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La sagesse est africaine, l'arrogance est nègre

Le nombre d'années passées sur les bancs de l'école occidentale ne
devrait pas seulement nous apprendre à lire et à écrire la langue du
colonisateur, mais aussi et surtout, à nous consolider dans notre
sagesse et notre tolérance, ces deux forces de la vraie culture
africaine.
Deux forces qui ont fait de Martin Luther King et de Nelson Mandela,
des hommes de valeur et de fierté au sein de la race humaine.
Malheureusement, pour bon nombre d'enfants colonisés, l'arrogance et
l'envie de se faire voir sont les seules façons d'être considéré comme
un intellectuel ou un homme de culture.

Parmi les sages africains qui ont reçu une éducation à la fois
familiale et scolaire, se cachent  des nègres arrogants, qui croient
tout connaitre, juste parce qu'ils ont eu la chance de fréquenter
l'école occidentale.

Ces nègres arrogants, contrairement aux sages africains, se croient au
sommet de l'Everest. Pour eux, seuls leurs diplômes et leurs vérités
comptent. Le reste des guinéens ou des hommes, n’est rien d’autre qu’un
troupeau de moutons.

Disons-le dès maintenant : ces pseudo-intellectuels se trompent
bougrement car, le savoir c'est comme l'ignorance, çà n'a pas de borne.
La différence entre le savoir d'un médecin et l'ignorance d'un
cultivateur semble être immense, mais en réalité elle est très minime.

Ces nègres arrogants sont faciles à reconnaitre. Ils s'affichent
souvent avec des idées négatives. “Tout ce qui n'est pas avec nous, est
contre nous”, clament-ils à tout vent, tout en traitant les autres de
moutons galeux ou de chiens enragés, qui ne méritent que l'errance ou
la mort. Ils oublient que, même déguiser en brebis, la louve restera
toujours la louve, et nul n'a besoin de lui enlever son masque pour la
reconnaître.


Contrairement au sage africain qui construit, conseille et nourrit le
respect partout où il se trouve, le nègre arrogant divise, diffame,
insulte, des fois sans même s’en rendre compte. Il passe à coté sans
voir, juge sans connaître, renie sans savoir. Finalement, on se rend
compte qu’il oublie que dans la vie, la profession importe peu, la
sagesse et l'esprit d'ouverture sont les seuls fondements d'une vie
harmonieuse. Des vertus chez l'africain.

 

Ces nègres arrogants n'ont aucun objectif pour la Guinée. Ils se disent
combattre le régime, mais n'osent pas dénoncer le système. Ils disent
qu'ils ne militent et ne défendant aucun parti politique et pourtant,
ils suivent de près, tout ce qui se passe dans la cours du Roi, et
souhaitent un tsunami politique qui va renverser le fauteuil
présidentiel, tout en épargnant des anciens collaborateurs qui sont
pour autant complices du système et corrompus jusqu'au os. Ils se
trompent, ces virtuoses de l’ambigüité.

 

Heureusement que ces nègres arrogants ne sont qu’une poignée de
personnes. La majorité, composée de sages guinéens, saura toujours leur
barrer la route, le moment venu. Car la vanité est tout ce qui compte
pour cette poignée d'individus.

 

Le point commun entre le nègre arrogant et le sage africain, c'est le
diplôme. Mais le sage africain n'a pas tout épousé chez le
colonisateur, contrairement au nègre arrogant qui fait des pieds et de
la tête, tous les jours et à chaque occasion, pour singer ses maîtres.
Sa façon de voir les choses se nourrit ainsi de la haine et l'envie de
marcher sur autrui.

 

Un guinéen de la Guinée trouvera normal qu'un italien ou un allemand
lui demande son passeport pour franchir leurs frontières, mais est cela
justifie-t-il qu’un nègre qui se dit « docteur » lui demande un test
d'A.D.N pour preuve de sa parenté ? Vaste plaisanterie ou folie de
grandeur.

 

On reconnait un esclave par le fardeau qu'il porte, et on reconnait un
peuhl par la parole qu'il transmet. Pas besoin d'.A.D.N. pour prouver
quoi que ce soit !

 

Malheureusement, le nègre arrogant, peu importe son diplôme ou sa
profession, restera toujours une honte pour sa nation et son peuple. Il
se croira toujours dans la jungle et face aux intempéries de la nature,
et il se comportera toujours comme un animal sauvage.

GUINEE : LE NOEUD GORDIEN




Ce titre qui  relève de la Mythologie grecque antique, est  passé de siècle en siècle jusqu'à nos jours dans l'expression trancher le nœud gordien d'un problème inextricable.

 

Son origine remonte à une légende liée à Alexandre le Grand (356-323 av. J.-C.). Gordias, roi  fondateur du royaume de Phrygie (Asie Mineure) avait un char, symbole de royauté dont un lien fixait le joug au timon. Un oracle avait prédit que la succession dans ce royaume  reviendrait à celui qui dénouerait le lien du char au nœud  extrêmement compliqué. En 334 av. J.-C., Alexandre le Grand tenta de défaire le nœud, ni parvenant pas, il le trancha d'un coup d'épée. C'est de cette légende qu'est née l'expression « trancher le nœud gordien » qui a dès lors  désigné, par métaphore, un problème inextricable qu'on règle par une action non conforme à ce qui est édicté. Dans le langage courant le nœud gordien caractérise donc un obstacle dont on ne peut pas venir à bout par les règles habituelles.

 


Pour les difficiles pourparlers en cours sur la Guinée à Ouagadougou, les Forces vives guinéennes peuvent-elles en  trancher le nœud gordien, comme sortie de crise? Pour autant que cette  crise en cours soit  lourde et semble insoluble, le Forum des Forces vives n'en  disposent  pas moins  d'atouts non négligeables qu'il faut  utiliser avec maestria. Outre les Forces vives, certains Guinéens  du camp de ceux qui  luttent contre une dictature  militaire (qu'on ne tarderait pas  à habiller  en civil), ont en tête  des variables de ces atouts. Avant d'arriver aux recommandations faites par  ceux  qui méditent et écrivent  à l'attention  des Forces vives  pour  trancher le nœud gordien de la médiation faite par Blaise Compaoré désigné par ses pairs de la Communauté des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO),  je vais  faire un survol de l'ensemble de la situation guinéenne actuelle pour aboutir à ce que je sens , ce que je crois  pouvoir   être les  voies  incontournables  pour cela .

 


Je propose une marche en trois étapes tout en étant conscient que bien des aspects que je traite ont été soulevés par d'autres mais sur lesquels chacun  peut exprimer différemment son  sentiment personnel.; Les étapes que je propose sont les suivantes.

          1°) Les hommes du CNDD tels que je les jauge en tant que Guinéen, à l'échelle de l'Etat guinéen;
          2°) Les Forces vives, tels que je les sens, en tant que Guinéen, pour le service de l'Etat guinéen;
          3°) Trancher le nœud gordien de la situation guinéenne actuelle s'impose mais  pas   par l'immolation de Guinéennes et de Guinéens. Ceci est possible.

 



I.LES HOMMES DU CNDD TELS QUE JE LES JAUGE.

 


 L'évolution grand-guignolesque du Capitaine Moussa Dadis Camara et du Général   Sékouba Konaté leaders du Conseil National pour la Démocratie et le Développement (CNDD) est suffisamment connue des Guinéens au cours de l'année qui se termine  qu'il est à peine   nécessaire d'insister là dessus. Dans un article publié sur sites autour du 5 juin 2008: « Guinée - Que pouvons-nous attendre? », j'écrivais: »La sud américanisation de l'Armée guinéenne en pire est la chose la plus inquiétante qui pouvait arriver à la Guinée... Dans l'exemple de la mutinerie d'une partie de cette Armée, il s'est agi de sous-officiers et d'hommes de troupes, ayant séquestré et humilié leurs officiers supérieurs. Le comportement de malfrats de la pire espèce qu'ils ont eu ne doit , secrètement réjouir personne en particulier. C'est une habitude qui est prise depuis 1996 et qui a ressurgi en 2006, 2007, 2008 pour régler leurs  problèmes   d'intendance  sur le dos  de la population. Le comportement de ravalement de la hiérarchie s'est installé dans la longue durée  et sera l'ennemie de la démocratie tant souhaitée. C'est pourquoi personne ne doit se réjouir de cette situation . Les soudards qui constituent l'essentiel de l'Armée, ne travaillent pour personne en particulier mais pour eux-mêmes. Ils n'ont que faire de la nation guinéenne, encore moins de l'opinion internationale.

