Partager l'article ! Guinée : Est-ce l'annonce de la rédemption de la république ?: ...

Ce titre qui relève de la Mythologie grecque antique, est passé de siècle en siècle jusqu'à nos jours dans l'expression trancher le nœud
gordien d'un problème inextricable.
Son origine remonte à une légende liée à Alexandre le Grand (356-323 av. J.-C.). Gordias, roi fondateur du royaume de Phrygie (Asie Mineure) avait un char, symbole de royauté dont un lien fixait le joug au timon. Un oracle avait prédit que la succession dans ce royaume reviendrait à celui qui dénouerait le lien du char au nœud extrêmement compliqué. En 334 av. J.-C., Alexandre le Grand tenta de défaire le nœud, ni parvenant pas, il le trancha d'un coup d'épée. C'est de cette légende qu'est née l'expression « trancher le nœud gordien » qui a dès lors désigné, par métaphore, un problème inextricable qu'on règle par une action non conforme à ce qui est édicté. Dans le langage courant le nœud gordien caractérise donc un obstacle dont on ne peut pas venir à bout par les règles habituelles.
Pour les difficiles pourparlers en cours sur la Guinée à Ouagadougou, les Forces vives guinéennes peuvent-elles en trancher le nœud gordien, comme
sortie de crise? Pour autant que cette crise en cours soit lourde et semble insoluble, le Forum des Forces vives n'en disposent pas moins d'atouts non
négligeables qu'il faut utiliser avec maestria. Outre les Forces vives, certains Guinéens du camp de ceux qui luttent contre une dictature militaire (qu'on ne tarderait
pas à habiller en civil), ont en tête des variables de ces atouts. Avant d'arriver aux recommandations faites par ceux qui méditent et écrivent à
l'attention des Forces vives pour trancher le nœud gordien de la médiation faite par Blaise Compaoré désigné par ses pairs de la Communauté des Etats de l'Afrique de l'Ouest
(CEDEAO), je vais faire un survol de l'ensemble de la situation guinéenne actuelle pour aboutir à ce que je sens , ce que je crois pouvoir être les voies
incontournables pour cela .
Je propose une marche en trois étapes tout en étant conscient que bien des aspects que je traite ont été soulevés par d'autres mais sur lesquels chacun peut
exprimer différemment son sentiment personnel.; Les étapes que je propose sont les suivantes.
1°) Les hommes du CNDD tels que je les jauge en tant que Guinéen, à l'échelle de l'Etat guinéen;
2°) Les Forces vives, tels que je les sens, en tant que Guinéen, pour le service de l'Etat guinéen;
3°) Trancher le nœud gordien de la situation guinéenne actuelle s'impose mais pas par l'immolation de Guinéennes et de
Guinéens. Ceci est possible.
I.LES HOMMES DU CNDD TELS QUE JE LES JAUGE.
L'évolution grand-guignolesque du Capitaine Moussa Dadis Camara et du Général Sékouba Konaté leaders du Conseil National pour la Démocratie et le
Développement (CNDD) est suffisamment connue des Guinéens au cours de l'année qui se termine qu'il est à peine nécessaire d'insister là dessus. Dans un article publié sur sites
autour du 5 juin 2008: « Guinée - Que pouvons-nous attendre? », j'écrivais: »La sud américanisation de l'Armée guinéenne en pire est la chose la plus inquiétante
qui pouvait arriver à la Guinée... Dans l'exemple de la mutinerie d'une partie de cette Armée, il s'est agi de sous-officiers et d'hommes de troupes, ayant séquestré et humilié leurs officiers
supérieurs. Le comportement de malfrats de la pire espèce qu'ils ont eu ne doit , secrètement réjouir personne en particulier. C'est une habitude qui est prise depuis 1996 et qui a ressurgi en
2006, 2007, 2008 pour régler leurs problèmes d'intendance sur le dos de la population. Le comportement de ravalement de la hiérarchie s'est installé dans la longue
durée et sera l'ennemie de la démocratie tant souhaitée. C'est pourquoi personne ne doit se réjouir de cette situation . Les soudards qui constituent l'essentiel de l'Armée, ne
travaillent pour personne en particulier mais pour eux-mêmes. Ils n'ont que faire de la nation guinéenne, encore moins de l'opinion internationale.
Nos soudards ont vu et enregistré comment le généralissime Lansana Conté a gouverné et agi depuis vingt-quatre ans. Ils ont, pour certains, vécu ou
entendu comment le prédécesseur de Lansana Conté a gouverné et agi : tous deux par la force. Cela a marché pendant cinquante ans ; pourquoi la force ne
continuerait-elle pas à régler les problèmes? Par delà les actes de vandalismes de soudards guinéens pour avoir une voiture à l'œil ou remplir son garde-manger sans bourse
déliée, c'est l'état d'esprit qui s'incruste en eux qui est l'élément que tout responsable politique devrait retenir », au lieu de se réjouir en pensant que la chienlit de
l'Armée pourrait lui profiter; Voilà comment je voyais l'Armée guinée avant le coup d'Etat du 23 décembre 2008.Je prolongeais
cette perception de l'Armée guinéenne dans un autre article sur sites du 11 juin 2008: « Guinée – Ouvrons les yeux ».
Au sujet de la bande de soldatesques arrivés au pouvoir par la force et qui se maintient par la force, on ne peut s'empêcher de penser à l'essai écrit par notre compatriote, feu
Sako Kondé sur les équipes au pouvoir en Guinée de 1958 à 1984 et qu'il avait intitulé: « Guinée, le temps des fripouilles » (Paris,
Edit. La Pensée Universelle, 1974, 221p.). Sako Kondé y brossait sans complaisance, la conception sans foi ni loi, d'individus y compris leur Chef de la gouvernance ne
reposant que sur la force et la violence. La galerie de portraits retracés dans «Le temps des fripouille » peut se retrouver chez les hommes du CNDD, avec en moins l'apparente rigueur
de méthode et d'idéologie.
Pourquoi donc l' engouement populaire à l'annonce du coup d'Etat de décembre 2008?. Pour tous ceux qui connaissent l'évolution
des cinquante années de la Guinée, cet engouement était justifié par le blocage et le glacis institutionnels auxquels on était parvenu et tout le monde ou presque (partis politiques,
opinion publique et même l'Etranger) avait cru aux premières déclarations des membres du CNDD de faire rapidement le ménage par une courte période transitoire pour mettre le pays sur des
rails institutionnels, pour ensuite regagner leurs casernes. Tout ceci a été dit solennellement à la face des opinions publiques nationale et internationale. C'est du reste pourquoi la plupart
des condamnations extérieures du coup d'Etat en Guinée , n'étaient que des condamnations de principe. On l'a vu en Mauritanie où le Général Mohamed Ould Abdel Aziz, d'abord
condamné à l'extérieur pour putsch mais qui ne s'est pas accroché au pouvoir en faisant massacrer des compatriotes, est à présent entré dans le club des nations civilisées.
En un jour, Dadis et sa bande de criminels , ont abattu à l'arme de guerre, le 28 septembre, 157 Guinéennes et Guinéens et plus de 1200 blessés ( au bas mot ) pour avoir, ont-ils justifié , « transgressé une interdiction de manifestation »,mais en réalité pour supprimer toute contestation à leur soif de pouvoir. Malgré l'ampleur de cette ignominie, tranquilles comme Baptiste, lui et ses thuriféraires, occultent cet énorme forfait pour parler de deux poids deux mesures en pointant la tolérance internationale à l'accès d'Abdel Aziz à la Présidence de la Mauritanie. Au constat de cette référence à la Mauritanie et au « confort moral » qu'affichent Dadis et ses acolytes pour prétendre gouverner la Guinée, tous les Guinéens sensés et le monde civilisé ne peuvent que reconnaître que des hommes si dénués de scrupules et d'humanité méritent non seulement la disqualification aux charges qu'ils convoitent mais aussi , le mépris absolu. C'est ce qui devrait être la réponse à la sauvagerie des hommes du CNDD. Ils ont montré en onze mois toute leurs limites à pouvoir gouverner la Guinée qui ne manque pas de problèmes à régler.
Accueillis en sauveurs par le peuple guinéen qui leur avait ouvert un boulevard historique que des hommes doués d'un minimum de calcul politique, auraient pu
aménager pour l'avenir; ils se grisés de pouvoir et sont tombés en trois à quatre mois dans la tambouille de courtisans-vers de terre . Ils se sont saisis de tous les
thèmes qui pouvaient encore exciter les ressentiments et l'ardeur vengeresse d'un peuple recrus de malheurs . Malheurs de cinquante ans de violence systématique
,de mal gouvernance, de pillages économiques du pays par son encadrement politique civil mais également militaire. De tout cela, a été brandie la
détermination d'entreprendre des audits de gestions publiques, de faire des élections libres, de lutter contre les narcotrafiquants, de
terrasser l'ethnocentrisme, etc. Naturellement tous ces thèmes se sont vite révélés être des coquilles vides, des attrape-nigauds.
