique de l'Ouest, à part les discours
creux, l'une des nations les moins performantes sur le plan de la démocratie et du développement économique et social. Il faut que par nos forces assemblées, nous arrêtions cet état des
choses.
Je crois que nos compatriotes qui luttent actuellement au sein des Forces vives et dans n'importe quelles autres organisations pour une autre Guinée que
celle de l'Etat totalitaire et du caporalisme obscurantistes de 1958 à 2009, doivent être soutenus. Je crois que les hommes et les femmes issus des Forces vives et sans tutelle
d'autocrates ignorants feront mieux pour la Guinée que des militaires semi-lettrés. Ces Forces vives doivent être soutenues et encouragées , même si, aujourd'hui, le combat mené
peut sembler sans issue. Ce genre de situation s'est souvent présentée dans l'histoire des nations. Et le combat qui se mène ne se déroule pas seulement sur le
terrain comme on l'entend souvent mais également hors du terrain. Ce combat se mène aussi par la plume: livres, presse-papier, presse électronique etc. D'où la rage des Guinéens sur le
Net mais cela devrait éviter les attaques personnelles mais conduire à la recherche d'arguments solides .
GUINEE
: LE NOEUD GORDIEN (Deuxième Partie)
Entre la publication de cette deuxième partie et la première de cet article est intervevu, à Conakry le 3 décembre , un règlement de compte sanglant entre le chef de la junte, le
Capitaine Moussa Dadis Camara et son aide de camp Aboubacar Diakité dit Toumba.C'est connu, quand un Etat développe, si longtemps, la culture de la violence, personne ne peut raisonnablement
croire qu'il ne peut pas en être victime, un jour ou l'autre. Le règlement de compte du 3 décembre, a été plus dramatique ( mais les Guinéens ont l'habitude de parler « d'incident malheureux »
dans de pareilles circonstances), que n'ont semblé le dire les pitoyables thuriféraires du système du CNDD que sont notamment, les tisserins, Moussa Kéita et Idrissa Chérif. Cet « incident
malheureux » a tout de même conduit le Capitaine dans un hôpital militaire du Maroc. Dakar plus proche gèographiquement de Conakry, a peut-être semblé, moins sûr
pour le patient en raison de la présence du grand nombre de Guinéens hostiles à son régime et à leurs tentatives de pressions bruyantes par des manifestations quotidiennes mais en raison aussi de
la peur de l'entourage du chef du CNDD de le voir plus facilement arrêté qu'au Maroc, après ses soins, pour une destination, du genre de La Haye, aux Pays-Bas. Malgré des soins intensifs
prodigués par des spécilistes chérifiens, il faut être réaliste. Selon toute vraisemblance, Dadis ne ressortirait, dans l'hypothèse optimiste , que profondément handicapé au physique .Autour de
ce drame, c'est Alexandre Cécé Loua, Ministre des Affaires étrangères qui vient de tenter d'atténuer le ridicule qu'Idrissa Chérif répandait sur notre pays en essayant de faire croire qu'un pays
étranger (la France) était le commanditaire de l'acte de Toumba alors que tout le monde sait que c'est un comportement de malfrats de la pire espèce,qui est devenu le réflexe conditionné de
l'Armée guinéenne dans toutes ses composantes.Même s'il se peut aussi qu'on y trouve des éléments saints,isolés et muselés. Toujours est-il que les atrocités exercées sur deux soldats par
d'autres et qui ont fait par vidéos, le tour du monde, ces jours derniers,ne constituent qu'une petite illustration de la férocité sanguinaire de cette Armée, devenue un ramassis de criminels
invétérés. C'est en considération de tous ces aspects qui ne datent pas d'aujourd'hui, que j'ai écrit plus d'une fois que l'Armée guinéenne telle qu'elle est sortie du moule de Lansana Conté,
n'était plus composée que de ,groupements de tontons macoutes ,en référence à la situation militaire qui prévalait sous les Duvalier père et fils en Haïti de 1957 à 1986 .J'ai plus d'une fois
souligné aussi que ces tontons macoutes guinéens n'avaient ni la hauteur intellectuelle,ni l'épaisseur éthique pour mener le redressement de la Guinée. Bref les limites de Dadis et de ses
compagnons sont apparues très vite aux yeux de bien de nos compatriotes ,au point que ceux-ci sont passés rapidement de l'enthousiasme populaire à l'arrivée de la junte au pouvoir à la
désaffection grandissante . L'un des aspects flagrants de ces limites de celui qui voulait être l'inspirateur et le recours du redressement de la Guinée s'est concrétisé en le faisant tomber tête
baissée, dans la souricière du camp Koundara.En effet après les massacres massifs du 28 septeptembre 2009 et l'annonce de la commission d'enquête internationale , ce n'était plus l'entente
parfaite entre Dadis et Toumba et pourtant le patron n'a pas pu éviter le rendez-vous fatal où l'attendait son aide de camp.La suite est connue.Croyez-vous qu'une telle méconnaissance de son
environnement (hommes
et choses), pouvait-elle permettre à Dadis de contourner les multiples embûches dans la gestion de l' Etat? Si la popularité du Capitaine dont parlaient tant ses soutiens et courtisans ,était
réelle, comment expliquent-ils qu'au regard de la configuration géographique de la presqu'île de Kaloum, Toumba ait pu faire son coup et disparaître sans avoir été arrêté? Cela s'est passé le 3
décembre, nous sommes le 15 décembre. Il court toujours, mais les perroquets du CNDD ont réponse à tout pour faire taire sur leurs incompétences notoires en tout et leur vacuité insondable . Ils
n'ont même pas conscience de cet état. Bref, les insuffisances multidimensionnelles des militaires guinéens au pouvoir sont de telles tailles que tout citoyen sachant lire, écrire et réfléchir,
et même ayant des parents dans l'Armée, peut admettre que cette Armée ne peut pas réaliser l'aggiornamento de la démocratie et du dévelopement dans
notre pays. Ce constat n'est pas une critique à la personne physique de Dadis ou de Sékouba Konaté ou d'autres du CNDD, mais une invite à tout Guinéen capable de réfléchir à l'avenir de son pays
et lui dire que cet avenir dépend et surtout de l'encadrement sociopolitique du pays (à la merci des caprices du Président), mais aussi de chacun des Guinéens. Les agitations pour tels ou tels
hommes et femmes ne constituent pas l'essentiel. L'essentiel, au delà des belles intentions proclamées doit être la capacité physique, intellectuelle et éthique au service de son pays et tout
ceci ne s'acquiert pas parce qu'on tient un fusil. Tous ceux qui ont poussé et encouragé Dadis, qui semblait peut-être sincère dans ses premières déclarations d'il y a un an, à s'entêter dans la
quête du pouvoir avec leur théorie simpliste et fumeuse: (« Tu as conquis le pouvoir, tu l'organises et tu le conserves », sont aujourd'hui les
véritables responsables des malheurs qui lui sont arrivés le 3 décembre et dont sa famille souffrira des conséquences comme souffrent les familles qui ont perdu des leurs le 28
septembre 2009 . Ces choses ont beau être expliquées aux Guinéens, il s'en trouvera toujours qui s'accrocheront aux premiers bonimenteurs qui viendront leur promettre la lune.