 

Nos soudards ont vu et enregistré  comment le généralissime Lansana Conté a gouverné et agi depuis vingt-quatre ans. Ils ont, pour certains, vécu ou entendu  comment le prédécesseur de Lansana Conté a gouverné et agi : tous deux par la force. Cela a marché pendant cinquante ans ; pourquoi la force ne continuerait-elle pas à régler les problèmes? Par delà les actes de vandalismes de soudards guinéens pour avoir une voiture à l'œil ou remplir son garde-manger sans bourse
 déliée, c'est l'état d'esprit qui s'incruste en eux qui est l'élément que tout responsable  politique devrait retenir », au lieu de se  réjouir en pensant que la chienlit de l'Armée pourrait lui profiter; Voilà comment je voyais l'Armée guinée avant le coup d'Etat du 23 décembre 2008.Je prolongeais
cette perception de l'Armée guinéenne  dans un autre article sur sites du 11 juin 2008: « Guinée – Ouvrons les yeux ».
Au sujet de la bande  de soldatesques arrivés au pouvoir par la force et qui se maintient par la force, on ne peut s'empêcher de penser à l'essai écrit par notre compatriote, feu Sako Kondé sur les équipes au pouvoir en Guinée de 1958 à 1984  et qu'il avait intitulé: « Guinée, le temps des fripouilles » (Paris, Edit. La Pensée Universelle, 1974, 221p.). Sako Kondé y brossait sans complaisance, la conception sans foi ni loi, d'individus y compris leur Chef  de  la gouvernance ne  reposant  que sur la force et la violence. La galerie de portraits retracés dans «Le temps des fripouille » peut se retrouver chez les hommes du CNDD, avec en moins l'apparente rigueur de méthode et d'idéologie.

 


   Pourquoi donc l' engouement populaire à l'annonce du coup d'Etat de décembre 2008?. Pour tous ceux qui connaissent l'évolution des cinquante années de la Guinée, cet engouement était justifié par le blocage et le glacis institutionnels auxquels on était parvenu et tout le monde ou presque   (partis politiques, opinion  publique et même l'Etranger) avait cru aux premières déclarations des membres du CNDD de faire rapidement le ménage par une courte période transitoire pour mettre le pays sur des rails institutionnels, pour ensuite regagner leurs casernes. Tout ceci a été dit solennellement à la face des opinions publiques nationale et internationale. C'est du reste pourquoi la plupart des condamnations extérieures du coup d'Etat en Guinée , n'étaient que des condamnations  de principe. On l'a vu en Mauritanie  où  le Général Mohamed Ould Abdel Aziz, d'abord condamné à l'extérieur pour putsch mais  qui ne s'est pas accroché au  pouvoir en faisant massacrer des compatriotes, est à présent entré dans le club des nations civilisées.

 

 En   un jour, Dadis  et sa bande de criminels , ont abattu à l'arme de guerre, le 28 septembre, 157 Guinéennes et Guinéens et plus de 1200 blessés  (  au bas mot ) pour avoir, ont-ils justifié , « transgressé une interdiction de  manifestation »,mais en réalité pour supprimer toute contestation à leur soif de pouvoir. Malgré l'ampleur de cette ignominie, tranquilles comme Baptiste, lui et ses thuriféraires, occultent cet énorme forfait pour parler de deux poids deux mesures en pointant la tolérance internationale à l'accès   d'Abdel Aziz  à la Présidence de la Mauritanie. Au constat de cette référence à la Mauritanie   et au « confort moral » qu'affichent  Dadis et ses acolytes pour prétendre gouverner la Guinée,        tous les Guinéens sensés et le monde civilisé ne peuvent que  reconnaître que des  hommes si  dénués de scrupules et d'humanité méritent non seulement la disqualification aux charges qu'ils convoitent  mais aussi , le mépris absolu. C'est ce qui devrait  être la réponse à  la sauvagerie des hommes du CNDD. Ils ont montré en onze mois toute leurs limites à pouvoir gouverner la Guinée qui ne manque pas de problèmes à régler.

 


Accueillis en sauveurs par le peuple guinéen qui leur avait  ouvert un boulevard historique que des hommes doués d'un minimum de calcul politique, auraient pu aménager pour l'avenir; ils se grisés de pouvoir et  sont tombés en trois à  quatre mois dans la tambouille de courtisans-vers de terre . Ils se sont saisis de tous les thèmes qui pouvaient encore exciter les ressentiments  et  l'ardeur vengeresse d'un peuple recrus de  malheurs . Malheurs  de  cinquante ans de violence systématique ,de  mal gouvernance, de  pillages  économiques  du pays par son encadrement politique  civil mais également   militaire. De tout cela, a  été brandie la détermination  d'entreprendre  des    audits de gestions publiques,  de faire des élections libres, de  lutter  contre les narcotrafiquants,  de terrasser  l'ethnocentrisme,  etc. Naturellement tous ces thèmes se sont vite révélés être des coquilles vides, des attrape-nigauds.  

 

  Mais pas pour Dadis et ses  compagnons. Ils leur  ont servi à tenter   d' asseoir durablement leur mainmise  sur le pays. Ils  ont montré par là que ce qui les intéressait par dessus tout, était leur pérennisation au pouvoir à l'instar de leur  père spirituel Lansana Conté. Celui-ci qui a été le pilleur numéro des ressources économiques du pays n'a jamais été cité par Dadis dans ses élucubrations sur les audits. Et d'ailleurs lui-même Dadis, gestionnaire des carburants de l'Armée, autre entreprise juteuse d'Etat,  sous le régime de Conté, comment a-t-il fait  pour s'offrir les propriétés foncières qu'il possède à Conakry et ailleurs? Ce n'est sûrement pas  avec des économies sur son salaire de misère de capitaine de l'Armée guinéenne. Depuis qu'il s'est autoproclamé Président ,d'où tire-t-il tous les fonds financiers qu'il distribue   à droite et à gauche pour se constituer une clientèle politique, comme ces falots des   « Forces  patriotique »,ceux de « L'Alliance de l'Union démocratique de Guinée »? N'est-ce pas sur les deniers publics sans autorisation préalable et pour d'autres sur la logistique de l'Etat? Et son second Sékou Konaté, où a-t-il tiré, entre autres,  des fonds pour envoyer à titre privé 50 pèlerins  à La  Mecque?.Toutes ces manœuvres d'échafaudage de bana-bana à construire à la hâte des partis politiques fantoches pour se maintenir en place, montrent que Dadis et son brain-trust du CNDD n'ont rien retenu  en la matière des 50 années de la Guinée indépendante.

 

Le puissant et totalitaire PDG qui embrigadait tous les Guinéens à partir de l'âge de sept  ans ,  s'est écroulé ,un matin, le 3 avril 1984, dans l'indifférence générale. Or le PDG avait dans ses manœuvres de pérennisation publié de nouveaux statuts en 1969 dont l'article 3 stipulait: « Est membre du Parti Démocratique de Guinée, tout citoyen de la République de Guinée âgé de sept  ans au moins qui accepte le programme et les statuts, prend une part active à la réalisation des objectifs  fixés à l'article 1er, applique les décisions du Parti et acquitte ses cotisations » ( voir Horoya n° 1640 du 17 janvier 1969, p.2), tout cela ne lui a pas évité l'écroulement brutal. Le P.U.P. que Conté avait financé sur les deniers publics s'est effondré avant sa disparition.

 

Combien de temps  Dadis et consorts croient-ils que  les « Forces patriotiques » et autres, Alliance de  l'Union démocratique de Guinée , vont-elles tenir la rampe? Tous ces exemples sont cités pour signaler l'absence de vision du futur guinéen  des hommes du CNDD et qu'il ne faut pas leur faire confiance ,ne serait-ce qu'au regard de la froideur de monstres que la machine-CNDD a montrée en ce jour du 28 septembre 2009.