Mais pas pour Dadis et ses compagnons. Ils leur ont servi à tenter d' asseoir durablement leur mainmise sur le pays. Ils ont montré par là que ce qui les intéressait par dessus tout, était leur pérennisation au pouvoir à l'instar de leur père spirituel Lansana Conté. Celui-ci qui a été le pilleur numéro des ressources économiques du pays n'a jamais été cité par Dadis dans ses élucubrations sur les audits. Et d'ailleurs lui-même Dadis, gestionnaire des carburants de l'Armée, autre entreprise juteuse d'Etat, sous le régime de Conté, comment a-t-il fait pour s'offrir les propriétés foncières qu'il possède à Conakry et ailleurs? Ce n'est sûrement pas avec des économies sur son salaire de misère de capitaine de l'Armée guinéenne. Depuis qu'il s'est autoproclamé Président ,d'où tire-t-il tous les fonds financiers qu'il distribue à droite et à gauche pour se constituer une clientèle politique, comme ces falots des « Forces patriotique »,ceux de « L'Alliance de l'Union démocratique de Guinée »? N'est-ce pas sur les deniers publics sans autorisation préalable et pour d'autres sur la logistique de l'Etat? Et son second Sékou Konaté, où a-t-il tiré, entre autres, des fonds pour envoyer à titre privé 50 pèlerins à La Mecque?.Toutes ces manœuvres d'échafaudage de bana-bana à construire à la hâte des partis politiques fantoches pour se maintenir en place, montrent que Dadis et son brain-trust du CNDD n'ont rien retenu en la matière des 50 années de la Guinée indépendante.
Le puissant et totalitaire PDG qui embrigadait tous les Guinéens à partir de l'âge de sept ans , s'est écroulé ,un matin, le 3 avril 1984, dans l'indifférence générale. Or le PDG avait dans ses manœuvres de pérennisation publié de nouveaux statuts en 1969 dont l'article 3 stipulait: « Est membre du Parti Démocratique de Guinée, tout citoyen de la République de Guinée âgé de sept ans au moins qui accepte le programme et les statuts, prend une part active à la réalisation des objectifs fixés à l'article 1er, applique les décisions du Parti et acquitte ses cotisations » ( voir Horoya n° 1640 du 17 janvier 1969, p.2), tout cela ne lui a pas évité l'écroulement brutal. Le P.U.P. que Conté avait financé sur les deniers publics s'est effondré avant sa disparition.
Combien de temps Dadis et consorts croient-ils que les « Forces patriotiques » et autres, Alliance de l'Union démocratique de Guinée , vont-elles tenir la rampe? Tous ces exemples sont cités pour signaler l'absence de vision du futur guinéen des hommes du CNDD et qu'il ne faut pas leur faire confiance ,ne serait-ce qu'au regard de la froideur de monstres que la machine-CNDD a montrée en ce jour du 28 septembre 2009.
Rien ne peut justifier une confiance en ces criminels qui ont ainsi annoncé la couleur de la gouvernance qu'ils comptent
installer, une fois consolidés. Pour toutes celles et tous ceux qui aiment la Guinée, méditez sur notre passé: de 1958 à 2008, quand des compatriotes étaient arrêtés et physiquement liquidés,
les voisins ne se posaient pas de questions, jusqu'au jour où c'étaient eux ou un des leurs qui étaient fauchés par la machine à tuer. Ce type de comportement est bel et bien présent
encore aujourd'hui.
Les aspects soulevés ici de la gouvernance erratique de cette étrange camarilla du CNDD sont d'autant plus inquiétants qu'elle
s'est affublée de personnages interlopes qui la desservent plus qu'ils ne la servent à l'intérieur comme à l'extérieur. C'est le cas de ce Moussa Keita, Chef de la
délégation du CNDD à Ouagadougou qui déclare à R. N. Sawadogo dans Fasozine, parlant des Forces vives: « Plus jamais, nous n'accepterons que des gens qui ont les mains sales dirigent
la Guinée ». Si l'on posait la question à des enfants de l'école primaire de n'importe quel continent de savoir laquelle des deux
mains de deux malfaiteurs est la plus sale ,l'une dégoulinante de sang humain, l'autre pas de sang ; on peut sans aucun doute s'attendre à ce que la presque totalité des enfants désignent
comme étant la plus sale, la main sanguinolente. Par conséquent les mains des criminels soudards , couvertes du sang de nos compatriotes sont plus sales que celles
de ministres qui ont volé des deniers publics et qui doivent d'ailleurs en répondre autrement que dans le cadre d'une justification du CNDD pour se maintenir en place. Le
diplomate du CNDD qui pose la question dans ces termes, ne s' est même pas regardé dans un miroir avant de répondre, ou, autre explication de l' absente d'humanité
du CNDD à travers son commis voyageur ,est que quelques billets de banque de franc guinéen valent infiniment mieux que des vies de citoyens guinéens. A partir de là, quelle
signification donnez-vous à ce type de comportement ?...Ce n'est pas parce qu'on n'a pas eu de parents directs dans le pogrom du 28 septembre 2009, qu'on peut aller jusqu'à se refuser
de se pencher sur ces massacres. Le CNDD a une conception de son rôle de dirigeant d'un pays si faible pour ne pas dire inexistant que cela devrait encore le
disqualifier plus aux yeux des Guinéens et de l'extérieur.
L'autre personnage interlope dans les négociations de Ouagadougou et qui illustre l'incompétence rédhibitoire du CNDD à diriger un pays , est le nommé Chérif Idrissa, ministre à la Présidence chargé de la communication et de l'information. Celui-ci après des pérégrinations non éclaircies hors de Guinée, tombe dans la mamaya de Dadis à Conakry, en épouse les rites et le langage et devient un personnage du système. Il commence par rassurer son patron lui affirmant que les menaces extérieures de sanctions contre la junte ne sont que des verbiages sans lendemains . A preuve, lui ,« le ferrailleur de pacotille» en a vu des belles de ces menaces vite tombées dans l'oubli comme par exemple en Côte d'Ivoire où il vu qu'après la mort de 4 000 personnes, les menaces d'embargo contre ce pays, n'ont pas été suivies d'effets. Et dire que c'est ce paltoquet qui a proféré qu'on ne peut pas brader la dignité de la Guinée en laissant venir au pouvoir les dirigeants des Forces vives guinéennes. Mais c'est ce genre de personnages au verbe haut et sans consistance qui peuplent les allées du Camp Alpha Yaya et « gouvernent » en ce moment notre pays. Quelle descente...!.Chérif Idrissa sait, cependant , à quoi s'en tenir pour sa sécurité personnelle . A part les voyages encadrés de Conakry-Ouagadougou, il sait qu'il risquerait gros en s'aventurant ailleurs. Des personnages opportunistes de son espèce doivent se dire qu'il faut vite profiter de l'aubaine qui fait de lui un ministre de laRépublique de Guinée, le temps que Dadis sera là.
J'ai cité ces deux cas (il y en a d'autres) pour signaler l'extrême faiblesse intellectuelle et morale des éléments disparates autour de Dadis et leur
effrayante vacuité pour pouvoir parler au nom d'un pays.Pour s'être acoquinés avec des personnages aussi peu recommandables, Dadis et les
membres du CNDD montrent aux Guinéens leur peu de considération pour eux ,pourvu qu'ils demeurent au pouvoir. Or l'amour de la terre natale, sans parler des hommes et des femmes qui
l'habitent, peut s'étendre ,pour des êtres normaux, jusqu'aux objets inanimés environnants comme beaucoup de gens l'ont ressenti à travers les siècles et qu'exprime si bien le poète ,
dans ces mots:
«
Chaumière où du foyer étincelait la flamme,
Toit que le pèlerin aimait à voir
fumer,
Objets inanimés, avez-vous donc
une âme
Qui s'attache à notre âme
et la force à aimer ? »
(Alphonse de
Lamartine, 1790- 1869, dans « Milly ou l'amour de la terre natale).
Célébrer l'amour de la terre natale ,de la patrie, jusqu'à interpeler les objets environnants est encore aux antipodes de la bestialité brutale et
meurtrière des hommes du CNDD pour conserver le pouvoir. Encore une fois, ces hommes ont-ils une humanité? C'est un point sur lequel on devra appuyer pour la
disqualification définitive de la bande du CNDD et ses acolytes.