C'est pourquoi, je demeure persuadé qu'il faut que le Forum des Forces vives plaident avec conviction, auprès de l'Union Africaine (UA), de la Communauté Economique des Etats de l'Afrique de
l'Ouest (CEDEAO) et de la Communauté internationale (Union Européenne (UE), USA, ONU), pour le retrait de l'Armée guinéenne de la vie politique guinéenne .Une fermeté sur ce point rendrait un
immense service non seulement à la Guinée mais à d'autres pays africains.Ce n'est pas parce qu'on a des armes payées par la collectivité nationale pour sa défense que ceux qui sont commis à cette
défense doivent se constituer en corps autonomes pour régenter toute la dite collectivité nationale.C'est ce qu'aurait pu exposer dès le d épart, aux envoyés du CNDD à Ouagadougou, un médiateur
soucieux du droit des gens et il semble que tel avait été la feuille de route assigné à Blaise Compaoré par la CEDEAO. Se souvenant peut-être de son
propre itinéraire, parsemé de cadavres mais ayant malgré tout, avec les années, revêtu l'habit de la notabilité, Compaoré avait pensé que les délégués guinéens n'étaient qu'à la recherche de
strapontins ministériels dans un gouvernement où les militaires du CNDD tiendraient le haut du pavé. Les vives réactions d'opposition des Forces vives à cette conception de la médiation , la
forte intervention du Président de la Commission de la CEDEAO, Mohamed Ibn Chambas et le communiqué final de la 9e session du Groupe International de Contact sur la Guinée (GIC-G), à Ouagadougou
le 13 décembre 2009, vont tous dans le sens d'une transition courte que les Forces vives guinéennes exigent composée de civils et suivie d'élections libres et démocratiques auxquelles ne
participerait aucun membre du CNDD.En outre, les recommandations faites pour le déploiement d'une force de protection des civils et d'assistance humanitaire en
Guinée renforcent également l'engagement des Forces vives guinéennes dans le combat pour la démocratie en Guinée.
II – LES FORCES VIVES TELLES QUE JE LES SENS.
L'apparent déblocage institutionnel intervenu en Guinée,après l'instauration formelle du multipartisme politique, a été accompagné par des tentatives de coordinations d'actions des partis
politiques de l'opposition , face au pouvoir de Lansana Conté.Sous diverses appellations successives, il s'agissait déjà de forum de l'oppostion politique qui a subi, à l'époque toutes sortes de
critiques , notamment de la part de ceux qui n'étaient pas sur le terrain.Bien que fondées pour certaines, beaucoup d'autres critiques ne tenaient pas compte des difficultés de l'exercise du
terrain. Les critiques les plus fréquentes étaient, entre autres,l'absence de synergie d'actions face au parti balbutiant de Conté (le P.U.P) qui s'accaparait de tous les leviers de commande de
l'Etat pour se renforcer au pouvoir.Une autre critique était la stigmatisation sans nuance des partis de l'opposition qu'on qualifiait de fondés sur une base
ethnique.Je vais y revenir.
Au sujet des pourparlers actuels, sur la Guinée, à Ouagadougou, dans le cadre de la CEDEAO, tout le monde sait que le Forum des Forces vives
dont on parle, est assez flou dans bien des esprits, mais comporte d'une part, les Partis politiques et,d'autre part,le Mouvement social guinéen ( les 8 Centrales Syndicales de Guinée,le Conseil
National des Organisations de la Société Civile Guinéenne et la Confédération patronale des Entreprises de Guinée « CPEG »).L'efficacité étant le but recherché dans le genre de pourparlers
rappelés ci-dessus, j'avais, à un moment, pensé que les syndicats , la société civile et la cpeg n'y avaient pas leur place, leur but n'étant pas dirctement les problèmes discutés à Ouagadougou.
Au demeurant ,sans être une obligation, parmi des dirigeants syndicaux , ceux de la société civile et ceux de la cpeg, certains doivent être, peut-être, adhérants d'un parti politique de leur
choix.Les grandes centrales syndicales ont d'ailleurs montré leur efficacité au cours des évènements de janvier-février 2007 en partant de
leur champ d'action de lutte pour les revendications des travailleurs. A cette occasion, ils ont pleinement joué le rôle moteur qui avait été le leur, face à la bride au cou des leaders
politiques par le pouvoir et l'atonie du militantisme politique.De même , malgré l'exception guinéenne en matière de négation de la démocratie, la Société civile guinéenne a rapidement pris un
essor remarquable en peu de temps. Elle a également joué un rôle dans les dramatiques évènements de janvier-février 2007.Elle a commencé sous Conté à jouer un rôle de porte-parole de la
démocratie, à chercher à travers des associations et des ONG des limites aux excès du marché et aux atteintes à l'environnement en sensibilisant l'opinion aux problèmes écologiques et enfin à
mener diverses actions dans la lutte contre la pauvreté.Enfin les dirigeants de la CPEG ont fort à faire pour des créations d'entreprises (principaux agents de
production de la richesse de la nation). On voit donc que syndicats , société civile et entreprises ont des terrains féconds de multiples actions sur lesquelles ils doivent agir pour plus
d'efficacité sociale au lieu de se disperser sur des activités de politique générale bien que tout se tienne. Les délégués des Forces vives à Ouagadougou ou ailleurs sur les grands problèmes
politiques, devraient être des leaders politiques , ayant une expérience de débat du type des thèmes traités. Chacun de ceux-ci devraient se souvenir que ce n'est pas à l'étranger qu'on fait sa
campagne électorale, ( à moins de déplacements spéciaux pour cela) , et il va de soi que les délégués doivent strictement agir et parler au nom de l'ensemble des leaders des Forces vives et je
crois que c'est ce qui se passe jusqu'ici.