 


 Rien ne peut justifier une  confiance en ces criminels qui ont ainsi annoncé la couleur de la gouvernance qu'ils comptent installer, une fois consolidés. Pour toutes celles et tous ceux qui aiment la Guinée, méditez sur notre passé: de 1958 à 2008, quand des compatriotes étaient arrêtés et physiquement liquidés, les voisins ne se posaient pas de questions, jusqu'au  jour où c'étaient eux ou un des leurs qui étaient fauchés par la machine à tuer. Ce type de comportement est bel et bien présent encore aujourd'hui.


Les  aspects soulevés ici  de la gouvernance erratique de  cette étrange camarilla du CNDD sont  d'autant plus inquiétants  qu'elle  s'est affublée de personnages interlopes qui la desservent plus qu'ils ne  la servent à l'intérieur comme à l'extérieur. C'est le cas de ce Moussa Keita, Chef de la délégation du CNDD à Ouagadougou qui déclare à R. N. Sawadogo dans Fasozine, parlant des Forces vives: « Plus jamais, nous n'accepterons que des gens qui ont les mains sales dirigent la Guinée ».  Si l'on posait la  question  à des enfants de l'école primaire de n'importe quel continent de savoir  laquelle  des deux  mains de deux malfaiteurs est la plus sale ,l'une dégoulinante  de sang humain, l'autre pas de sang ; on peut sans aucun doute s'attendre à ce que la presque totalité des enfants désignent comme étant la plus sale, la main sanguinolente. Par conséquent les mains des  criminels soudards ,  couvertes du sang de nos compatriotes sont plus sales que celles de ministres qui ont volé des deniers publics et qui doivent  d'ailleurs  en  répondre autrement que dans le cadre d'une justification du CNDD pour se maintenir en place. Le diplomate du CNDD qui pose la question dans ces termes,  ne s' est même pas regardé dans un miroir  avant de répondre,  ou,  autre  explication de l' absente d'humanité du CNDD à travers son commis voyageur ,est que  quelques billets de banque de franc guinéen valent infiniment mieux que des vies de citoyens guinéens. A partir de là,  quelle  signification donnez-vous à ce type de  comportement ?...Ce n'est pas parce qu'on n'a pas eu  de parents directs dans le pogrom du 28 septembre 2009, qu'on peut aller jusqu'à se refuser de  se pencher sur ces massacres. Le CNDD  a une conception   de son rôle de dirigeant d'un pays si faible pour ne pas dire inexistant que cela  devrait encore le disqualifier plus  aux yeux des Guinéens et de l'extérieur.

 

 L'autre personnage  interlope dans les négociations de Ouagadougou et qui illustre l'incompétence rédhibitoire du CNDD à diriger un pays , est le nommé  Chérif Idrissa, ministre à la Présidence  chargé de la communication et de l'information. Celui-ci après des pérégrinations  non éclaircies hors de Guinée, tombe dans la mamaya de Dadis à Conakry, en épouse les rites et le langage et devient un personnage du système. Il commence par rassurer son patron lui affirmant que les menaces extérieures de sanctions contre la junte ne sont que des verbiages sans lendemains . A preuve, lui ,« le ferrailleur de pacotille» en a vu des belles de ces menaces  vite tombées dans l'oubli comme par exemple en Côte d'Ivoire où il vu qu'après  la mort de 4 000 personnes, les menaces d'embargo contre ce pays, n'ont pas  été suivies d'effets. Et dire que c'est ce paltoquet  qui a proféré   qu'on ne peut pas brader la dignité de la Guinée en laissant venir au pouvoir les dirigeants des Forces vives guinéennes. Mais c'est ce genre de personnages au verbe haut et sans consistance  qui peuplent les allées du Camp Alpha Yaya et « gouvernent » en ce moment  notre pays. Quelle descente...!.Chérif Idrissa sait, cependant ,  à quoi  s'en  tenir pour sa sécurité personnelle . A part les voyages encadrés de Conakry-Ouagadougou, il sait qu'il risquerait gros en s'aventurant ailleurs. Des personnages opportunistes de son espèce  doivent se dire qu'il faut vite profiter de l'aubaine qui fait de lui un ministre de laRépublique de Guinée, le temps que Dadis sera là.

 


J'ai cité ces deux cas (il y en a d'autres)  pour signaler l'extrême faiblesse  intellectuelle et morale des éléments disparates autour de Dadis et leur effrayante vacuité pour pouvoir parler au nom d'un pays.Pour s'être acoquinés  avec des personnages aussi peu recommandables, Dadis et les
membres du CNDD montrent aux Guinéens leur peu de considération  pour  eux ,pourvu qu'ils demeurent au pouvoir. Or l'amour de la terre natale, sans parler des hommes et des femmes qui l'habitent,  peut s'étendre ,pour des êtres normaux, jusqu'aux objets  inanimés environnants comme beaucoup de gens l'ont ressenti à travers les siècles et qu'exprime si bien le poète , dans ces mots:


                          «  Chaumière  où du foyer étincelait la flamme,
                           Toit que le pèlerin aimait à voir fumer,
                            Objets inanimés, avez-vous donc une âme
                            Qui s'attache à notre âme  et la force à aimer ? »


                          (Alphonse de Lamartine, 1790- 1869, dans « Milly ou l'amour de la terre natale).

 

Célébrer l'amour de la  terre natale ,de  la patrie, jusqu'à interpeler les objets environnants est encore aux antipodes  de la bestialité brutale et meurtrière des hommes du CNDD pour conserver le pouvoir. Encore une fois, ces hommes ont-ils une humanité? C'est un point sur lequel on devra  appuyer pour  la disqualification définitive de la bande du CNDD et ses acolytes.
                   
 L'apparente constitution en trompe-l'oeil  du gouvernement autour du CNDD ne laisse pas voir ouvertement une « ethnisation outrancière », pour  qui  ne  sait pas  lire entre les lignes. J'ai toujours écrit que cela me hérisse de vouloir toujours tout traiter sous l'angle ethnique .Mais j'ai aussi écrit que dans une nation en formation comme la nôtre , les politiques doivent tenir compte des sensibilités régionales, or, aussi bien dans le CNDD que dans le gouvernement, La Basse-Guinée et La Moyenne-Guinée, ont l'air de faire figure de  parents pauvres alors qu'elles sont aussi  démographiquement parlant de grandes régions. Même à ne considérer que  les deux autres régions  (Haute-Guinée et Guinée -Forestière), il apparaît qu'elles  ne sont pas équitablement traitées  en terme de géographie locale dans le gouvernement et la haute fonction administrative.

 

Pour prendre, en exemple,  la Guinée-Forestière, ceux de nos compatriotes qui utilisent facilement l'expression de « pouvoir forestier » se trompent lourdement . Ce pouvoir n'est pas forestier, autant que le pouvoir de Sékou Touré n'était pas  un pouvoir malinké, ni celui de Conté, un pouvoir soussou. Pour l'actuel pouvoir, il  vous suffit, cependant, de  consulter la composition du premier Gouvernement Komara, à la mi- Janvier 2009. Sur 30 ministres, un  noyau dur composé de l'entourage ethnique immédiat  (Guerzé)  de Dadis  tient  quatre  grands ministères de
souveraineté: Alexandre  Cécé  Loua aux Affaires étrangères, Dr Frédérique Kolié à l'Administration du Territoire et des Affaires politiques, Colonel Siba Nol amou  à la Justice, Papa Koly Kourouma (seul rescapé du Gouvernement Souaré)  à l'Education. Cette « ethnisation « trop condensée, ne concerne même pas tous les Guerzé
  qui  sont loin, d'ailleurs,  dans leur ensemble de constituer numériquement un ensemble significatif de l'ensemble de la Guinée-Forestière. Mais le noyau dur Guerzé  en question ne se situe que sur  l'unique axe Koulé-N'Zérékoré.   Le capitaine Claude  Pivi qui n'est pas à proprement parler Guerzé à rejoint ce noyau  comme  ministre à la sécurité présidentielle  et a  réussi à faire nommer ministre Alassane   Onipogui. Alors quand certains parlent allègrement de pouvoir forestier, où sont passés les Kono, les Toma, les Kissi, les Manon, les kouranko, les Malinké, Peuhl et autres durablement  installés en  Guinée-Forestière?