L'apparente constitution en trompe-l'oeil du gouvernement autour du CNDD ne laisse pas voir ouvertement une « ethnisation outrancière », pour qui
ne sait pas lire entre les lignes. J'ai toujours écrit que cela me hérisse de vouloir toujours tout traiter sous l'angle ethnique .Mais j'ai aussi écrit que dans une nation
en formation comme la nôtre , les politiques doivent tenir compte des sensibilités régionales, or, aussi bien dans le CNDD que dans le gouvernement, La Basse-Guinée et La
Moyenne-Guinée, ont l'air de faire figure de parents pauvres alors qu'elles sont aussi démographiquement parlant de grandes régions. Même à ne considérer que les deux
autres régions (Haute-Guinée et Guinée -Forestière), il apparaît qu'elles ne sont pas équitablement traitées en terme de géographie locale dans le gouvernement et la haute
fonction administrative.
Pour prendre, en exemple, la Guinée-Forestière, ceux de nos compatriotes qui utilisent facilement l'expression de « pouvoir
forestier » se trompent lourdement . Ce pouvoir n'est pas forestier, autant que le pouvoir de Sékou Touré n'était pas un pouvoir malinké, ni celui de
Conté, un pouvoir soussou. Pour l'actuel pouvoir, il vous suffit, cependant, de consulter la composition du premier Gouvernement Komara, à la mi- Janvier 2009.
Sur 30 ministres, un noyau dur composé de l'entourage ethnique immédiat (Guerzé) de Dadis tient quatre grands ministères
de
souveraineté: Alexandre Cécé Loua aux Affaires étrangères, Dr Frédérique Kolié à l'Administration du Territoire et des Affaires politiques, Colonel Siba Nol amou à la Justice,
Papa Koly Kourouma (seul rescapé du Gouvernement Souaré) à l'Education. Cette « ethnisation « trop condensée, ne concerne même pas tous les Guerzé qui sont
loin, d'ailleurs, dans leur ensemble de constituer numériquement un ensemble significatif de l'ensemble de la Guinée-Forestière. Mais le noyau dur Guerzé en question ne se
situe que sur l'unique axe Koulé-N'Zérékoré. Le capitaine Claude Pivi qui n'est pas à proprement parler Guerzé à rejoint ce noyau comme ministre à la
sécurité présidentielle et a réussi à faire nommer ministre Alassane Onipogui. Alors quand certains parlent allègrement de pouvoir forestier, où sont passés
les Kono, les Toma, les Kissi, les Manon, les kouranko, les Malinké, Peuhl et autres durablement installés en Guinée-Forestière?
Telles sont des réalités qui dépeignent l'ethnocentrisme de Dadis qui clame vouloir lutter contre cet ethnocentrisme, sans me référer ici aux
milices qu'on dit venir des résidus des guerres du Libéria et de Sierra Leone. Mais là-dessus, n'ayant pas d'informations précises, je ne peux pas dire plus. Et s'il
s'avérait que certaines rumeurs qui courent sur ce sujet, sont fondées, je demeure persuadé que cette stratégie ne mènera à aucune pérennisation du pouvoir de Dadis et du CNDD. Depuis
les indépendances africaines, combien de chefs d'Etat n'ont-ils pas usé de stratagèmes, dépensé d'énormes sommes d'argent pour la sauvegarde de leur fauteuil présidentiel. En vain!
Ce sont là aussi des questions que des internautes soulèvent et qui entraînent l'ire d'autres. Mais on devrait pouvoir parler de tout cela sans s'étriper pour
montrer toutes les façades du pouvoir d'imposture que Moussa Dadis Camara mène avec son char de CNDD. Comme les précédents pouvoirs, il faut que ceux qui soutiennent ce pouvoir fantomatique du
CNDD qui ne mènera la Guinée qu'à plus de ruines, se désillusionnent et deviennent réalistes. C'est certain que des margoulins (ministres ,hauts fonctionnaires ou autres) en profiteront
pour s'enrichir personnellement mais ce n'est pas ce qui va faire progresser notre pays.
Guinéennes, Guinéens, mes compatriotes, de toutes régions, de toutes sensibilités politiques, de toutes confessions religieuses, ressaisissez-vous pour
réorienter la Guinée vers une direction de vraie démocratie, source de plein épanouissement humain pour tous les Guinéens. Les militaires guinéens, tels qu'ils sont, aujourd'hui, ne
seront pas capables, en tant qu'inspirateurs et recours de la politique guinéenne, de réaliser l'aggiornamento de la démocratie et du développement de la Guinée. Il ne s'agit pas dans ces
propos de rejet ou d'exclusion définitive de citoyens. Dans ce monde du XXIe siècle, il faut des hommes et des femmes qui se sont, de longue date, préparés à la gestion publique. Avec une
accélération plus rapide de l'Histoire, cela devient une nécessité absolue. un militaire qui abandonne son métier d'armes et n'a plus de lien organique avec l'armée, pour se préparer à entrer
dans l'arène politique , n'est plus un militaire mais un citoyen civil, qui une fois élu va appliquer la gestion civile à la société et non pas la gestion « mécaniste et robotique » des
armées. Mais dans toute société, existe une division sociale du travail. Les militaires sont plus compétents que quiconque pour la défense du territoire national. Leur prétention
basée sur des armes, pour diriger
des pays, notamment en Afrique, est une des causes principales de la stagnation, voire de la régression de ce continent. Or pour l'Afrique, tendre la main pour obtenir des
« aides extérieures » ou se prosterner aux pieds des bailleurs de fonds extérieurs pour les moindres projets et même pour organiser des élections , n'offusquent plus grand
monde,50 ans après avoir retrouvé notre dignité par l'indépendance. C'est pour toutes ces raisons que nous aspirons à une nouvelle forme de gouvernance assise sur une volonté librement
exprimée des citoyens guinéens et africains mais non pas par la force des armes. C'est pourquoi, on ne peut pas accepter Dadis et le CNDD, car ils n'ont aucune
vision précise de l'avenir de la Guinée en dehors des fantasmes. Ce n'est pas en sortant d'une boutique de distribution de carburants à des troufions qu'on peut raisonnablement s'ériger
en manager d'une nation. Il est bien vrai que dans notre pays ,chacun se croit capable de tout faire et c'est pourquoi , nous sommes, aujourd'hui, en Afrique de l'Ouest, à part les discours
creux, l'une des nations les moins performantes sur le plan de la démocratie et du développement économique et social. Il faut que par nos forces assemblées, nous arrêtions cet état des
choses.
Je crois que nos compatriotes qui luttent actuellement au sein des Forces vives et dans n'importe quelles autres organisations pour une autre Guinée que
celle de l'Etat totalitaire et du caporalisme obscurantistes de 1958 à 2009, doivent être soutenus. Je crois que les hommes et les femmes issus des Forces vives et sans tutelle
d'autocrates ignorants feront mieux pour la Guinée que des militaires semi-lettrés. Ces Forces vives doivent être soutenues et encouragées , même si, aujourd'hui, le combat mené
peut sembler sans issue. Ce genre de situation s'est souvent présentée dans l'histoire des nations. Et le combat qui se mène ne se déroule pas seulement sur le
terrain comme on l'entend souvent mais également hors du terrain. Ce combat se mène aussi par la plume: livres, presse-papier, presse électronique etc. D'où la rage des Guinéens sur le
Net mais cela devrait éviter les attaques personnelles mais conduire à la recherche d'arguments solides .