Je renouvelle ces remarques,déjà connues ou appliquées pour souligner qu'il faut en arriver en Guinée à la division sociale du travail.Or ce qu'on constate très souvent , dans notre pays , est
toujours la mobilisation générale de tout le monde pour tout ce qui s'entreprend, autour de vastes forums, où chacun
est content d'être vu mais d'où il peut ne rien sortir de concret. Certes, un forum est une réunion avec débat autour d'un sujet qui peut certes enrichir tous les participants sur le thème
traité, mais l'objectif d'atteindre des résultats concrets, comme c'est le cas des pourparlers de Ouagadougou ou d'ailleurs , peut conduire à limiter à un tout petit nombre de délégués porteurs
du consensus qui a été dégagé en Guinée.Pour ce qui s'est passé à Ouagadougou, je crois qu'on a réussi, cette fois, à s'autodiscipliner. Cela est bon pour la suite de la bataille.
Je viens d'indiquer que ce type de mission doit revenir aux leaders politiques mais il faut absolument,qu'en dehors de cette mission, les Guinéens serrent les rangs autour des partis politiques
de leur choix pour que cela mène à la démilitarisation de la vie politique dans notre pays.C'est la voie du salut démocratique .J'ai souvent écrit qu'il fallait éviter des critiques sans
fondement contre ceux qui luttaient dans l'opposition sous le régime de Lansana Conté, dans un contexte de non droit et de situation économique et sociale difficile. Ceci est encore valable
aujourd'hui. Ainsi, dans l' article: »Guinée – La guerre du feu », sur sites autour des 14-15 avril 2008,je présente une défense et illustration des partis politiques d'opposition pour des
raisons qui me paraissent encore d'actualité dans ces jours de bataille rude pour la démocratie en Guinée.En substance, j'indiquais dans cet article les faits suivants:
a) l'instauration du multipartisme (formel) du début des annéés 90, doit beaucoup à l'action des grands leaders politiques de l'opposition même s'ils n'ont pas été capables de
répondre par une action concertée à la demande de renouvellement politique souhaitée alors par la population réelle du pays.Mais l'absence d'Etat de droit, le difficile contexte économique ont
joué contre eux.L'examen de ces aspects aurait dû ( doit toujours) conduire à des critiques constructives qu'à des philippiques enflammées.
b) les critiques fréquemment émises sur les fondements ethniques des partis politiques d'opposition ne m'ont jamais paru comme des critiques solides.Elles ignorent les réalités
des régions nodales que sont nos quatre régions;Celles-ci doivent être perçues comme noeuds de toute une série d'interactions humaines, géographiques, historiques, économiques etc. Perçues comme
noeuds dans l'espace national guinéen, les quatre régions peuvent servir de point de départ à des partis politiques,comme cela s'est passé ailleurs dans le monde, sans que ces partis soient
catalogués d'ethniques, d'autant plus que la mobilité spatiale de la population depuis l'indépendance, a conduit dans chaque région à l'installation de minorités « allogènes » non négligeables .
A long terme, les régions peuvent réciproquement irradier les unes sur les autres. Ces irradiations multipolaires des régions nodales finiront sous
l'impulsion de l'administration , des partis politiques et d'autres acteurs institutionnels par former un tout national homogène institutionnellement. On voit donc que de l'hétérogénéité des
partis et des régions dits ethniques , on finira par obtenir une homogénéité nationale de composition des partis. Le parti ayant démarré à tel point du territoire national verra son odience
proportionnelle étendue à tout le territoire national.Il faut du temps mais c'est le schéma d'évolution que j'imagine pour les partis d'aujourd'hui.Et ce ne sont pas des ukases ou des
récréminations qui changeront l'état actuel des choses. Si les leaders ont la fibre nationale et sont en puissance de véritables hommes et femmes d'Etat, il n' y a pas de raisons valables de les
accabler d'ethnocentrisme. Question d'ailleurs sur laquelle, on doit être vigilant.L'ethnocentrisme se maintiendra si certains continuent de s'accrocher à des ignorants bavards.
Une politique d'éducation de la jeunesse par des écoles répandues aux quatre coins du pays aidera à consolider l'évolution dans l'unité guinéenne en construction.
Les contremaîtres de ce chantier de construction sont nos leaders politiques qu'il faut encourager au lieu d'affaiblir alors qu'ils ne sont pas les responsables directs de la catastrophe
guinéenne.Ceux qui sont coupables de malversations dans la gestion des biens collectifs , doivent en répondre mais pas dans le cadre d'un choix entre militaires et civils pour le gouvernement de
la République de Guinée.L'encadrement militaire n'a pas non plus des mains propres sur ce chapitre. Lansana Conté et ses officiers supérieurs ont été autant des pilleurs des ressources
économiques du pays que des ministre et cadres supérieurs civils.Mais les militaires n'ont jamais été visés par les campagnes d' audits annoncés par Dadis.Tout le monde se souvient,comment en
juin 1979, un Conseil Révolutionnaire des Forces Armées ghanéennes,conduit par le capitaine Jerry Rawling s'est emparé du pouvoir pour lutter contre la corruption; les deux
précédents Présidents , les généraux Acheampong et Akuffo sont fusillés. Le ménage fait d'abord dans l'armée, Rawling remet trois mois après, le pouvoir aux civils en septembre 1979 et le Docteur
Hilla Limann est élu Président. Même si Rawling est revenu deux ans plus tard, le Ghana a amorcé lentement une évolution positive dans sa construction qui ne s'est pas encore démentie.Le Ghana
est aujourd'hui une démocratie , politique ,économique et sociale solide de l'Afrique de l'Ouest.