 

Telles sont des réalités qui dépeignent l'ethnocentrisme de Dadis   qui clame vouloir lutter contre cet ethnocentrisme, sans me référer ici aux milices qu'on dit venir des résidus des  guerres du Libéria et de Sierra Leone. Mais là-dessus, n'ayant pas d'informations précises, je ne peux pas dire plus.  Et s'il s'avérait  que certaines rumeurs qui courent sur ce sujet, sont fondées, je demeure persuadé que cette stratégie ne mènera à aucune pérennisation du pouvoir de Dadis et du  CNDD. Depuis les indépendances africaines, combien de chefs d'Etat n'ont-ils pas usé de stratagèmes, dépensé  d'énormes sommes d'argent pour la sauvegarde de leur fauteuil présidentiel. En vain!
   Ce sont là aussi des questions que des  internautes soulèvent et qui entraînent l'ire d'autres. Mais on devrait pouvoir   parler de tout cela sans s'étriper pour montrer toutes les façades du pouvoir d'imposture que Moussa Dadis Camara mène avec son char de CNDD. Comme les précédents pouvoirs, il faut que ceux qui soutiennent ce pouvoir fantomatique du CNDD qui  ne mènera la Guinée qu'à plus de ruines, se désillusionnent et deviennent réalistes. C'est certain que des margoulins (ministres ,hauts fonctionnaires ou autres) en profiteront pour s'enrichir personnellement mais ce n'est pas ce qui va faire progresser notre pays.      

 

 Guinéennes, Guinéens, mes compatriotes, de toutes régions, de toutes sensibilités politiques, de toutes confessions religieuses, ressaisissez-vous pour réorienter la Guinée vers une direction de  vraie démocratie, source de plein épanouissement humain pour tous les Guinéens. Les militaires guinéens, tels qu'ils sont, aujourd'hui, ne seront pas capables, en tant qu'inspirateurs et recours de la politique guinéenne, de réaliser l'aggiornamento de la démocratie et du développement de la Guinée. Il ne s'agit pas dans ces propos de rejet ou d'exclusion définitive de citoyens. Dans ce monde du XXIe siècle, il faut des hommes et des femmes qui se sont, de longue date, préparés à la gestion publique. Avec une accélération plus rapide de l'Histoire, cela devient une nécessité absolue. un militaire qui abandonne son métier d'armes et n'a plus de lien organique avec l'armée, pour se préparer à entrer dans l'arène politique , n'est plus un militaire mais un citoyen civil, qui une fois élu va appliquer la gestion civile à la société et non pas la gestion « mécaniste et robotique » des armées. Mais dans toute société, existe une division sociale du travail. Les militaires sont plus compétents que quiconque pour la défense du territoire national. Leur  prétention  basée sur des armes, pour  diriger
 des pays, notamment  en Afrique, est une des causes principales de la  stagnation, voire  de la régression de ce continent. Or pour l'Afrique, tendre la main pour obtenir des « aides extérieures » ou se prosterner aux pieds des bailleurs de fonds extérieurs pour les moindres projets et même pour organiser des élections  , n'offusquent plus grand monde,50 ans après avoir retrouvé notre dignité par l'indépendance. C'est pour toutes ces raisons que nous aspirons à une nouvelle forme de gouvernance assise sur une volonté librement exprimée  des citoyens guinéens et africains mais  non pas  par  la force des armes. C'est pourquoi, on ne peut pas accepter Dadis et le CNDD, car ils n'ont aucune vision précise de l'avenir de la Guinée en dehors des fantasmes. Ce n'est pas en sortant d'une boutique de distribution de carburants à des troufions qu'on peut raisonnablement s'ériger en manager d'une nation. Il est bien vrai que dans notre pays ,chacun se croit capable de tout faire et c'est pourquoi , nous sommes, aujourd'hui, en Afrique de l'Ouest, à part les discours creux,  l'une des nations les moins performantes sur le plan de la démocratie et du développement économique et social. Il faut que par nos forces assemblées, nous arrêtions cet état des choses.

 


Je crois que nos compatriotes qui luttent actuellement au sein des Forces vives et dans n'importe  quelles autres organisations pour une autre Guinée  que celle de l'Etat totalitaire et du caporalisme obscurantistes  de 1958 à 2009, doivent être soutenus. Je crois que les hommes et les femmes issus  des Forces vives et sans tutelle d'autocrates ignorants feront mieux pour la Guinée que des militaires semi-lettrés. Ces Forces vives  doivent être soutenues et encouragées , même si, aujourd'hui, le combat mené peut sembler sans issue. Ce genre de situation s'est souvent présentée  dans l'histoire des nations. Et le combat qui se mène  ne se déroule pas seulement sur le terrain comme on l'entend souvent mais également hors du terrain. Ce combat se mène aussi par la plume: livres, presse-papier, presse électronique etc. D'où la rage des Guinéens sur le Net mais cela devrait éviter les attaques personnelles  mais  conduire à la recherche d'arguments solides . 

GUINEE : LE NOEUD GORDIEN (Deuxième Partie) 

  Entre la publication de cette deuxième partie et la première de cet article est intervevu, à Conakry le 3 décembre , un règlement de compte sanglant entre le chef de la junte, le Capitaine Moussa Dadis Camara et son aide de camp Aboubacar Diakité dit Toumba.C'est connu, quand un Etat développe, si longtemps, la culture de la violence, personne ne peut raisonnablement croire qu'il ne peut pas en être victime, un jour ou l'autre. Le règlement de compte du 3 décembre, a été plus dramatique ( mais les Guinéens ont l'habitude de parler « d'incident malheureux » dans de pareilles circonstances), que n'ont semblé le dire les pitoyables thuriféraires du système du CNDD que sont notamment, les tisserins, Moussa Kéita et Idrissa Chérif. Cet « incident malheureux » a tout de même conduit le Capitaine dans un hôpital militaire du Maroc. Dakar plus proche gèographiquement de Conakry, a peut-être semblé, moins sûr
pour le patient en raison de la présence du grand nombre de Guinéens hostiles à son régime et à leurs tentatives de pressions bruyantes par des manifestations quotidiennes mais en raison aussi de la peur de l'entourage du chef du CNDD de le voir plus facilement arrêté qu'au Maroc, après ses soins, pour une destination, du genre de La Haye, aux Pays-Bas. Malgré des soins intensifs prodigués par des spécilistes chérifiens, il faut être réaliste. Selon toute vraisemblance, Dadis ne ressortirait, dans l'hypothèse optimiste , que profondément handicapé au physique .Autour de ce drame, c'est Alexandre Cécé Loua, Ministre des Affaires étrangères qui vient de tenter d'atténuer le ridicule qu'Idrissa Chérif répandait sur notre pays en essayant de faire croire qu'un pays étranger (la France) était le commanditaire de l'acte de Toumba alors que tout le monde sait que c'est un comportement de malfrats de la pire espèce,qui est devenu le réflexe conditionné de l'Armée guinéenne dans toutes ses composantes.Même s'il se peut aussi qu'on y trouve des éléments saints,isolés et muselés. Toujours est-il que les atrocités exercées sur deux soldats par d'autres et qui ont fait par vidéos, le tour du monde, ces jours derniers,ne constituent qu'une petite illustration de la férocité sanguinaire de cette Armée, devenue un ramassis de criminels invétérés. C'est en considération de tous ces aspects qui ne datent pas d'aujourd'hui, que j'ai écrit plus d'une fois que l'Armée guinéenne telle qu'elle est sortie du moule de Lansana Conté, n'était plus composée que de ,groupements de tontons macoutes ,en référence à la situation militaire qui prévalait sous les Duvalier père et fils en Haïti de 1957 à 1986 .J'ai plus d'une fois souligné aussi que ces tontons macoutes guinéens n'avaient ni la hauteur intellectuelle,ni l'épaisseur éthique pour mener le redressement de la Guinée. Bref les limites de Dadis et de ses compagnons sont apparues très vite aux yeux de bien de nos compatriotes ,au point que ceux-ci sont passés rapidement de l'enthousiasme populaire à l'arrivée de la junte au pouvoir à la désaffection grandissante . L'un des aspects flagrants de ces limites de celui qui voulait être l'inspirateur et le recours du redressement de la Guinée s'est concrétisé en le faisant tomber tête baissée, dans la souricière du camp Koundara.En effet après les massacres massifs du 28 septeptembre 2009 et l'annonce de la commission d'enquête internationale , ce n'était plus l'entente parfaite entre Dadis et Toumba et pourtant le patron n'a pas pu éviter le rendez-vous fatal où l'attendait son aide de camp.La suite est connue.Croyez-vous qu'une telle méconnaissance de son environnement (hommes
et choses), pouvait-elle permettre à Dadis de contourner les multiples embûches dans la gestion de l' Etat? Si la popularité du Capitaine dont parlaient tant ses soutiens et courtisans ,était réelle, comment expliquent-ils qu'au regard de la configuration géographique de la presqu'île de Kaloum, Toumba ait pu faire son coup et disparaître sans avoir été arrêté? Cela s'est passé le 3 décembre, nous sommes le 15 décembre. Il court toujours, mais les perroquets du CNDD ont réponse à tout pour faire taire sur leurs incompétences notoires en tout et leur vacuité insondable . Ils n'ont même pas conscience de cet état. Bref, les insuffisances multidimensionnelles des militaires guinéens au pouvoir sont de telles tailles que tout citoyen sachant lire, écrire et réfléchir, et même ayant des parents dans l'Armée, peut admettre que cette Armée ne peut pas réaliser l'aggiornamento de la démocratie et du dévelopement dans
notre pays. Ce constat n'est pas une critique à la personne physique de Dadis ou de Sékouba Konaté ou d'autres du CNDD, mais une invite à tout Guinéen capable de réfléchir à l'avenir de son pays et lui dire que cet avenir dépend et surtout de l'encadrement sociopolitique du pays (à la merci des caprices du Président), mais aussi de chacun des Guinéens. Les agitations pour tels ou tels hommes et femmes ne constituent pas l'essentiel. L'essentiel, au delà des belles intentions proclamées doit être la capacité physique, intellectuelle et éthique au service de son pays et tout ceci ne s'acquiert pas parce qu'on tient un fusil. Tous ceux qui ont poussé et encouragé Dadis, qui semblait peut-être sincère dans ses premières déclarations d'il y a un an, à s'entêter dans la quête du pouvoir avec leur théorie simpliste et fumeuse: (« Tu as conquis le pouvoir, tu l'organises et tu le conserves », sont aujourd'hui les
véritables responsables des malheurs qui lui sont arrivés le 3 décembre et dont sa famille souffrira des conséquences comme souffrent les familles qui ont perdu des leurs le 28