GUINEE
: LE NOEUD GORDIEN (Deuxième Partie)
Entre la publication de cette deuxième partie et la première de cet article est intervevu, à Conakry le 3 décembre , un règlement de compte sanglant entre le chef de la junte, le
Capitaine Moussa Dadis Camara et son aide de camp Aboubacar Diakité dit Toumba.C'est connu, quand un Etat développe, si longtemps, la culture de la violence, personne ne peut raisonnablement
croire qu'il ne peut pas en être victime, un jour ou l'autre. Le règlement de compte du 3 décembre, a été plus dramatique ( mais les Guinéens ont l'habitude de parler « d'incident malheureux »
dans de pareilles circonstances), que n'ont semblé le dire les pitoyables thuriféraires du système du CNDD que sont notamment, les tisserins, Moussa Kéita et Idrissa Chérif. Cet « incident
malheureux » a tout de même conduit le Capitaine dans un hôpital militaire du Maroc. Dakar plus proche gèographiquement de Conakry, a peut-être semblé, moins sûr
pour le patient en raison de la présence du grand nombre de Guinéens hostiles à son régime et à leurs tentatives de pressions bruyantes par des manifestations quotidiennes mais en raison aussi de
la peur de l'entourage du chef du CNDD de le voir plus facilement arrêté qu'au Maroc, après ses soins, pour une destination, du genre de La Haye, aux Pays-Bas. Malgré des soins intensifs
prodigués par des spécilistes chérifiens, il faut être réaliste. Selon toute vraisemblance, Dadis ne ressortirait, dans l'hypothèse optimiste , que profondément handicapé au physique .Autour de
ce drame, c'est Alexandre Cécé Loua, Ministre des Affaires étrangères qui vient de tenter d'atténuer le ridicule qu'Idrissa Chérif répandait sur notre pays en essayant de faire croire qu'un pays
étranger (la France) était le commanditaire de l'acte de Toumba alors que tout le monde sait que c'est un comportement de malfrats de la pire espèce,qui est devenu le réflexe conditionné de
l'Armée guinéenne dans toutes ses composantes.Même s'il se peut aussi qu'on y trouve des éléments saints,isolés et muselés. Toujours est-il que les atrocités exercées sur deux soldats par
d'autres et qui ont fait par vidéos, le tour du monde, ces jours derniers,ne constituent qu'une petite illustration de la férocité sanguinaire de cette Armée, devenue un ramassis de criminels
invétérés. C'est en considération de tous ces aspects qui ne datent pas d'aujourd'hui, que j'ai écrit plus d'une fois que l'Armée guinéenne telle qu'elle est sortie du moule de Lansana Conté,
n'était plus composée que de ,groupements de tontons macoutes ,en référence à la situation militaire qui prévalait sous les Duvalier père et fils en Haïti de 1957 à 1986 .J'ai plus d'une fois
souligné aussi que ces tontons macoutes guinéens n'avaient ni la hauteur intellectuelle,ni l'épaisseur éthique pour mener le redressement de la Guinée. Bref les limites de Dadis et de ses
compagnons sont apparues très vite aux yeux de bien de nos compatriotes ,au point que ceux-ci sont passés rapidement de l'enthousiasme populaire à l'arrivée de la junte au pouvoir à la
désaffection grandissante . L'un des aspects flagrants de ces limites de celui qui voulait être l'inspirateur et le recours du redressement de la Guinée s'est concrétisé en le faisant tomber tête
baissée, dans la souricière du camp Koundara.En effet après les massacres massifs du 28 septeptembre 2009 et l'annonce de la commission d'enquête internationale , ce n'était plus l'entente
parfaite entre Dadis et Toumba et pourtant le patron n'a pas pu éviter le rendez-vous fatal où l'attendait son aide de camp.La suite est connue.Croyez-vous qu'une telle méconnaissance de son
environnement (hommes
et choses), pouvait-elle permettre à Dadis de contourner les multiples embûches dans la gestion de l' Etat? Si la popularité du Capitaine dont parlaient tant ses soutiens et courtisans ,était
réelle, comment expliquent-ils qu'au regard de la configuration géographique de la presqu'île de Kaloum, Toumba ait pu faire son coup et disparaître sans avoir été arrêté? Cela s'est passé le 3
décembre, nous sommes le 15 décembre. Il court toujours, mais les perroquets du CNDD ont réponse à tout pour faire taire sur leurs incompétences notoires en tout et leur vacuité insondable . Ils
n'ont même pas conscience de cet état. Bref, les insuffisances multidimensionnelles des militaires guinéens au pouvoir sont de telles tailles que tout citoyen sachant lire, écrire et réfléchir,
et même ayant des parents dans l'Armée, peut admettre que cette Armée ne peut pas réaliser l'aggiornamento de la démocratie et du dévelopement dans
notre pays. Ce constat n'est pas une critique à la personne physique de Dadis ou de Sékouba Konaté ou d'autres du CNDD, mais une invite à tout Guinéen capable de réfléchir à l'avenir de son pays
et lui dire que cet avenir dépend et surtout de l'encadrement sociopolitique du pays (à la merci des caprices du Président), mais aussi de chacun des Guinéens. Les agitations pour tels ou tels
hommes et femmes ne constituent pas l'essentiel. L'essentiel, au delà des belles intentions proclamées doit être la capacité physique, intellectuelle et éthique au service de son pays et tout
ceci ne s'acquiert pas parce qu'on tient un fusil. Tous ceux qui ont poussé et encouragé Dadis, qui semblait peut-être sincère dans ses premières déclarations d'il y a un an, à s'entêter dans la
quête du pouvoir avec leur théorie simpliste et fumeuse: (« Tu as conquis le pouvoir, tu l'organises et tu le conserves », sont aujourd'hui les
véritables responsables des malheurs qui lui sont arrivés le 3 décembre et dont sa famille souffrira des conséquences comme souffrent les familles qui ont perdu des leurs le 28
septembre 2009 . Ces choses ont beau être expliquées aux Guinéens, il s'en trouvera toujours qui s'accrocheront aux premiers bonimenteurs qui viendront leur promettre la lune.
C'est pourquoi, je demeure persuadé qu'il faut que le Forum des Forces vives plaident avec conviction, auprès de l'Union Africaine (UA), de la Communauté Economique des Etats de l'Afrique de
l'Ouest (CEDEAO) et de la Communauté internationale (Union Européenne (UE), USA, ONU), pour le retrait de l'Armée guinéenne de la vie politique guinéenne .Une fermeté sur ce point rendrait un
immense service non seulement à la Guinée mais à d'autres pays africains.Ce n'est pas parce qu'on a des armes payées par la collectivité nationale pour sa défense que ceux qui sont commis à cette
défense doivent se constituer en corps autonomes pour régenter toute la dite collectivité nationale.C'est ce qu'aurait pu exposer dès le d épart, aux envoyés du CNDD à Ouagadougou, un médiateur
soucieux du droit des gens et il semble que tel avait été la feuille de route assigné à Blaise Compaoré par la CEDEAO. Se souvenant peut-être de son
propre itinéraire, parsemé de cadavres mais ayant malgré tout, avec les années, revêtu l'habit de la notabilité, Compaoré avait pensé que les délégués guinéens n'étaient qu'à la recherche de
strapontins ministériels dans un gouvernement où les militaires du CNDD tiendraient le haut du pavé. Les vives réactions d'opposition des Forces vives à cette conception de la médiation , la
forte intervention du Président de la Commission de la CEDEAO, Mohamed Ibn Chambas et le communiqué final de la 9e session du Groupe International de Contact sur la Guinée (GIC-G), à Ouagadougou
le 13 décembre 2009, vont tous dans le sens d'une transition courte que les Forces vives guinéennes exigent composée de civils et suivie d'élections libres et démocratiques auxquelles ne
participerait aucun membre du CNDD.En outre, les recommandations faites pour le déploiement d'une force de protection des civils et d'assistance humanitaire en
Guinée renforcent également l'engagement des Forces vives guinéennes dans le combat pour la démocratie en Guinée.
II – LES FORCES VIVES TELLES QUE JE LES SENS.
L'apparent déblocage institutionnel intervenu en Guinée,après l'instauration formelle du multipartisme politique, a été accompagné par des tentatives de coordinations d'actions des partis
politiques de l'opposition , face au pouvoir de Lansana Conté.Sous diverses appellations successives, il s'agissait déjà de forum de l'oppostion politique qui a subi, à l'époque toutes sortes de
critiques , notamment de la part de ceux qui n'étaient pas sur le terrain.Bien que fondées pour certaines, beaucoup d'autres critiques ne tenaient pas compte des difficultés de l'exercise du
terrain. Les critiques les plus fréquentes étaient, entre autres,l'absence de synergie d'actions face au parti balbutiant de Conté (le P.U.P) qui s'accaparait de tous les leviers de commande de
l'Etat pour se renforcer au pouvoir.Une autre critique était la stigmatisation sans nuance des partis de l'opposition qu'on qualifiait de fondés sur une base
ethnique.Je vais y revenir.
Au sujet des pourparlers actuels, sur la Guinée, à Ouagadougou, dans le cadre de la CEDEAO, tout le monde sait que le Forum des Forces vives
dont on parle, est assez flou dans bien des esprits, mais comporte d'une part, les Partis politiques et,d'autre part,le Mouvement social guinéen ( les 8 Centrales Syndicales de Guinée,le Conseil
National des Organisations de la Société Civile Guinéenne et la Confédération patronale des Entreprises de Guinée « CPEG »).L'efficacité étant le but recherché dans le genre de pourparlers
rappelés ci-dessus, j'avais, à un moment, pensé que les syndicats , la société civile et la cpeg n'y avaient pas leur place, leur but n'étant pas dirctement les problèmes discutés à Ouagadougou.