Ces observations m'amènent à affirmer que les Forces vives représentées par des leaders politiques solides diposent des atouts solides dans les pourpalers de Ouagadougou et dans d'autres
pourparlers à venir. Je reviendrai sur ces atouts, mais d'ors et déjà, il faut signaler que:
a) Le CNDD a montré ses limites à diriger un peuple par ses méthodes barbares qu'il a étalées aux yeux du monde entier.Si des discussions ne peuvent pas les conduire à se retirer
de la scène politique, les Forces vives doivent persuader,d'une part, comme cela se passe déjà , plutot bien , l'UA et la CEDEAO,et, d'autre part, la Communauté internationale d'intervenir en
Guinée pour ,au moins, défendre la population contre son armée composée de criminels récidivistes.
b) Ceux qui mettent en doute l'éventualité d'une intervention extérieure en Guinée, parce que des déclarations extérieures ne se font pas entendre sur la crise guinéenne,ne me
semblent pas avoir compris certaines choses.En ce qui concerne la CEDEAO, on ne peut plus dire qu'il y a désintérêt,bien au contraire, car c'est à la suite d'une déclaration sur cette crise par
Mohamed Ibn Chambas, Président de la Commission de la CEDEAO, défavorable à Dadis que les deux folkloriques diplomates du CNDD (Moussa Kéita et Idrissa Chérif) avaient voulu surseoir leur
participation à la suite des discussions menées par Compaoré, pour,esuite s'y rendre le 13 décembre. Par ailleurs la dicrétion sur le sujet,observée par certains , du côté de la Communauté
internationale (Union Européenne, USA), après des condamnations sans ambiguïté des massacres du mois de septembre, est sans doute , due au fait de ne pas gêner
l'Union Africaine (son Président de la Commission de l'UA, Jean Ping) et la CEDEAO.Il ne faut d'ailleurs pas oublier que l'intensité des condamnations des criminels du CNDD ne pouvait pas laisser
indifférentes l'UA et encore moins la CEDEAO auprès de laquelle les Forces vives ont une vraie carte à jouer.Enfin quand on parle de la Communauté internationale et notamment les pays
occidentaux, certain Guinéens sont toujours prêts à ressortir des rengaines éculées sur le néocolonialisme et l'impérialisme des années 60.On a même entendu l'Archevêque de Conakry, recourir à de
tels arguments pour expliquer les massacres du 28 septembre dernier .Le pauvre Idrissa Chérif vient encore de trouver dans l'attentat de Toumba contre Dadis, la main de la France, alors que lui
et Toumba étaient souvent mains dans les mains sans qu'il ait pensé un instant reconnaître en lui un agent étranger.Bref tout ce contexte explique sans doute que
des commentaires ne soient pas fréquemment entendus dans des milieux dirigeants occidentaux ,mais qui, je le pense, ne demeureraient pas inactifs à prendre des mesures conformes au droit
international et à la protection des droits de l'homme si les Africains les y pressaient.Pour ce qui concerne les Nations Unies , une Commission d'enquête internationale sur événements du mois de
septembre s'est déjà rendue en Guinée.
Les Guinéens doivent donc serrer les rangs derrière les principaux partis politiques que tout le monde connaît et dont les leaders ont montré par un long combat qu'ils sont mieux préparés que des
miltaires pour concevoir un projet politique de société et assumer la gestion des services de l'Etat guinéen.C'est ce que je crois.Cette assertion n'est pas un appel à un comportement moutonnier
des citoyens mais à l'encouragement de contributions constructives en lieu et place de diatribes velléitaires.
(A SUIVRE)
Pr Ansoumane Doré
(Dijon,
France)
Conférence-débat organisée par le Centre d’études des mondes africains (CEMAF)
de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne en collaboration avec l’OPSA
et le Club-DLG / Samedi 6 février 2010
THEME : Quelle transition politique et quelles perspectives
démocratiques pour la Guinée?
CONTRIBUTION DE NABBIE SOUMAH : L’IMPUNITE SERA-T-ELLE
SACRIFIEE SUR L’AUTEL DE LA TRANSITION ?
« Le bourreau tue deux fois : d’abord par la mort, ensuite par l’oubli ! » selon un axiome, un vieil adage. Le bourreau mise toujours sur l’oubli et l’impunité pour ne pas répondre de ses actes devant la justice.
La transition, relancée après l’accord de Ouagadougou du 15 janvier 2010 dont la valeur juridique suscite des débats et conclu par Blaise Compaoré, le médiateur dans la crise guinéenne, Sékouba Konaté et Moussa Dadis Camara le « chef en titre » de la junte, pose trois équations à résoudre : sa durée, son contenu et les personnes qui l’animeront.
Pour le moment on ne connaît que sa durée qui est de 6 mois, une primature « tricéphale » et la structure du gouvernement que dirigera Jean-Marie Doré, ancien porte-parole des Forces vives qui est une structure tripartite qui représente la véritable opposition à la junte.
Des interrogations demeurent bien que des perspectives heureuses se dessinent en Guinée sous la férule de Sékouba Konaté, ministre de la défense et chef d’Etat par intérim (et non Président car non élu).
Trois sentiments m’habitent ; c’est le triptyque : espoir, soutien et vigilance.
Car certaines forces obscures de la Restauration, rétives au changement et arc-boutées sur de juteuses rentes de situation mal acquises, qui ont intérêt à ce que rien ne change sont tapies dans l’ombre et manœuvrent contre l’intérêt général et l’alternance démocratique. Malgré un bilan désastreux du CNDD qu’elles soutiennent en réalité.
L’impunité est devenu leur allié objectif ; elle concerne à la fois les crimes économiques et toute forme d’atteinte aux droits humains.
Il faut sortir le plus tôt possible de cette transition militaire dévoyée en organisant des élections libres, transparentes et équitables pour que le pouvoir politique en Guinée retrouve les bases de sa légitimité ; surtout pour mettre fin à la dictature, au culte de l’impunité et de l’injustice en y instaurant un réel Etat de droit, des pratiques démocratiques dans nos mœurs politiques.
La tache ne sera pas aisée mais, contrairement à certains, je préfère une après-midi enchantée au fameux « Grand soir » qui ne vient jamais.
Par réalisme et dans le souci d’un retour rapide à l’ordre constitutionnel. Parce qu’ il est grand temps de refermer la parenthèse, la page du régime militaire.
Mais avant de tourner une page il faut la lire.
Pour éviter le replâtrage, le maintien de cette caste administrative, militaire, commerçante et affairiste et favoriser aujourd’hui la Renaissance, le changement, le début d’une nouvelle ère empreinte d’espoir et de prospérité, il est urgent et vital de mettre fin à la récurrente impunité dont jouissent ces forces de la Restauration.
Le rapport accablant et nominatif de la Commission d'enquête internationale onusienne aura sûrement des suites judiciaires à l’encontre de la junte guinéenne qui se trouve dans le collimateur de la Cour pénale internationale (CPI).