septembre 2009 . Ces choses ont beau être expliquées aux Guinéens, il s'en trouvera toujours qui s'accrocheront aux premiers bonimenteurs qui viendront leur promettre la lune.
C'est pourquoi, je demeure persuadé qu'il faut que le Forum des Forces vives plaident avec conviction, auprès de l'Union Africaine (UA), de la Communauté Economique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) et de la Communauté internationale (Union Européenne (UE), USA, ONU), pour le retrait de l'Armée guinéenne de la vie politique guinéenne .Une fermeté sur ce point rendrait un immense service non seulement à la Guinée mais à d'autres pays africains.Ce n'est pas parce qu'on a des armes payées par la collectivité nationale pour sa défense que ceux qui sont commis à cette défense doivent se constituer en corps autonomes pour régenter toute la dite collectivité nationale.C'est ce qu'aurait pu exposer dès le d épart, aux envoyés du CNDD à Ouagadougou, un médiateur soucieux du droit des gens et il semble que tel avait été la feuille de route assigné à Blaise Compaoré par la CEDEAO. Se souvenant peut-être de son
propre itinéraire, parsemé de cadavres mais ayant malgré tout, avec les années, revêtu l'habit de la notabilité, Compaoré avait pensé que les délégués guinéens n'étaient qu'à la recherche de strapontins ministériels dans un gouvernement où les militaires du CNDD tiendraient le haut du pavé. Les vives réactions d'opposition des Forces vives à cette conception de la médiation , la forte intervention du Président de la Commission de la CEDEAO, Mohamed Ibn Chambas et le communiqué final de la 9e session du Groupe International de Contact sur la Guinée (GIC-G), à Ouagadougou le 13 décembre 2009, vont tous dans le sens d'une transition courte que les Forces vives guinéennes exigent composée de civils et suivie d'élections libres et démocratiques auxquelles ne participerait aucun membre du CNDD.En outre, les recommandations faites pour le déploiement d'une force de protection des civils et d'assistance humanitaire en
Guinée renforcent également l'engagement des Forces vives guinéennes dans le combat pour la démocratie en Guinée.

II – LES FORCES VIVES TELLES QUE JE LES SENS.

L'apparent déblocage institutionnel intervenu en Guinée,après l'instauration formelle du multipartisme politique, a été accompagné par des tentatives de coordinations d'actions des partis politiques de l'opposition , face au pouvoir de Lansana Conté.Sous diverses appellations successives, il s'agissait déjà de forum de l'oppostion politique qui a subi, à l'époque toutes sortes de critiques , notamment de la part de ceux qui n'étaient pas sur le terrain.Bien que fondées pour certaines, beaucoup d'autres critiques ne tenaient pas compte des difficultés de l'exercise du terrain. Les critiques les plus fréquentes étaient, entre autres,l'absence de synergie d'actions face au parti balbutiant de Conté (le P.U.P) qui s'accaparait de tous les leviers de commande de l'Etat pour se renforcer au pouvoir.Une autre critique était la stigmatisation sans nuance des partis de l'opposition qu'on qualifiait de fondés sur une base
ethnique.Je vais y revenir.
Au sujet des pourparlers actuels, sur la Guinée, à Ouagadougou, dans le cadre de la CEDEAO, tout le monde sait que le Forum des Forces vives