Au demeurant ,sans être une obligation, parmi des dirigeants syndicaux , ceux de la société civile et ceux de la cpeg, certains doivent être, peut-être, adhérants d'un parti politique de leur
choix.Les grandes centrales syndicales ont d'ailleurs montré leur efficacité au cours des évènements de janvier-février 2007 en partant de
leur champ d'action de lutte pour les revendications des travailleurs. A cette occasion, ils ont pleinement joué le rôle moteur qui avait été le leur, face à la bride au cou des leaders
politiques par le pouvoir et l'atonie du militantisme politique.De même , malgré l'exception guinéenne en matière de négation de la démocratie, la Société civile guinéenne a rapidement pris un
essor remarquable en peu de temps. Elle a également joué un rôle dans les dramatiques évènements de janvier-février 2007.Elle a commencé sous Conté à jouer un rôle de porte-parole de la
démocratie, à chercher à travers des associations et des ONG des limites aux excès du marché et aux atteintes à l'environnement en sensibilisant l'opinion aux problèmes écologiques et enfin à
mener diverses actions dans la lutte contre la pauvreté.Enfin les dirigeants de la CPEG ont fort à faire pour des créations d'entreprises (principaux agents de
production de la richesse de la nation). On voit donc que syndicats , société civile et entreprises ont des terrains féconds de multiples actions sur lesquelles ils doivent agir pour plus
d'efficacité sociale au lieu de se disperser sur des activités de politique générale bien que tout se tienne. Les délégués des Forces vives à Ouagadougou ou ailleurs sur les grands problèmes
politiques, devraient être des leaders politiques , ayant une expérience de débat du type des thèmes traités. Chacun de ceux-ci devraient se souvenir que ce n'est pas à l'étranger qu'on fait sa
campagne électorale, ( à moins de déplacements spéciaux pour cela) , et il va de soi que les délégués doivent strictement agir et parler au nom de l'ensemble des leaders des Forces vives et je
crois que c'est ce qui se passe jusqu'ici.
Je renouvelle ces remarques,déjà connues ou appliquées pour souligner qu'il faut en arriver en Guinée à la division sociale du travail.Or ce qu'on constate très souvent , dans notre pays , est
toujours la mobilisation générale de tout le monde pour tout ce qui s'entreprend, autour de vastes forums, où chacun
est content d'être vu mais d'où il peut ne rien sortir de concret. Certes, un forum est une réunion avec débat autour d'un sujet qui peut certes enrichir tous les participants sur le thème
traité, mais l'objectif d'atteindre des résultats concrets, comme c'est le cas des pourparlers de Ouagadougou ou d'ailleurs , peut conduire à limiter à un tout petit nombre de délégués porteurs
du consensus qui a été dégagé en Guinée.Pour ce qui s'est passé à Ouagadougou, je crois qu'on a réussi, cette fois, à s'autodiscipliner. Cela est bon pour la suite de la bataille.
Je viens d'indiquer que ce type de mission doit revenir aux leaders politiques mais il faut absolument,qu'en dehors de cette mission, les Guinéens serrent les rangs autour des partis politiques
de leur choix pour que cela mène à la démilitarisation de la vie politique dans notre pays.C'est la voie du salut démocratique .J'ai souvent écrit qu'il fallait éviter des critiques sans
fondement contre ceux qui luttaient dans l'opposition sous le régime de Lansana Conté, dans un contexte de non droit et de situation économique et sociale difficile. Ceci est encore valable
aujourd'hui. Ainsi, dans l' article: »Guinée – La guerre du feu », sur sites autour des 14-15 avril 2008,je présente une défense et illustration des partis politiques d'opposition pour des
raisons qui me paraissent encore d'actualité dans ces jours de bataille rude pour la démocratie en Guinée.En substance, j'indiquais dans cet article les faits suivants:
a) l'instauration du multipartisme (formel) du début des annéés 90, doit beaucoup à l'action des grands leaders politiques de l'opposition même s'ils n'ont pas été capables de
répondre par une action concertée à la demande de renouvellement politique souhaitée alors par la population réelle du pays.Mais l'absence d'Etat de droit, le difficile contexte économique ont
joué contre eux.L'examen de ces aspects aurait dû ( doit toujours) conduire à des critiques constructives qu'à des philippiques enflammées.
b) les critiques fréquemment émises sur les fondements ethniques des partis politiques d'opposition ne m'ont jamais paru comme des critiques solides.Elles ignorent les réalités
des régions nodales que sont nos quatre régions;Celles-ci doivent être perçues comme noeuds de toute une série d'interactions humaines, géographiques, historiques, économiques etc. Perçues comme
noeuds dans l'espace national guinéen, les quatre régions peuvent servir de point de départ à des partis politiques,comme cela s'est passé ailleurs dans le monde, sans que ces partis soient
catalogués d'ethniques, d'autant plus que la mobilité spatiale de la population depuis l'indépendance, a conduit dans chaque région à l'installation de minorités « allogènes » non négligeables .
A long terme, les régions peuvent réciproquement irradier les unes sur les autres. Ces irradiations multipolaires des régions nodales finiront sous
l'impulsion de l'administration , des partis politiques et d'autres acteurs institutionnels par former un tout national homogène institutionnellement. On voit donc que de l'hétérogénéité des
partis et des régions dits ethniques , on finira par obtenir une homogénéité nationale de composition des partis. Le parti ayant démarré à tel point du territoire national verra son odience
proportionnelle étendue à tout le territoire national.Il faut du temps mais c'est le schéma d'évolution que j'imagine pour les partis d'aujourd'hui.Et ce ne sont pas des ukases ou des
récréminations qui changeront l'état actuel des choses. Si les leaders ont la fibre nationale et sont en puissance de véritables hommes et femmes d'Etat, il n' y a pas de raisons valables de les
accabler d'ethnocentrisme. Question d'ailleurs sur laquelle, on doit être vigilant.L'ethnocentrisme se maintiendra si certains continuent de s'accrocher à des ignorants bavards.
Une politique d'éducation de la jeunesse par des écoles répandues aux quatre coins du pays aidera à consolider l'évolution dans l'unité guinéenne en construction.
Les contremaîtres de ce chantier de construction sont nos leaders politiques qu'il faut encourager au lieu d'affaiblir alors qu'ils ne sont pas les responsables directs de la catastrophe
guinéenne.Ceux qui sont coupables de malversations dans la gestion des biens collectifs , doivent en répondre mais pas dans le cadre d'un choix entre militaires et civils pour le gouvernement de
la République de Guinée.L'encadrement militaire n'a pas non plus des mains propres sur ce chapitre. Lansana Conté et ses officiers supérieurs ont été autant des pilleurs des ressources
économiques du pays que des ministre et cadres supérieurs civils.Mais les militaires n'ont jamais été visés par les campagnes d' audits annoncés par Dadis.Tout le monde se souvient,comment en
juin 1979, un Conseil Révolutionnaire des Forces Armées ghanéennes,conduit par le capitaine Jerry Rawling s'est emparé du pouvoir pour lutter contre la corruption; les deux
précédents Présidents , les généraux Acheampong et Akuffo sont fusillés. Le ménage fait d'abord dans l'armée, Rawling remet trois mois après, le pouvoir aux civils en septembre 1979 et le Docteur
Hilla Limann est élu Président. Même si Rawling est revenu deux ans plus tard, le Ghana a amorcé lentement une évolution positive dans sa construction qui ne s'est pas encore démentie.Le Ghana
est aujourd'hui une démocratie , politique ,économique et sociale solide de l'Afrique de l'Ouest.