Cette justice internationale au service de la vérité historique bénéficie de la traque constante des auteurs de crimes contre l’humanité, de génocide et d’une Jurisprudence implacable, notamment la Jurisprudence « Jean-Pierre Bemba » sur le fondement juridique du « principe de la hiérarchie militaire ».
1°) L’IMPUNITE, L’ ALLIEE DES FORCES DE LA RESTAURATION
Malgré son bilan désastreux au niveau de la gestion de l’Etat, malgré ses crimes économiques et humains, le CNDD est soutenu par une coalition hétéroclite et tentaculaire d’affidés favorables au statu quo ; leur allié objectif étant l’impunité.
Il est grand temps d’éradiquer l’accommodement à la culture de l’impunité et de l’injustice, à l’avilissement de la personne humaine en Guinée, à la violence, aux nombreux et répétitifs manquements aux droits de l’Homme depuis les années 50 à l’ère du CNDD.
a) CNDD : un bilan désastreux
Notre pays, malgré ses potentialités naturelles et humaines incommensurables, a enregistré beaucoup de retard sur le plan de son développement économique et social : les ratios concernant les consommations d’eau potable et d’électricité, les soins de santé primaire, la scolarisation et l’alphabétisation restent très insuffisants.
Il est classé parmi les pays les plus corrompus dans le monde selon Transparency International, parmi les derniers pour l’Indicateur du Développement Humain (IDH) et continue encore de faire partie des pays les plus pauvres au monde avec plus de 40% de la population vivant au-dessous du seuil de pauvreté absolue.
La Guinée demeure dans la sous-région, dans la zone Mano River, l’épicentre du trafic humain, des armes, de la drogue et de la fausse monnaie.
Depuis le 23 décembre 2008, on a assisté à :
• l’arrestation ou à la mise à l’écart de presque tous les dignitaires du régime défunt ;
• l’émergence de nouvelles autorités militaires inexpérimentées et démesurément ambitieuses ;
• la prééminence du facteur ethnico-régional dans le processus de recrutement et de promotion des cadres civils et militaires ;
• la volonté inébranlable de la junte de se maintenir au pouvoir au mépris de la volonté du peuple de Guinée et des exigences de la communauté africaine et internationale ;
• la formation des clans militaro-politiques, ce qui a consacré la fin de la discipline, du commandement unifié et de l’esprit de corps dans l’armée guinéenne, au sein des forces de sécurité ;
• l’immixtion grave et intolérable du chef de l'Etat DADIS, au mépris du principe de la séparation des pouvoirs cher à Montesquieu, dans le fonctionnement du pouvoir judiciaire avec une violation du principe de la présomption d'innocence et du secret de l'instruction (cf. le dossier du trafic de drogue) ;
• l’usage partisan et personnel des deniers publics : décaissement de centaines de millions de FGN à la Banque centrale au motif fallacieux de dépenses de souveraineté pour acheter les consciences, engloutis dans des Mamaya pour vendre la candidature de DADIS dans la perspective de l’élection présidentielle : par exemple, les 22 chefs de quartiers de N'Zérékoré auraient reçu chacun une 4X4 Toyota double cabine et des chefs de secteurs 450 motos ; le CNDD est devenu ainsi une structure, un « machin » avec des réseaux internes de promotion sociale sur des fondements subjectifs, « identitaires », d’enrichissement personnel, de népotisme, etc… ;
• un système éducatif non performant avec notamment moins de 23 % de réussite au BAC en 2009, alors que l’Ecole a pour rôle de créer des citoyens éclairés ;
• des crimes humains du CNDD : arrestations arbitraires et extrajudiciaires, détention dans des lieux non conventionnels de civils et de militaires à qui on refuse l’assistance d’un avocat et la visite de parents ; tortures ; meurtres ; viols qui provoquent des traumatismes inaltérables sur les plans physique, affectif et mental.
b) Une coalition hétéroclite et tentaculaire favorable au statu
quo
«
La vertu se perd dans l’intérêt, l’opportunisme comme les bras des fleuves se perdent dans la mer ! ».
Mon cursus social m’interdit certains parcours contrairement à certains de nos compatriotes, notamment ceux qui résident en France qui, malgré les viols et massacres de pacifiques manifestants au stade du 28 septembre, continuent d’enjamber la mare de sang et la dépouille de nos martyrs afin d’assurer une hypothétique promotion sociale.
Il y a le prix que certains attachent à leur honneur, à leur dignité, à leur reniement, à leur consumérisme, à leur ralliement à DADIS et au CNDD à qui ils témoignent une bienveillante servilité. C’est un vil prix. Ceux qui essaient désespérément de donner un vernis de respectabilité à des tueurs et violeurs en masse ; notamment avec le fallacieux alibi que DADIS est bon, est un « ange » que son entourage aurait induit en erreur.
Mais notre pays, derrière sa molle couche de corrompus, d’opportunistes, de recyclés permanents a des ressorts moraux insoupçonnés.
L’histoire, ce juge incorruptible, qui fait son chemin avec le temps, interrogera un jour, chacun des Guinéens, sur ses responsabilités lorsqu’il avait été confronté à ce défi devant son destin.
Le CNDD est soutenu par une coalition hétéroclite et tentaculaire, de sbires, d’affidés venus d’horizons divers :
• Des « intelligences » au service d’une mauvaise cause, mais ne dit-on pas que « science sans conscience n’est que ruine de l’âme ? » ;
• Les rebus et les imposteurs de la diaspora cherchant une place au soleil ;
• Les recyclés du système Conté ;
• Des partis politiques « alimentaires » venus se créer et se greffer au CNDD ;
• Des partis politiques existants venus servir de supplétifs pour le CNDD ;
• Ceux qui ont trahi leur structure partisane originelle, dénommés les « Transhumants » ;
• Ceux qui croient que c’est au tour de leur ethnie ;
• Ceux qui ont des préoccupations alimentaires très prononcées ;
• Ceux qui ont des rentes de situations juteuses à préserver ;
• Ceux qui veulent exister, qui ne supportent pas l’ombre, l’anonymat, l’effacement ;
• Ceux qui préfèrent le maintien de DADIS ou d’un autre militaire au pouvoir à la victoire d’un rival politique ;
• Ceux qui empruntent toujours des raccourcis et des mauvaises routes politiques pour tenter de devancer leurs concurrents ;
• Ceux qui ne supporteraient pas qu’un leader politique issu de la diaspora accède à la magistrature suprême ;
• Ceux qui estimaient qu’un pouvoir ne se transmets pas et qu’il fallait que DADIS le conserva à tout prix comme ses prédécesseurs, même malades et incapables quitte à l’instrumentaliser comme Lansana Conté le fut en fin de vie (cf. les décrets falsifiés).
c) Le devoir de mémoire et la justice sacrifiés
Des familles pleurent encore des morts, des disparus, soignent des blessés et des victimes de viols, de la violence d’Etat depuis les années 50 à nos jours.