dont on parle, est assez flou dans bien des esprits, mais comporte d'une part, les Partis politiques et,d'autre part,le Mouvement social guinéen ( les 8 Centrales Syndicales de Guinée,le Conseil National des Organisations de la Société Civile Guinéenne et la Confédération patronale des Entreprises de Guinée « CPEG »).L'efficacité étant le but recherché dans le genre de pourparlers rappelés ci-dessus, j'avais, à un moment, pensé que les syndicats , la société civile et la cpeg n'y avaient pas leur place, leur but n'étant pas dirctement les problèmes discutés à Ouagadougou. Au demeurant ,sans être une obligation, parmi des dirigeants syndicaux , ceux de la société civile et ceux de la cpeg, certains doivent être, peut-être, adhérants d'un parti politique de leur choix.Les grandes centrales syndicales ont d'ailleurs montré leur efficacité au cours des évènements de janvier-février 2007 en partant de
leur champ d'action de lutte pour les revendications des travailleurs. A cette occasion, ils ont pleinement joué le rôle moteur qui avait été le leur, face à la bride au cou des leaders politiques par le pouvoir et l'atonie du militantisme politique.De même , malgré l'exception guinéenne en matière de négation de la démocratie, la Société civile guinéenne a rapidement pris un essor remarquable en peu de temps. Elle a également joué un rôle dans les dramatiques évènements de janvier-février 2007.Elle a commencé sous Conté à jouer un rôle de porte-parole de la démocratie, à chercher à travers des associations et des ONG des limites aux excès du marché et aux atteintes à l'environnement en sensibilisant l'opinion aux problèmes écologiques et enfin à mener diverses actions dans la lutte contre la pauvreté.Enfin les dirigeants de la CPEG ont fort à faire pour des créations d'entreprises (principaux agents de
production de la richesse de la nation). On voit donc que syndicats , société civile et entreprises ont des terrains féconds de multiples actions sur lesquelles ils doivent agir pour plus d'efficacité sociale au lieu de se disperser sur des activités de politique générale bien que tout se tienne. Les délégués des Forces vives à Ouagadougou ou ailleurs sur les grands problèmes politiques, devraient être des leaders politiques , ayant une expérience de débat du type des thèmes traités. Chacun de ceux-ci devraient se souvenir que ce n'est pas à l'étranger qu'on fait sa campagne électorale, ( à moins de déplacements spéciaux pour cela) , et il va de soi que les délégués doivent strictement agir et parler au nom de l'ensemble des leaders des Forces vives et je crois que c'est ce qui se passe jusqu'ici.
Je renouvelle ces remarques,déjà connues ou appliquées pour souligner qu'il faut en arriver en Guinée à la division sociale du travail.Or ce qu'on constate très souvent , dans notre pays , est toujours la mobilisation générale de tout le monde pour tout ce qui s'entreprend, autour de vastes forums, où chacun
est content d'être vu mais d'où il peut ne rien sortir de concret. Certes, un forum est une réunion avec débat autour d'un sujet qui peut certes enrichir tous les participants sur le thème traité, mais l'objectif d'atteindre des résultats concrets, comme c'est le cas des pourparlers de Ouagadougou ou d'ailleurs , peut conduire à limiter à un tout petit nombre de délégués porteurs du consensus qui a été dégagé en Guinée.Pour ce qui s'est passé à Ouagadougou, je crois qu'on a réussi, cette fois, à s'autodiscipliner. Cela est bon pour la suite de la bataille.
Je viens d'indiquer que ce type de mission doit revenir aux leaders politiques mais il faut absolument,qu'en dehors de cette mission, les Guinéens serrent les rangs autour des partis politiques de leur choix pour que cela mène à la démilitarisation de la vie politique dans notre pays.C'est la voie du salut démocratique .J'ai souvent écrit qu'il fallait éviter des critiques sans fondement contre ceux qui luttaient dans l'opposition sous le régime de Lansana Conté, dans un contexte de non droit et de situation économique et sociale difficile. Ceci est encore valable aujourd'hui. Ainsi, dans l' article: »Guinée – La guerre du feu », sur sites autour des 14-15 avril 2008,je présente une défense et illustration des partis politiques d'opposition pour des raisons qui me paraissent encore d'actualité dans ces jours de bataille rude pour la démocratie en Guinée.En substance, j'indiquais dans cet article les faits suivants:
a) l'instauration du multipartisme (formel) du début des annéés 90, doit beaucoup à l'action des grands leaders politiques de l'opposition même s'ils n'ont pas été capables de répondre par une action concertée à la demande de renouvellement politique souhaitée alors par la population réelle du pays.Mais l'absence d'Etat de droit, le difficile contexte économique ont joué contre eux.L'examen de ces aspects aurait dû ( doit toujours) conduire à des critiques constructives qu'à des philippiques enflammées.
b) les critiques fréquemment émises sur les fondements ethniques des partis politiques d'opposition ne m'ont jamais paru comme des critiques solides.Elles ignorent les réalités des régions nodales que sont nos quatre régions;Celles-ci doivent être perçues comme noeuds de toute une série d'interactions humaines, géographiques, historiques, économiques etc. Perçues comme noeuds dans l'espace national guinéen, les quatre régions peuvent servir de point de départ à des partis politiques,comme cela s'est passé ailleurs dans le monde, sans que ces partis soient catalogués d'ethniques, d'autant plus que la mobilité spatiale de la population depuis l'indépendance, a conduit dans chaque région à l'installation de minorités « allogènes » non négligeables . A long terme, les régions peuvent réciproquement irradier les unes sur les autres. Ces irradiations multipolaires des régions nodales finiront sous
l'impulsion de l'administration , des partis politiques et d'autres acteurs institutionnels par former un tout national homogène institutionnellement. On voit donc que de l'hétérogénéité des partis et des régions dits ethniques , on finira par obtenir une homogénéité nationale de composition des partis. Le parti ayant démarré à tel point du territoire national verra son odience proportionnelle étendue à tout le territoire national.Il faut du temps mais c'est le schéma d'évolution que j'imagine pour les partis d'aujourd'hui.Et ce ne sont pas des ukases ou des récréminations qui changeront l'état actuel des choses. Si les leaders ont la fibre nationale et sont en puissance de véritables hommes et femmes d'Etat, il n' y a pas de raisons valables de les accabler d'ethnocentrisme. Question d'ailleurs sur laquelle, on doit être vigilant.L'ethnocentrisme se maintiendra si certains continuent de s'accrocher à des ignorants bavards.
Une politique d'éducation de la jeunesse par des écoles répandues aux quatre coins du pays aidera à consolider l'évolution dans l'unité guinéenne en construction.
Les contremaîtres de ce chantier de construction sont nos leaders politiques qu'il faut encourager au lieu d'affaiblir alors qu'ils ne sont pas les responsables directs de la catastrophe guinéenne.Ceux qui sont coupables de malversations dans la gestion des biens collectifs , doivent en répondre mais pas dans le cadre d'un choix entre militaires et civils pour le gouvernement de la République de Guinée.L'encadrement militaire n'a pas non plus des mains propres sur ce chapitre. Lansana Conté et ses officiers supérieurs ont été autant des pilleurs des ressources économiques du pays que des ministre et cadres supérieurs civils.Mais les militaires n'ont jamais été visés par les campagnes d' audits annoncés par Dadis.Tout le monde se souvient,comment en juin 1979, un Conseil Révolutionnaire des Forces Armées ghanéennes,conduit par le capitaine Jerry Rawling s'est emparé du pouvoir pour lutter contre la corruption; les deux
précédents Présidents , les généraux Acheampong et Akuffo sont fusillés. Le ménage fait d'abord dans l'armée, Rawling remet trois mois après, le pouvoir aux civils en septembre 1979 et le Docteur Hilla Limann est élu Président. Même si Rawling est revenu deux ans plus tard, le Ghana a amorcé lentement une évolution positive dans sa construction qui ne s'est pas encore démentie.Le Ghana est aujourd'hui une démocratie , politique ,économique et sociale solide de l'Afrique de l'Ouest.
Ces observations m'amènent à affirmer que les Forces vives représentées par des leaders politiques solides diposent des atouts solides dans les pourpalers de Ouagadougou et dans d'autres pourparlers à venir. Je reviendrai sur ces atouts, mais d'ors et déjà, il faut signaler que:
a) Le CNDD a montré ses limites à diriger un peuple par ses méthodes barbares qu'il a étalées aux yeux du monde entier.Si des discussions ne peuvent pas les conduire à se retirer de la scène politique, les Forces vives doivent persuader,d'une part, comme cela se passe déjà , plutot bien , l'UA et la CEDEAO,et, d'autre part, la Communauté internationale d'intervenir en Guinée pour ,au moins, défendre la population contre son armée composée de criminels récidivistes.
b) Ceux qui mettent en doute l'éventualité d'une intervention extérieure en Guinée, parce que des déclarations extérieures ne se font pas entendre sur la crise guinéenne,ne me semblent pas avoir compris certaines choses.En ce qui concerne la CEDEAO, on ne peut plus dire qu'il y a désintérêt,bien au contraire, car c'est à la suite d'une déclaration sur cette crise par Mohamed Ibn Chambas, Président de la Commission de la CEDEAO, défavorable à Dadis que les deux folkloriques diplomates du CNDD (Moussa Kéita et Idrissa Chérif) avaient voulu surseoir leur participation à la suite des discussions menées par Compaoré, pour,esuite s'y rendre le 13 décembre. Par ailleurs la dicrétion sur le sujet,observée par certains , du côté de la Communauté internationale (Union Européenne, USA), après des condamnations sans ambiguïté des massacres du mois de septembre, est sans doute , due au fait de ne pas gêner
l'Union Africaine (son Président de la Commission de l'UA, Jean Ping) et la CEDEAO.Il ne faut d'ailleurs pas oublier que l'intensité des condamnations des criminels du CNDD ne pouvait pas laisser indifférentes l'UA et encore moins la CEDEAO auprès de laquelle les Forces vives ont une vraie carte à jouer.Enfin quand on parle de la Communauté internationale et notamment les pays occidentaux, certain Guinéens sont toujours prêts à ressortir des rengaines éculées sur le néocolonialisme et l'impérialisme des années 60.On a même entendu l'Archevêque de Conakry, recourir à de tels arguments pour expliquer les massacres du 28 septembre dernier .Le pauvre Idrissa Chérif vient encore de trouver dans l'attentat de Toumba contre Dadis, la main de la France, alors que lui et Toumba étaient souvent mains dans les mains sans qu'il ait pensé un instant reconnaître en lui un agent étranger.Bref tout ce contexte explique sans doute que
des commentaires ne soient pas fréquemment entendus dans des milieux dirigeants occidentaux ,mais qui, je le pense, ne demeureraient pas inactifs à prendre des mesures conformes au droit international et à la protection des droits de l'homme si les Africains les y pressaient.Pour ce qui concerne les Nations Unies , une Commission d'enquête internationale sur événements du mois de septembre s'est déjà rendue en Guinée.
Les Guinéens doivent donc serrer les rangs derrière les principaux partis politiques que tout le monde connaît et dont les leaders ont montré par un long combat qu'ils sont mieux préparés que des miltaires pour concevoir un projet politique de société et assumer la gestion des services de l'Etat guinéen.C'est ce que je crois.Cette assertion n'est pas un appel à un comportement moutonnier des citoyens mais à l'encouragement de contributions constructives en lieu et place de diatribes velléitaires.