Ces observations m'amènent à affirmer que les Forces vives représentées par des leaders politiques solides diposent des atouts solides dans les pourpalers de Ouagadougou et dans d'autres
pourparlers à venir. Je reviendrai sur ces atouts, mais d'ors et déjà, il faut signaler que:
a) Le CNDD a montré ses limites à diriger un peuple par ses méthodes barbares qu'il a étalées aux yeux du monde entier.Si des discussions ne peuvent pas les conduire à se retirer
de la scène politique, les Forces vives doivent persuader,d'une part, comme cela se passe déjà , plutot bien , l'UA et la CEDEAO,et, d'autre part, la Communauté internationale d'intervenir en
Guinée pour ,au moins, défendre la population contre son armée composée de criminels récidivistes.
b) Ceux qui mettent en doute l'éventualité d'une intervention extérieure en Guinée, parce que des déclarations extérieures ne se font pas entendre sur la crise guinéenne,ne me
semblent pas avoir compris certaines choses.En ce qui concerne la CEDEAO, on ne peut plus dire qu'il y a désintérêt,bien au contraire, car c'est à la suite d'une déclaration sur cette crise par
Mohamed Ibn Chambas, Président de la Commission de la CEDEAO, défavorable à Dadis que les deux folkloriques diplomates du CNDD (Moussa Kéita et Idrissa Chérif) avaient voulu surseoir leur
participation à la suite des discussions menées par Compaoré, pour,esuite s'y rendre le 13 décembre. Par ailleurs la dicrétion sur le sujet,observée par certains , du côté de la Communauté
internationale (Union Européenne, USA), après des condamnations sans ambiguïté des massacres du mois de septembre, est sans doute , due au fait de ne pas gêner
l'Union Africaine (son Président de la Commission de l'UA, Jean Ping) et la CEDEAO.Il ne faut d'ailleurs pas oublier que l'intensité des condamnations des criminels du CNDD ne pouvait pas laisser
indifférentes l'UA et encore moins la CEDEAO auprès de laquelle les Forces vives ont une vraie carte à jouer.Enfin quand on parle de la Communauté internationale et notamment les pays
occidentaux, certain Guinéens sont toujours prêts à ressortir des rengaines éculées sur le néocolonialisme et l'impérialisme des années 60.On a même entendu l'Archevêque de Conakry, recourir à de
tels arguments pour expliquer les massacres du 28 septembre dernier .Le pauvre Idrissa Chérif vient encore de trouver dans l'attentat de Toumba contre Dadis, la main de la France, alors que lui
et Toumba étaient souvent mains dans les mains sans qu'il ait pensé un instant reconnaître en lui un agent étranger.Bref tout ce contexte explique sans doute que
des commentaires ne soient pas fréquemment entendus dans des milieux dirigeants occidentaux ,mais qui, je le pense, ne demeureraient pas inactifs à prendre des mesures conformes au droit
international et à la protection des droits de l'homme si les Africains les y pressaient.Pour ce qui concerne les Nations Unies , une Commission d'enquête internationale sur événements du mois de
septembre s'est déjà rendue en Guinée.
Les Guinéens doivent donc serrer les rangs derrière les principaux partis politiques que tout le monde connaît et dont les leaders ont montré par un long combat qu'ils sont mieux préparés que des
miltaires pour concevoir un projet politique de société et assumer la gestion des services de l'Etat guinéen.C'est ce que je crois.Cette assertion n'est pas un appel à un comportement moutonnier
des citoyens mais à l'encouragement de contributions constructives en lieu et place de diatribes velléitaires.
(A SUIVRE)
Pr Ansoumane Doré
(Dijon,
France)
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Ansoumane Doré |
Les Guinéens voudraient le croire et j'espère que le plus grand nombre le souhaite pour aller vers un ordre constitutionnel que nous n'avons jamais connu. A la sortie de l'ère coloniale en 1958, les dirigeants guinéens ont choisi pour la Guinée, le statut de régime républicain, c'est-à-dire, le régime politique dans lequel le pouvoir est partagé et où la fonction de Chef de l'Etat n'est pas héréditaire. Tout pouvoir procède de la volonté populaire. Or en Guinée, le régime républicain proclamé et inscrit au fronton des édifices publics et en frontispice des textes fondamentaux, a été dans les faits, 51 années durant, soit un régime quasi monarchique, soit un régime de dictature militaire. Le cynisme et la tromperie ont consisté de la part des Présidents à toujours user, selon les époques des termes de république populaire ou de république tout court. Dans la réalité, la République de Guinée (la Res publica guineensa, la chose publique guinéenne) n'a été depuis 1958 que la chose privée de Sékou Touré puis de Lansana Conté et, ensuite, de Moussa Dadis Camara. Tous les trois ont usé et abusé de la chose publique selon leur bon plaisir ,en puisant dans les ressources économiques et financières du pays, en mettant sous écrous n'importe quel citoyen ou en libérant de prison selon leurs caprices. Même des Chefs de monarchies constitutionnelles n'ont pas toujours cette étendue de pouvoirs. C'est ce type de conception du pouvoir, reposant sur l'arbitraire, la force et la violence, soutenu par des Guinéens même dits « éclairés » qui est la cause première de l'enlisement de la Guinée dans le sous-développement total. Ce sous-développement est total car il enserre toutes les structures guinéennes: étatiques, humaines (psychologiques et mentales), économiques et sociales etc. Loin d'être au service du peuple guinéen, le régime républicain de Guinée n'a jamais attiré l'adhésion massive et sincère de nos concitoyens.
Un grand nombre d'entre eux ont toujours senti sans pouvoir le dire ouvertement un régime fondé sur la violence d'Etat, l’imposture, la magouille et le vol de toute nature. Cet état de fait n'a jamais contribué à rassembler positivement un peuple pour construire un pays. Un pays ne se construit pas quand ses serviteurs vivent dans la peur. Un exemple vient de nous être donné par le Président de la Commission d'enquête nationale sur les massacres du 28 septembre 2009. Le Président de cette Commission, le Procureur Siriman Kouyaté, n'a reconnu comme responsables de l'ignominie du
28 septembre dernier que le Lieutenant Toumba Diakité et une équipe de bérets rouges. Dadis, Président du CNDD et ordonnateur incontournable de tout ce qui pouvait se décider au Camp Alpha Yaya jusqu'au 3 décembre 2009, n'est pas reconnu par le Procureur Kouyaté comme responsable du monstrueux crime contre l'humanité qui a été condamné par l'ensemble des Nations. C'est Toumba, l'absent qui n'a fait qu'obéir aux ordres de son Chef qu'on exhibe comme le responsable suprême de ce qui a été décidé au sommet du CNDD. On devine alors que s'il avait été pris le 3 septembre, on l'aurait immédiatement tué pour l'empêcher de parler, comme il l'a, d'ailleurs dit dans son interview. Dans un tel contexte d'Etat de non droit, on peut, même si l'on ne partage pas, comprendre les curieuses conclusions du Rapport de Siriman Kouyaté qui connaît parfaitement bien la chanson que le pouvoir qui l'a désigné, attendait de lui. C’est pour l'élimination de ce type d'Etat sauvage que naît chez les Guinéens l'espoir d'un aggiornamento dans leur pays à chaque tournant de son histoire.
Encore une fois, ce type de survol me semble nécessaire avant d’en venir à l'objet direct de cette note. C’est de dire que l'accord sur la crise guinéenne, signé le 15 janvier, à Ouagadougou, même s'il a comporté des critiques justes, peut et doit constituer une base de départ nouveau. En somme une recherche de réhabilitation de l'Etat guinéen pour, petit à petit, balayer l'absence d'Etat républicain qui n'a fait que beaucoup de mal au pays.
Le fait marquant de cette aspiration au renouveau, chacun le sait, est la désignation d'un Premier Ministre de Transition, Jean-Marie Doré, d'un 2e Vice-Premier-Ministre, Rabiatou Sérah Diallo, tous deux sortis des rangs des Forces vives et d'un 1er Vice-Premier-Ministre venu du CNDD. Pour un gouvernement de travail intensif de six mois, cette surcharge de la Primature n'a pas été un bon signe d'efficacité et elle peut annoncer d'autres surcharges. Le partage de postes ministériels que cette structure annonce pour une aussi courte période de Transition, n'annonce pas, de toute évidence, une efficience de l'action gouvernementale. Quand on a parlé de Transition, j'avais imaginé que les membres de gouvernement mis en place, sans préoccupations futuristes d'aucune nature, seraient des techniciens, certes coiffés par un représentant des Forces vives mais en mesure d'annoncer, dans leurs possibilités d’action, des signes de ruptures avec les méthodes ambiantes de gestion publique. Méthodes caractérisées par la pléthore d'acteurs pour la moindre opération, les cérémonials lourds, emphatiques et surannés, tant avec des civils, des militaires que des religieux et qui finissent par compter en heures dans une journée de travail. Or même si la durée de la Transition est limitée dans le temps et dans les objectifs, avec une structure légère, elle aurait pu annoncer des orientations de travail susceptibles de produire par la suite des effets positifs. Mais la structure en 32 départements ministériels du gouvernement de Jean-Marie Doré qui vient d'être présentée par décret du Président par intérim le Général Sékouba Konaté est trop lourde et risque de s'enliser dans des habitudes et de conduire à un scénario à l'ivoirienne de report en report d'élections. Et pourtant l'occasion du renouveau aurait dû être saisie pour rompre avec un passé, paralysant, source de tous nos maux.
Si, en effet le nouveau tournant qui semblait s'amorcer venait à échouer encore, ce que personne de raisonnable sur l'avenir guinéen ne souhaite, la Guinée pourrait sans nul doute se situer dans le sillage du modèle connu par des pays comme la République d'Haïti.