Trois ans après le carnage du 12 juin 2006 et celui du 22 janvier 2007, les auteurs et les commanditaires de ces tueries courent toujours.
Cet anniversaire a été passé sous silence par les nouvelles autorités du pays, les Forces vives et les grands acteurs de la scène
politique.
Pour tromper l'opinion nationale et internationale, les autorités avaient mis en place une commission d'enquête nationale mais elle n'a jamais fonctionné faute de dotation financière de la part
du gouvernement de Lansana Kouyaté, l’ancien Premier ministre de consensus.
Le vendredi 22 janvier 2010, le Mouvement des jeunes guinéens de France (MJGF) a déposé une gerbe de fleurs à l’ambassade de Guinée à
Paris pour rendre hommage aux victimes (plus de 300 personnes en majorité des jeunes) et réclamer que justice leur soit rendu.
Par ailleurs, nous venons d’assister à la manifestation d’une justice nationale laxiste et aux ordres du pouvoir militaire avec le verdict ignominieux de la commission nationale d’enquête
indépendante (qui n’est indépendante que de nom) sur les évènements du 28 septembre, mise en place par l’Ordonnance N° 053/PRG/SGG du 7 octobre 2009.
Cette CENI a rendu, en effet, sa conclusion le mardi 2 février 2010 par l’entremise de Siriman Kouyaté. Elle a absous, disculpé les forces de sécurité et inculpé Aboubacar Toumba Diakitéet ses hommes, mis en cause tous les leaders politiques présents au stade le 28 septembre dernier et victimes d’exactions. C’est le comble du cynisme : le bourreau se mue en justicier !
Il n’est pas inutile de rappeler qu’un membre de cette CENI, Mme Juliette Tolno la négationniste, avait nié l’existence de ces viols : « il n’y a jamais eu de viol le 28 septembre (…) des femmes ont été payées 40 euros pour faire de faux témoignages »..
Enfin, on note un curieux oubli des événements de septembre 2009 dans les 12 points de l’accord de Ouagadougou du 15 janvier dernier.
Paradoxalement, pendant qu’à Conakry on disculpe des criminels et violeurs, de jeunes Guinéens, qui étaient indignés et révoltés à juste titre par les massacres du 28 septembre et avaient saccagé sous le coup de l’émotion les locaux de l’ambassade de Guinée à Paris, vont être jugés au TGI de Paris le 08 février 2010. Tout ceci témoigne d’une disproportionalité, d’une forme d’injustice.
En conclusion, les producteurs de violence continuent de bénéficier en Guinée d’une totale impunité et tout est fait pour qu’un drap d’oubli soit jeté sur leurs méfaits. Au détriment du droit à la vérité, à la justice et à la réparation.
2°) LA JUSTICE INTERNATIONALE AU SERVICE DE LA VERITE HISTORIQUE
a) La traque des criminels et la Jurisprudence internationale implacable
A l’inverse de la Guinée, l’identification, l’arrestation et le jugement d’auteurs de crimes contre l’humanité s’opèrent sans relâche au sein de la communauté internationale. Les exemples sont nombreux.
L’Espagne avait accepté de regarder à nouveau son passé en face grâce à l’iconoclaste magistrat Balthasar Garzon. Ce dernier avait ouvert une instruction le 17 octobre 2008 après avoir accepté d'étudier les plaintes déposées par les familles des disparus du franquisme pendant la guerre civile ; ces victimes seraient au nombre de 114 266 et 19 fosses communes auraient été identifiées. Dans l’acte introductif qu’il avait dressé, le juge Garzon estima que « la répression franquiste ne peut en aucun cas être prescrite ; les crimes contre l’humanité ne peuvent être prescrites, échapper à toute limite temporelle ».
Au Chili, le général Augusto Pinochet (1915-2006), fut arrêté le 16 octobre 1998 dans une clinique à Londres à la suite d'une plainte internationale pour « génocide, terrorisme et tortures » ; il fut inquiété, ébranlé judiciairement mais mourut sans avoir été jugé pour les plus de 3 000 morts et disparus, plus de 27 000 torturés, des dizaines de milliers d’arrestation de dissidents.
En Argentine, un juge fédéral avait déclaré inconstitutionnelle une amnistie présidentielle concernant l’ex-Président Jorge Rafaël Videla qui fut finalement jugé et déclaré coupable en 1985, avec huit autres leaders de la junte pour enlèvements, tortures et meurtres.
L’Afrique du Sud avait établi en 1995 la « Commission vérité et réconciliation »pour faire face aux crimes commis pendant l'apartheid.
Hissein Habré, qui vit en exil au Sénégal, fait l’objet d’une plainte pour crimes contre l’humanité et crimes de torture. Pour favoriser et accélérer son procès, le Sénégal a du réviser sa constitution le 23 juillet 2008.
Depuis septembre 2004, des poursuites de crimes commis ont été instruites en Afrique par la CPI. Trois d'entre elles l'ont été à la demande des gouvernements concernés (Ouganda, République démocratique du Congo et République centrafricaine), la quatrième (Soudan) ayant été déférée à la Cour par le Conseil de sécurité des Nations unies.
Treize mandats d'arrêt ont été délivrés dans le cadre des situations en Ouganda contre les dirigeants de l’armée de résistance du Seigneur de guerre Joseph Kony, en RDC contre MM. Lubanga, Katanga, Ngudjolo et Bosco Ntaganda, en Centrafrique contre Jean-Pierre Bemba ainsi qu'au Soudan contre le Président Omar Al Bashir, poursuivi depuis le 4 mars 2009 pour crimes de guerre et crime contre l'humanité durant la guerre civile au Darfour.
À ce jour, quatre personnes, toutes originaires de la RDC, sont détenues : MM. Lubanga, Katanga, Ngudjolo et Bemba.