(A SUIVRE)


Pr Ansoumane Doré
(Dijon, France) 
             
                                 

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Mercredi 21 décembre 2011 3 21 /12 /Déc /2011 08:49

 

À l'occasion du dixième anniversaire de la disparition de l'ancien président sénégalais Léopold Sédar Senghor, Jeune Afrique ouvre ses archives et reproduit ici l'article "Senghor 1906 - 2001, une vie un siècle" paru dans l'édition du 25 décembre 2001 au 7 janvier 2001.

La nouvelle est tombée le 20 décembre dans l'après-midi : le président Léopold Sédar Senghor est mort à Verson, en France, où il s'était retiré depuis son départ volontaire du pouvoir, le 31 décembre 1980. Le président Abdoulaye Wade l'a apprise par son chef du protocole, Bruno Diatta, venu la lui souffler à l'oreille alors qu'il était encore à table avec ses pairs présents à Dakar pour le Sommet de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao).

Il lui fallut l'annoncer à ses hôtes. Trouver les mots. En faire un événement, sans trop laisser paraître d'émotion. Le choc est brutal, même si l'on s'attendait à sa fin prochaine. Une semaine auparavant, il avait été hospitalisé dans un état" très critique" à l'hôpital de Caen. Son retour à la maison pour " convalescence" n'atténuait en rien l'inquiétude de sa famille et des proches. Il s'est éteint à 95 ans, loin de son village natal de Joal, sur la Petite Côte à quelque 120 km de Dakar, où il devait être enterré, selon son souhait, et après des obsèques nationales, dans le caveau familial qu'il a lui-même fait aménager. Comme les lamantins des mythologies africaines retournent toujours boire à la source.

La supériorité du poète sur l'homme, c'est que l'un meurt et l'autre pas. « La poésie vient de perdre un maître, le Sénégal un homme d'État, l'Afrique un visionnaire et la France un ami », a déclaré Jacques Chirac. Tandis qu'Abdou Diouf devait dire son " immense douleur" devant la perte d'« un géant politique et littéraire ». Les autres hommages sont de la même encre. Parce que comme le murmure avec tristesse mais non sans une pointe de fierté sa petite-nièce Valérie Senghor : « Il est toujours présent, car notre nom de famille à lui seul est un symbole. Il est connu de tout le monde. » Léopold Sédar Senghor disparaît, mais sa voix reste gravée pour l'éternité dans la, littérature. On l'entend encore, on l'entendra toujours lire une élégie d'Hosties noires ou de Chants d'ombres.

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Elimane Fall

Premier président de la République du Sénégal en 1960 et académicien français élu en 1984, homme d'État et de lettres, intellectuel brillant, politicien controversé, Senghor est certainement, aux côtés de Kwame Nkrumah, Gamal Abdel Nasser, Félix Houphouët-Boigny et Nelson Mandela, l'un des Africains les plus célèbres du siècle. Mais, à la différence de tant d'autres «acculturés », de tant de métis (lui-même affirmait avoir dans les veines une goutte de sang portugais), il se sentait à la fois très blanc et très noir, revendiquant une double appartenance qui deviendra l'un des fondements de sa pensée sur la « civilisation de l'Universel ».

De ses vingt ans à la tête de la nation sénégalaise, pourtant, personne n'a jamais osé dresser de véritable bilan. Et de ses écrits, la majorité de ses contemporains n'a retenu qu'un mot inventé par un autre, « négritude », une phrase, « l'émotion est nègre, la raison est hellène », quelques poèmes ... Sa disparition sera peut-être, pour beaucoup, l'occasion de découvrir qui il fut réellement.

Son amour de la langue, Léopold Sédar Senghor le doit aux missionnaires de Joal, son village natal. Né dans cette bourgade sérère en 1906, en août ou en octobre, selon qu'on se réfère à l'état civil ou aux registres paroissiaux, de la quatrième épouse d'un commerçant baptisé et polygame, l'enfant grandit avec les bergers et les paysans. Un jour, se souvient-il, « mon père, qui me battait souvent le soir, me reprochant mes vagabondages, finit, pour me punir et me dresser, par m'envoyer à l'école des Blancs, au grand désespoir de ma mère, qui vitupérait qu'à 7 ans, c'était trop tôt ».

Chez les missionnaires catholiques, il apprend le français avec le père Dubois, en faisant chanter des mots « magiques et pittoresques » comme « confiture ». Léopold se plaît tant dans ce nouvel environnement qu'à 16 ans il veut devenir prêtre et entre au séminaire Libermann à Dakar où il fait ses humanités : grec, latin, histoire, mathématiques ... De cette époque, il gardera deux principes : la discipline rigoureuse de la dissertation et, surtout, « l'esprit de méthode et d'organisation », dont il fera par la suite un élément quasi obsessionnel de son mode de vie. Son sens de l'ordre ne l'empêche pas d'être renvoyé du séminaire. Motif : il n'a pas la vocation. « Je ne voulais pas regarder béatement Dieu, mais le chanter et le danser », expliquera-t-il pour sa part. En 1928, c'est donc dans un collège laïc qu'il prépare son baccalauréat, à la suite duquel il obtient une demi-bourse pour Paris.

À 22 ans, Il découvre la France et le lycée Louis-le-Grand. En 1931, il est licencié ès lettres et admissible à l'École normale supérieure. Les années suivantes sont difficiles, marquées par des échecs successifs : collé à l'oral de Normale sup, éliminé deux fois de suite au concours d'agrégation de lettres, il n'obtient son diplôme de grammairien qu'en 1935. Nommé à Tours, il découvrira avec tristesse le racisme ordinaire de la bourgeoisie française : « Je ne reconnais plus les hommes blancs, mes frères, comme ce soir au cinéma, perdus qu'ils étaient au-delà du vide fait autour de ma peau », écrira-t-il des années plus tard.

Senghor accepte d'autant plus mal le rejet dont il est parfois l'objet qu'il est devenu citoyen français, en 1933, pour pouvoir se présenter à l'agrégation. « Simple formalité », dit-il. Il n'empêche. Sous l'influence de son camarade de khâgne, Georges Pompidou, le jeune Sénégalais a découvert en France un monde séduisant. Désormais, et lors de ses fréquents week-ends à Paris, il fréquente théâtres, Quartier latin et club des étudiants socialistes. Il rencontre Robert Brasillach, Thierry Maulnier, Paul Guth. Il est très lié avec Aimé Césaire et Léon-Gontran Damas, qui évoquera le premier et l'idée et le mot de négritude.

Déjà, lors de discussions animées, Senghor défend la primauté des faits culturels sur les facteurs économiques. Jamais, même lorsqu'il présidera aux destinées du Sénégal, il ne changera d'avis. À un journaliste qui lui demandait comment développer le continent africain, il lui arriva même de répondre un jour : « Enseignez donc le grec dans les écoles ! » En 1987, dans une interview que publie le premier numéro du journal sénégalais Sud Hebdo, il réaffirma son credo, déclarant que « le piétinement de l'Afrique s'expliquait par le fait que ce continent ait été pendant longtemps en retard culturellement ». Daniel Etounga-Menguele et Axelle Kabou n'ont fait, finalement, que développer cette idée ...

1939. La guerre bouleverse la vie et les théories naissantes du jeune Senghor. Mobilisé dans un régiment d'infanterie coloniale, fait prisonnier en juin 1940, il passe vingt mois de captivité avec des hommes du peuple africain, à qui il dédiera son premier recueil de poèmes, Hosties noires, publié en 1948 :

« Je ne laisserai pas la parole aux ministres, et pas aux généraux.
« Je ne laisserai pas – non ! – les louanges de mépris vous enterrer furtivement.
« Vous n'êtes pas des pauvres aux poches vides sans honneur.
« Mais je déchirerai les rires Banania sur tous les murs de France. »

À nouveau, Senghor se sent profondément africain. Mais son horreur du nazisme change sa vision de la négritude, qui, de raciste - « pour combattre le racisme des autres » - devient humaniste. « Apprenons à vivre différents et ensemble », pense-t-il désormais.