Citer le modèle d'évolution d'Haïti , par les temps qui courent, n'est nullement fait, ici, en référence au malheur qui vient de frapper cette République de la Caraïbe, sous la forme d'un terrible séisme le 12 janvier dernier qu'on dit avoir (provisoirement) fait 200 000 morts et 300 000 blessés. Ce type de catastrophe naturelle peut arriver à n'importe quel pays. Ainsi du 22 au 24 décembre 1984, un tremblement de terre, de magnitude
6,3 (selon les spécialistes) sur l'échelle de Richter (graduée de 1 à 9) a secoué à plusieurs reprises des zones de la Moyenne-Guinée, faisant de nombreuses victimes mais personne n'a jamais fait allusion à cette catastrophe dans le calamiteux bilan de la Première République de Guinée (1).Personne ne peut donc en faire, sur ce point, aux Haïtiens à propos des malheurs séculaires qui les frappent. La référence à Haïti concerne le type de gouvernance pratiquée depuis plus de deux siècles. Pour la Guinée, après 50 années d'errements il faut que les gouvernements prennent conscience des réels enjeux de la construction du pays. Cela ne consiste pas seulement à la course au pouvoir et des avantages qui en découlent pour quelques uns. C’est ce que n'ont pas semblé comprendre les dirigeants haïtiens depuis leur héroïque conquête d'indépendance par des esclaves qui sortaient de la nuit des temps au début du XIXe siècle. Cette conquête était infiniment plus difficile que celle qu'ont connue les Africains au milieu du XXe siècle. Mais avec le temps, Haïti aurait pu connaître, à présent, une situation moins catastrophique que ce qu'elle connaît avant le séisme: Elle présente le niveau de développement le plus faible du continent américain (2).Si les Guinéens ne se ressaisissent pas c'est cette trajectoire qu'ils prendront en Afrique et un certain nombrilisme hérité du Non du 28 septembre
1958 qui pèse encore sur certains Guinéens peut les y conduire. C'est pourquoi j'attire l'attention sur l'évolution d'Haïti. De quoi s'agit-il exactement? Sans entrer dans l'histoire tumultueuse de l'île, disons qu'après la révolte des esclaves africains menés par Toussaint Louverture en 1791, celui-ci est fait prisonnier et déporté en France sur ordre de Bonaparte. Mais en 1803, le corps expéditionnaire napoléonien, de 12 000 hommes, dépêché dans l'île pour rétablir l’esclavage, est vaincu près du Cap -Haïtien (auparavant
Cap-Français) et l'indépendance est proclamée le 1er janvier 1804 à Gonaïves par le Président Jean-Jacques Dessalines avec d'abord un statut politique
Incertain: « empire » avec Dessalines, « royaume » avec Henri Christophe, « république » avec Alexandre Pétion, et Jean-Pierre Boyer. Les débuts de cette République sont difficiles: évasions des capitaux, les Haïtiens doivent payer une lourde somme pour indemniser les anciens colons français ce qui va handicaper longtemps la jeune République. La France ne reconnaîtra réellement l'indépendance qu'e 1838 sous Louis-Philippe.
D'autres reconnaissances suivront: le Saint-Siège, les Etats-Unis après l'abolition de l'esclavage par Lincoln (1863).Mais le mépris dans lequel est maintenue cette république noire est assez général. Ainsi, Alexandre Pétion (Président d' Haïti, 1807-1818), donne asile à Simon Bolivar pourchassé au Venezuela et lui donne des aides (à deux reprises) pour reprendre son combat de libération contre les Espagnols, en lui demandant seulement l'émancipation des esclaves des terres libérées mais quand Bolivar convoque le Congrès de Panama en 1826, sur l'Amérique latine, Haïti n'est pas invitée . Pendant toute la première moitié du XIXe siècle, la crainte du retour des maîtres français entraîne un surarmement et des dépenses importantes pour la construction de nombreux forts de défense comme la gigantesque citadelle du roi Christophe près du Cap-Haïtien. Cette obsession de défense conduit à occuper la partie Est de l'île qui deviendra après trois guerres meurtrières la République dominicaine en 1844. Sur le plan politique s'installent des dictatures militaires appuyées sur des bases régionales (le Sud contre le Nord). Les Chefs militaires préoccupés de pouvoir politique plus que de construction du pays, lèvent dans les campagnes des armées de mécontents qui ravagent l'île. Pour financer leur soif de pouvoir, ils ont recours à des emprunts extérieurs avec des conditions léonines. Le non-remboursement des dettes entraîne des interventions des puissances extérieures dans la politique haïtienne. Le principe de la remise de dettes n'existait pas encore. Au XXe siècle, les Etats-Unis, qui pratiquent déjà une politique impérialiste dans la région Caraïbe, veulent assainir et policer ce qu’ils considèrent comme une zone instable. Ils envahissent militairement Haïti, prennent le contrôle des douanes pour assurer le paiement des dettes contractées et établissent un protectorat qui va se maintenir de 1915 à 1934 avec la collaboration d'hommes de paille. Mais la résistance populaire évite à l'île de devenir une quasi-colonie de grandes plantations comme Cuba ou la République dominicaine (3). Certains nationalistes qui apparaîtront plus tard sur la scène politique, comme le Docteur François Duvalier (1957-1971) et son fils Jean-Claude Duvalier n'ont pas tardé à se muer en sinistres dictateurs qui ont enfoncé Haïti dans un sous-développement chronique et contribué à renforcer l'émigration des Haïtiens (notamment vers l'Amérique du Nord, la République dominicaine, les Antilles Françaises et la France) de plus de 3 millions d'Haïtiens dont de nombreux cadres et techniciens sur une population totale d'environ 9 millions d'habitants. D'autres dirigeants comme le prêtre Jean-Bertrand Aristide, devenu homme politique au début des années 1990 , avait suscité beaucoup d'espoir avec son slogan de campagne de réconciliation pacifique en créole « Pa pè Fè lapè » (« Ne craignez pas de faire la paix ») a été deux fois renversé et contraint à l'exil, d'abord aux Etats-Unis en 1991,puis revenu au pouvoir en 1994 , exilé de nouveau en Afrique du Sud. On voit donc qu’Haïti a subi des coups durs au cours de son existence bicentenaire mais tout n'a pas dépendu des Haïtiens eux-mêmes, comme il vient d'être rappelé. L'inconscience d'une minorité dirigeante égoïste, repliée sur elle-même et assoiffée de pouvoir source de son enrichissement a largement contribué aux malheurs du peuple haïtien: violence politique et misère permanente de la majorité de la population.
A biens des égards, c'est ce type de comportement qui transparaît en Guinée, malgré des comportements d'artifice et des gesticulations de façade. Comme en Haïti, ce ne sont pas toujours les éléments susceptibles de progrès pour l'ensemble de la nation qui ont tenu le haut du pavé mais les éléments médiocres. Un grand nombre de cadres et techniciens haïtiens de haut niveau technique et professionnel vivent aux quatre coins du monde. Il en est de même pour la Guinée et dans les deux cas cette situation arrange bien du monde. Le raisonnement s'y fait en termes de places et non de recherche de l'efficacité dans la construction du pays. C'est cette voie d'efficacité qu'on souhaiterait que le gouvernement de Jean-Marie Doré emprunte Ce n'est pas facile et je devine toutes les inerties auxquelles il devra faire face.
Mais le renouveau n’interviendra qu'au prix de ruptures avec des habitudes.
Cette indication ne concerne plus les gens de ma génération mais toutes les jeunes générations de cadres et techniciens guinéens bien formés et qui attendent de s'investir au service de leur pays.
Je souhaite que Jean-Marie Doré donne ce signal et il y aura des chances que les gouvernements qui suivront prennent la même voie de renouveau. Nos compatriotes suivront car ils ont soif de renouveau.
Pour terminer, il faut se souvenir que la violence appelle la violence et le devoir de dirigeants politiques doit être, entre autres, d'éviter la violence. C'est un thème à développer dans la conscience collective.
Les dirigeants guinéens doivent méditer et éviter à la Guinée le type d'évolution qu'a enregistrée jusqu'ici la République d’Haïti, moins par les aléas historiques que le temps aurait pu atténuer que par l'incurie des dirigeants du pays. Ce n'est pas parce que nous, Guinéens, avons eu un semblant de stabilité politique de 50 années, assises d'ailleurs, sur des monceaux de cadavres de Guinéens que les prodromes du modèle haïtien d'évolution ne sont pas perceptibles.
Voici ce qu'a été la succession de la Présidence de la République d' Haïti depuis 1804 et qui prouve que le pouvoir politique y a été la préoccupation dominante de la classe politique avec toutes les conséquences négatives qu'on constate de nos jours.