Le Tribunal spécial pour la Sierra Leone (TSSS) a rendu, lundi 26 octobre 2009, son ultime verdict à Freetown en condamnant en appel trois ex-chefs rebelles pour « crimes de guerre » et « crimes contre l'humanité » Augustine Gbao, Morris Kallon et Issa Hassan Sesay, respectivement à 25, 40 et 52 années d'emprisonnement.
Dans ce pays d'Afrique de l'Ouest, voisin de la Guinée-Conakry et du Liberia, 120.000 personnes sont mortes et des dizaines de milliers ont été mutilées en une décennie de guerre civile (1991-2001) marquée par toutes sortes d'atrocités.
Les trois hommes étaient initialement poursuivis au côté du fondateur du Revolutionary United Front (RUF), Foday Sankoh (1937-2003) qui est décédé en détention préventive avant d'être jugé.
Ce tribunal spécial, établi en 2002, doit fermer ses portes après cet ultime jugement prononcé à Freetown.
Le seul autre procès du TSSL encore en cours se tient aux Pays-Bas, pour raisons de sécurité : l'ancien président libérien Charles Taylor y est jugé pour son implication dans cette guerre civile. Après avoir été incarcéré à La Haye en juin 2006, il a été le premier chef d’Etat africain jugé par un tribunal pénal international pour crimes contre l’humanité et 11 chefs d’accusation.
D’autres tribunaux seront créés par le Conseil de sécurité : pour l'ex-Yougoslavie, le TPIY institué le 25 mai 1993 ; pour le Rwanda, le TPIR mis en place le 8 novembre 1994 ; et pour le Liban après l’assassinat de Rafiq Hariri, le 14 février 2005.
La Cour suprême du Pérou a confirmé à l'unanimité, le 7 avril 2009, la condamnation à 25 ans de prison de l'ancien président Alberto Fujimori. Ce tournant essentiel dans la lutte contre l'impunité au Pérou montre que « personne n'est dispensé de rendre compte de ses actes », déclara Amnesty International.
Ceci est un précédent dans les efforts réalisés au Pérou et dans tout la région de l’Amérique latine afin d’éliminer la profonde impunité et promouvoir plus largement les droits à la vérité, à la justice et à la réparation.
L'ex-ministre israélien des Affaires étrangères Tzipi Livni, a dû annuler
en décembre 2009 une visite à Londres après avoir été informée qu'elle était sous le coup d'un mandat d'arrêt émis par un tribunal
britannique à la suite d'une plainte sur la base de la « Compétence universelle » pour son implication dans la guerre israélienne dans la bande de Gaza il y a un
an.
L'ancien Premier ministre britannique Tony Blair est venu s'expliquer sur
l'engagement britannique en Irak le vendredi 29 janvier 2010 durant environ six heures devant la commission d'enquête de Sir John Chilcot.
Pour exorciser la violence politique en Guinée un devoir de mémoire contre l'impunité s’impose comme ce fut le cas l’année dernière avec le procès des « Khmers rouges » au Cambodge.
b) La junte dans le collimateur de la CPI
Saisis par des familles de victimes à Conakry et disposant de preuves accablantes, Maîtres Jacques Vergès et
Jean-Louis Keita avaient convié à Paris le lundi 19 octobre dernier la presse internationale, avec pour objectif la prise en charge de plaintes contre la junte.
La Guinée ayant ratifié le Statut de Rome qui a institué la CPI, cette dernière est sur la brèche ; elle n'est compétente que si l'une des trois conditions suivantes est remplie
:
• l'accusé est ressortissant d'un Etat partie au statut ou qui accepte la juridiction de la CPI ;
• le crime a été commis sur le territoire d'un Etat partie ou qui accepte la juridiction de la CPI ;
• la saisine par un Etat partie au statut de Rome, le Procureur ou le Conseil de sécurité des Nations Unies en vertu du chapitre VII.
Ces conditions sont totalement remplies pour le cas d’espèce guinéen.
Le rapport accablant et nominatif de la Commission d'enquête internationale onusienne aura sûrement des suites judiciaires à l’encontre de la junte guinéenne.
L’étau se resserre autour d’elle, Luis Moreno-Ocampo, le Procureur général de la CPI, ayant rendu publique l’ouverture d’un « examen préliminaire » et décidé d’envoyer à Conakry la Procureur aux poursuites la gambienne Fatou Bensouda.
Auparavant l’ONG Human Rights Watch avait qualifié les faits du 28 septembre de crime contre
l’humanité : des viols individuels et collectifs, des agressions sexuelles avec les mains et des objets tels que des bâtons, des matraques, des chaussures, des crosses de fusil et des
baïonnettes. Après l’épisode de violence qui s’est déroulé dans le stade, de nombreuses femmes ont été retenues dans des résidences privées et ont subi des viols collectifs pendant des jours.
Le Secrétaire général des Nations-Unies, Ban ki-Moon avait de son côté envoyé à Conakry du 25 novembre au 4 décembre 2009 une équipe de trois enquêteurs composée de l'ancien chef de la
diplomatie algérienne, ancien Président de la Cour internationale de justice de la Haye, M. Mohamed Bedjaoui ; de Mme Ngendahayo Kayiramirwa plusieurs fois Ministre des Droits de
l’homme au Burundi, également ancienne conseillère auprès du TPI pour le Rwanda ; et enfin la mauricienne Pramila Patten, avocate et auteur de maintes publications sur les violences faites
aux femmes.
Auparavant, il y avait dépêché du 16 au 20 octobre 2009 une mission de reconnaissance dirigée par le secrétaire général-adjoint de l'ONU aux affaires politiques, l'éthiopien Haïlé Menkerios pour demander la coopération de la junte aux travaux de la commission.
Tout ceci afin d’élucider le crime le plus odieux jamais commis sur le sol guinéen en 51 ans d'indépendance, en vue de faire la
lumière sur les douloureux événements du 28 septembre 2009 au cours desquels entre 57 et 157 militants de l'opposition ont perdu leur vie, plus 1 200 blessés, des dizaines de femmes violées et de
nombreux disparus.
Ban Ki-Moon, a déjà remis le rapport d'enquête à l'Union africaine, la CEDEAO et le Conseil de sécurité des Nations-unies, en vue de prendre les décisions qui s'imposent, chacun en ce qui le
concerne.
Le Secrétaire général a également saisi cette opportunité pour rappeler au gouvernement guinéen ses obligations pour protéger les victimes et les témoins, dont ceux qui ont coopéré avec les 3 enquêteurs de l'ONU.
La commission a pu auditionner 564 victimes et témoins des évènements du 28 septembre, visité des familles des victimes portées disparues.