Présidents, Mandat et Destin :
Remarque : Ne figurent pas sur cette liste ceux qui ont assuré de très courtes périodes (provisoires) de la Présidence de la République pour la période très récente de la décennie 1990, comme: Marc-Louis Bazin, Joseph C. Nérette, Emile Jonassaint. (4).
J'ai retracé cette liste pour donner à réfléchir aux Guinéens sur les tendances qu'ils ont à idolâtrer même des militaires du gabarit politique de Moussa Dadis Camara. Des dirigeants politiques de cette catégorie ne peuvent mener un pays qu'à la ruine. Je l'ai écrit souvent, non pas contre la personne d'un homme mais pour l'avenir d'un pays.
Le peuple haïtien est un peuple courageux qui aurait pu mieux réussir que ce qu'on constate aujourd'hui. Ce peuple a montré son courage dès l'accession à l'indépendance. Un peuple d'esclaves noirs africains qui se libéra, entre autres, en battant une armée française de 12 000 hommes que Napoléon Bonaparte avait dépêchée dans l'île pour rétablir l'esclavage. Un peuple auquel la puissance coloniale sous le roi Charles X a imposé une indemnisation à payer, pour être reconnu indépendant, de la somme colossale de 150 millions de franc-or de l'époque, ramenée par la suite à 90 millions et dont les Haïtiens ne finiront le remboursement qu'en 1888. Tout ce passé a pesé sur l'évolution de cette île qu'on présentait à la date de l'indépendance comme prospère dans la région (5). Mais si depuis 1888, la gouvernance de l'île n'avait pas été l'image paralysante de gestion publique qu'on devine facilement en lisant la liste, ci-dessus, Haïti n'aurait sûrement pas été, aujourd’hui, le pays le plus misérable du continent américain. La lutte politique qu'y a livrée une armée qui s'est constamment emparée du pouvoir politique sans toujours savoir quoi en faire sinon qu'à enrichir une petite oligarchie compradore (6) qui se dépêche à chaque passage au pouvoir de se préparer des exils dorés à l'étranger; voilà les sources du mal haïtien. Certains hommes politiques de paille qu'ils utilisent le plus souvent n'ont pas d'autres ambitions que les leurs.
Le peuple guinéen dispose lui aussi de grandes qualités. Il ne doit pas se focaliser sur son passé colonial de 60 années ni sur les pièges tendues du début d'indépendance pour expliquer tous ses malheurs, comme certains Guinéens se plaisent à le faire. Des pays comme le Vietnam ont subi des épreuves plus dures et se sont mieux sortis d'affaires. Les malheurs du peuple guinéen ont été ses hommes politiques et principalement ses Présidents qui n'ont été que des imposteurs. Il faut que les Guinéens et parmi eux, les plus éclairés, se débarrassent des méthodes de gouvernement par imposture.
C'est pourquoi quand des Guinéens s'élèvent avec véhémence contre le pouvoir militaire, comme dans le Collectif guinéen contre le Pouvoir militaire (CGCPM), ils doivent être entendus et suivis. Devant ce type de collectif, d'autres soulignent cependant, l'incontournabilité de l'Armée dans le règlement de toute crise présente .Au regard de ce constat, faut-il laisser le cours des choses se poursuivre comme pendant les 25 dernières années? Sur ce point, je ne crois pas qu'il faille comprendre que la communauté internationale ou le CGCPM minimisent le poids de l'armée en Guinée. Si tel était le cas pour la communauté internationale, Sékouba Konaté n'aurait pas reçu tant de messages de félicitations et de soutien dans les orientations qu'il a annoncées. Quand au CGCPM, la position qu'il adopte est la plus féconde pour notre pays, face à la communauté internationale: (« aide-toi, le Ciel t'aidera », c'est connu...). Dans les deux positions, le but recherché est d'amener la Guinée vers le type de gouvernance à base de droit non par la force des armes. Les rejets de références à la communauté internationale que certains Guinéens préconisent, prouvent leur peu de connaissance des réalités du monde présent. Ne serait-ce qu'au niveau des besoins de financement extérieur, seuls ceux qui sont aux manettes du pouvoir à Conakry, savent ces réalités. Aujourd'hui, sans parler de grandes infrastructures, pour financer le moindre projet dans notre pays : élections, réforme de l'armée, par exemple, nous avons besoin de financement extérieur. C'est en cela que la communauté internationale est une réalité et c'est en cela que le CGCPM doit se faire entendre. Ce collectif qui travaille pour l'avènement de la démocratie dans notre pays devrait pour une fois faire l'unanimité des jeunes générations des Guinéens.
Et il est temps que chacune et chacun se penchent sur cet appel au lieu de se réfugier dans un scepticisme de personnes vieillies avant l'âge. Dans un article d'Afrique Asie (N° février 2010) « L'équation militaire » Ahmadou Kélégué fait une bonne analyse de cette question Il montre comment, dans les mentalités et dans les faits, l'Armée est devenue incontournable. Ce type de diagnostic est utile et doit servir. Sans intimider.
Quand je parle d'espoir et de rédemption de la République , cela veut signifier que nous devons faire confiance aux acteurs des Forces vives, à commencer par le Premier Ministre de la Transition pour tirer le meilleur des dispositions favorables du Général Sékouba Konaté à un retrait de l'Armée de la direction politique du pays. Faire confiance aux Forces vives ne signifie nullement se transformer en chœur d'applaudissement à tout. La critique est donc nécessaire mais le contexte d'ensemble du pays est difficile, chacun le sait ou le devine. C'est pourquoi il faut aider les Forces vives, le gouvernement de Transition et le Général Sékouba Konaté dans la voie de rédemption de la République de Guinée. Et je le répète, il ne s'agit pas d'un appel à un suivisme aveugle mais un appel à la vigilance active mais pas au renoncement. Des positions d'affrontement ne pourront que reculer les solutions à nos problèmes. Ce pragmatisme ne signifie nullement donc une renonciation à la formation des citoyens guinéens aux objectifs du Collectif guinéen contre le Pouvoir Militaire. Et les leaders politiques doivent s'employer de façon pédagogique à faire comprendre aux responsables militaires que dans une nation , la spécialisation des tâches est une nécessité, celle de l'Armée est la défense du territoire national. Quand chaque catégorie socioprofessionnelle aura compris l'absolue nécessité de la division du travail social selon les spécialisations, les choses marcheront mieux en Guinée.
Ansoumane Doré (Dijon, France)
NOTE :
(1) Il faut rappeler ici qu'un violent tremblement de terre a secoué à plusieurs reprises le Nord-Ouest de la Guinée, les 22-24 décembre 1983.Les localités de Gaoual et de Koumbia ont été particulièrement détruites. Des dégâts ont été aussi enregistrés à Mamou, Kindia et Labé. Les victimes ont été chiffrées à 275 morts et 1300 blessés. Selon l'Institut Physique du Globe de Strasbourg (France) qui avait aussitôt confirmé les informations de Radio-Conakry, les secousses avaient atteint la magnitude sur l'échelle de Richter (graduée de 1 à 9), ce qui est destructeur. La dictature en place, alors, parlera peu des victimes mais le marabout et les féticheurs de Guinée se saisirent de l’évènement, qui, il est vrai, est apparu comme surprenant pour tout le monde. En effet aucun séisme important n'avait été enregistré, de mémoire d'homme, jusqu'à cette date en Afrique de l'Ouest, si ce n'est dans les lointaines îles volcaniques du Cap-Vert. Mais puisqu'il s'agissait d'un fait exceptionnel, marabouts, féticheurs et devins ont laissé entendre qu'il devait avoir un sens caché. Toujours est-il qu'à peine trois mois après ce séisme, Sékou Touré disparaissait le 26 mars 1984. Ce qui a conduit à des commentaires variés.
(2) Voir INSEE « Panorama économique de la Caraïbe », Préfecture de la Région Guadeloupe, 1999; Dossier par pays des 21 entités de la Caraïbe.
(3) Voir Christian Girault, « La République haïtienne », Editions Karthala/Adec, Paris; voir Jacques Barros, « Haïti de 1804 à nos jours », L'Harmattan, 1984 Paris.
(4) Wikipédia: Liste des Présidents d'Haïti; Université Sherbrooke, Québec, Canada: Perspective Monde.
(5) La République dominicaine qui occupe la partie orientale de l'île d'Haïti est aujourd'hui beaucoup plus développée économiquement et socialement.
(6) La bourgeoisie compradore dans des pays en développement est formée d'une minorité d'autochtones enrichis par des trafics divers avec l'étranger et par conséquent plus liée à l'extérieur qu'au pays. L'exil qui peut advenir à des politiques leur permet de trouver à l'étranger une assise matérielle confortable.
source: guineeactu.com