Par ailleurs, elle a conclu que la Guinée a violé plusieurs dispositions des conventions internationales des droits de l’Homme qu’elle avait ratifiées. N’en déplaise aux nationalistes ombrageux et « souverainistes » primaires ; la souveraineté nationale est de nos jours « partagée » et non plus « intégrale » eu égard à l’intégration régionale, à l’idéal panafricain et au principe de la hiérarchie des normes qui accorde la primauté des traités internationaux ratifiés sur notre droit national.
c) La Jurisprudence « Jean-Pierre Bemba» contre les criminels et violeurs guinéens ?
La CPI a ordonné lundi 15 Juin 2009 le jugement de Jean-Pierre Bemba, ancien vice-président de la RDC, pour cinq chefs d'accusation dont crimes de guerre et crimes contre l'humanité commis par sa milice en République centrafricaine :
« Il y a des preuves suffisantes donnant des motifs substantiels de croire que Jean-Pierre Bemba est pénalement responsable, pour avoir effectivement agi en qualité de chef militaire, des crimes de meurtre, de viol constituant un crime de guerre et un crime contre l'humanité, de torture et d'atteintes à la dignité de la personne ».
L’accusation s’est basée sur le fondement de la hiérarchie militaire, comme semble l’invoquer Aboubacar Sidiki Diakité alias Toumba afin de se disculper pour avoir reçu des ordres de la part de Moussa Dadis Camara.
Toumba, en fuite depuis le 3 décembre 2009 jour où il a tiré sur le chef d’Etat, selon lui, a déclaré jeudi 05 février 2009 sur les ondes de la radio RFI avoir agi sur ordre de ce dernier.
Alors que la CNEI le rend seul responsable du massacre au stade de Conakry, Toumba Diakité veut faire entendre sa voix et se dit prêt à se rendre devant la commission d'enquête internationale, voire la CPI : « Je suis prêt à me rendre devant la Commission d'enquête internationale voire même devant la Cour pénale internationale (…) la justice nationale est purement dépendante de l'exécutif en place et n'a aucune crédibilité (…) je préfère la Cour pénale internationale, la commission d'enquête nationale veut faire de moi un bouc émissaire (…) je ne me reproche de rien parce que l'armée, nous sommes sous ordres. C'est clair ! Je ne peux en aucun me permettre de prendre un groupe de militaires et agir. L'armée, c'est la hiérarchie, c'est les ordres. ».
Il fait donc davantage confiance à la juridiction internationale qu’à celle de son pays.
La CPI a qualité pour agir en cas d’inaction, de défaillance, d’iniquité des tribunaux d’un Etat signataire du Statut de Rome ; c’est le cas de la Guinée au regard des conclusions de la CENI du mardi 02 février 2010. Seule la justice pénale internationale pourra élucider les événements tragiques que le peuple guinéen a subi, lui rendre justice et mettre fin à l’impunité récurrente dans notre pays.
CONCLUSION :
Les Forces vives et Sékouba Konaté cristalliseraient aujourd'hui l'espoir de tout le Peuple de Guinée et de l'ensemble de la Communauté internationale ; ils devraient créer un cercle vertueux où les militaires et la classe politique accepteront de jouer le jeu démocratique. Comme ce fut le cas au Ghana avec Jerry Rawlings.
On les jugera à l’aune de leur perspicacité ainsi qu’à leur capacité de se retrouver autour de l’ essentiel pour sortir la Guinée de l’ornière après plus de 51 ans d’indépendance, de misère, de désespérance sociale.
Sékouba pourra-t-il gérer les impératifs sécuritaires, respecter ses engagements initiaux pour un retour rapide à l’ordre constitutionnel. S’il y parvient, il entrerait à coup sûr dans l’Histoire ; la grande, pas celle des arrière-cuisines où se mitonne la tambouille.
Pour ce qui est du devoir de mémoire, des Guinéens et moi-même avions créé le « Club Guinée Mémoire » une structure à vocation mémorielle dès l’attribution du nom « Sékoutouréya » au palais présidentiel. La thérapie adéquate, judicieuse que j’ai toujours appeler de mes vœux est une introspection collective quelle que soit la formule choisie et/ou des poursuites judiciaires en vue de réparer tout préjudice matériel, moral ou autre si certains concitoyens ont des preuves irréfutables de la commission de crimes, d’exactions à l’encontre d’un des leurs.
Ce n’est pas un appel à la rancœur, ni à la vengeance mais tout simplement pour la quête de la vérité, pour exorciser les frustrations et apaiser les cœurs.
Notre pays est-il différent des autres où des exactions, des atteintes graves et constantes aux droits de l’Homme ont été commises ? Je ne le crois guère car la Guinée n’est pas sur un autre planète malgré la singularité, la particularité de ses réalités sociologiques et de son histoire.
L’histoire de notre pays est durablement marquée par l’arbitraire, les arrestations extrajudiciaires, les disparitions, la torture, la violence politique. Certaines mauvaises habitudes y sont fortement tenaces, y ont la vie dure, comme la moule qui s’accroche à un rocher.
C’est peu de dire que la Guinée n’est pas encore sortie de l’auberge. Et il faut sans doute que chacun des protagonistes du processus de sortie de crise déploie des trésors d’ingéniosité pour que se dissipent certains sombres nuages qui pèsent sur cette transition.
La nouvelle ère et la recherche de solutions pour le retour à l’ordre constitutionnel ouvriront plusieurs voies qui susciteront l’éclosion de nouvelles initiatives au plan politique avec, en toile de fond, la recomposition du paysage politique guinéen.
L’objectif ultime reste le retour à l’ordre constitutionnel, la mise en place d’institutions fortes et démocratiques et un Président bien élu pour nous épargner des troubles, des violences post-électorales ; ceci avec des différences d’approche quant à la manière de conduire la transition, son contenu, ses organes et le chronogramme du processus ; avec la recherche de solutions négociées, inclusives, consensuelles et apaisées, fondées sur les vertus du dialogue et de la concertation, à l’exclusion de toute forme de violence.
En somme, œuvrer à la formation d’un esprit républicain et citoyen dans une Guinée nouvelle, enchantée et confiante en l’avenir avec des perspectives heureuses.
Que Dieu préserve la Guinée !
Nabbie Ibrahim « Baby » SOUMAH
Juriste et anthropologue guinéen
nabbie_soumah@yahoo.fr