Le poète est mûr pour la politique. En 1945, boursier du CNRS venu faire une enquête sur la poésie populaire dans son village natal, il décide d'entrer en politique comme on entre en religion, cédant à la vue de la misère des paysans sénégalais. De retour à Paris, il traduit sa pensée dans un article sur la communauté impériale française : rejetant l'alternative entre assimilation et association, Senghor estime que les peuples africains doivent assimiler la culture et les techniques occidentales tout en approfondissant leur culture propre, afin de s'associer au peuple français. « Assimiler et non être assimilés » : jusqu'à son départ à la retraite, le 31 décembre 1980, il défendra cette voie.

Au lendemain de la guerre, Lamine Guèye, doyen des hommes politiques africains, domine la vie politique sénégalaise. Il devient maire de Dakar en juillet 1945, puis candidat à l'Assemblée constituante pour le collège des « citoyens », Français du Sénégal et habitants des « quatre communes» : Dakar, Saint-Louis, Gorée et Rufisque. Le célèbre avocat décide le grammairien à se présenter comme candidat socialiste du « second collège », celui des « sujets ». Appuyé par ce prestigieux parrain, Senghor est élu avec lui sans coup férir, recueillant 79 % des suffrages.

Membre de la Commission de la Constitution, il assiste avec désespoir au rejet du projet soumis aux Français le 19 avril 1946. L'appartenance à l'Union française - qui allait remplacer l'empire - y était présentée comme librement consentie, donc révocable, le suffrage universel était instauré et un référendum d'autodétermination pour les territoires d'outremer était prévu.

Dans la seconde mouture de la Loi fondamentale de la IVe République, finalement adoptée le 13 octobre 1946, plus aucune trace de ces grandes avancées ... « Nous sommes prêts, déclare alors Senghor dans une interview au journal Gavroche, s'il le fallait en dernier recours, à conquérir la liberté par tous les moyens, fussent-ils violents. » Excès de langage plus que reflet d'une conviction profonde, cette petite phrase sera la plus « révolutionnaire» que Senghor le modéré prononcera jamais.

Les années suivantes sont marquées, sur le plan politique, par la création du Rassemblement démocratique africain (RDA) et la guéguerre que la SFIO, à laquelle appartient Senghor livre à ce mouvement d'élus africains présidé par Félix Houphouët-Boigny. Jusqu'à la disparition de l'Union française, les deux groupes s'affronteront, cristallisant une rivalité qui ne se démentira jamais entre l'intellectuel sénégalais et le planteur ivoirien.

Menant de front sa carrière littéraire, son combat politique et - plus difficilement - sa vie de famille, il obtient la reconnaissance de l'intelligentsia française lorsque Jean-Paul Sartre préface, en 1948, son Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache. Alioune Diop, Aimé Césaire et Senghor fréquentent alors Gide, Sartre, Camus, Mounier, Leiris ... Marié en septembre 1946 à Ginette, la fille du gouverneur Félix Éboué, il en a deux fils, Francis-Arphang et Guy-Waly, nés en 1947 et 1948.

Aussi à l'aise dans les cafés du boulevard Saint-Germain que sur les pistes sénégalaises, qu'il sillonne de plus en plus fréquemment, Senghor délaisse sa petite famille : il a le virus de la politique. Lamine Guèye, toujours maire de Dakar et patron de la section sénégalaise de la SFIO, le gêne. En 1947, c'est la rupture. Senghor quitte le Parti socialiste pour rejoindre le groupe des Indépendants d'outre-mer (IOM) que vient de créer le Dahoméen Sourou Migan Apithy, et fonde à Dakar sa section territoriale, le Bloc démocratique sénégalais (BDS). Mamadou Dia, un instituteur de Fatick, et Ibrahima Seydou Ndaw, notable de Kaolak le suivent dans cette aventure. Patiemment, s'appuyant sur les campagnes, les syndicats, les confréries musulmanes, le BDS tisse sa toile. Et, aux législatives de juin 1951, qui ont lieu au collège unique, c'est le raz de marée que personne n'a vu venir : Lamine Guèye est battu, le BDS emporte les deux sièges de député. Dès lors, Senghor occupe seul l'avant-scène politique sénégalaise.

Fort de sa victoire sur le terrain, le député tente, à Paris, d'influer sur l'avenir des colonies françaises. En février 1955, Edgar Faure, président du Conseil, lui donne - ce sera la première et la dernière fois - une fonction ministérielle, en le nommant secrétaire d'État chargé du dossier nord-africain, et lui demande de travailler au projet de ce qui remplacera l'Union française. En vain Senghor tente-t-il d'imposer sa conception d'une« République fédérale française».

Le 30 novembre 1955, Edgar Faure dissout l’Assemblée nationale. Le 2 janvier 1956, si Senghor est réélu, les IOM perdent sept de leurs quatorze sièges tandis que le RDA en obtient onze, et Guy Mollet, nouveau président du Conseil, appelle Félix Houphouët-Boigny au gouvernement. C'est l'Ivoirien qui aidera Gaston Defferre, ministre de la France d'outre-mer, à élaborer la Loi-cadre, votée en 1956 et appliquée en 1957. L'AOF et l'AEF disparaissent, l'autonomie des territoires s'organise autour d'une Assemblée aux pouvoirs accrus et d'un Conseil de gouvernement présidé par le gouverneur. .. « Joujoux et sucettes », commente Senghor, partisan d'une autonomie beaucoup plus vaste. On ne l'écoute pas.

À Dakar, en revanche, il consolide ses positions. En mars 1958, le BPS (Bloc progressiste sénégalais, qui a remplacé le BDS) fusionne avec les socialistes pour créer l'Union progressiste sénégalaise (UPS), dont Senghor est président, Mamadou Dia secrétaire général, et Lamine Guèye, avec qui son ancien colistier s'est réconcilié, directeur politique.

De Gaulle revenu au pouvoir le 1er juin 1958, un groupe de travail pour l'outre-mer prépare la Constitution de la Ve République. Houphouët, alors ministre d'État, veut placer les Africains devant un choix définitif entre la Communauté et l'indépendance. De Gaulle le suit. Le Guinéen Sékou Touré et le Nigérien Djibo Bakary dénoncent en vain ce chantage. Senghor intrigue et, in extremis, parvient à faire inclure dans la Constitution la possibilité d'une évolution ultérieure des États de la Communauté vers l'indépendance. Le 28 septembre 1958, le Sénégal vote « oui » au référendum constitutionnel.

L'histoire s'accélère. Le 20 juin 1960, l'indépendance du Mali, éphémère fédération du Sénégal et du Soudan français, est proclamée. Mais Modibo Keita et Léopold Sédar Senghor briguent tous deux le fauteuil présidentiel : en août, à la suite de quelques bruits de bottes soudanaises, c'est la rupture. Le Sénégal proclame son indépendance le 20 août, suivi, le 22 septembre, par le Soudan, qui garde l'appellation « Mali ». Dès le 5 septembre, Senghor a été élu président de la République. Il a 54 ans, et une légère amertume. « Mon plus grand regret, dira-t-il bien plus tard, c'est d'avoir échoué dans ma lutte, de 1954 à 1960, contre la balkanisation des deux fédérations d'Afrique occidentale et équatoriale. ».

Jamais, tout au long du combat politique qui l'a mené à la magistrature suprême, Senghor n'a renoncé à la poésie. Chansons de geste, élégies nostalgiques, il a fait sien l'ample verset élaboré par Claudel et Saint-John Perse au début du siècle. Émaillant ses textes de mots wolofs, d'incessantes allusions à sa terre natale, il conte des histoires d'amour, d'amitié, de mort et, parfois, chante à la manière d'un griot les grandes figures de l'histoire africaine. Dans une postface aux Éthiopiques, ensemble de textes lyriques publiés en 1956, emplis de références à sa terre natale, il éprouve le besoin de justifier son style métissé: « l'écris ces lignes pour répondre aux interrogations de quelques-uns, qui somment les poètes nègres, parce qu'ils écrivent en français, de " sentir français ", quand ils ne les accusent pas d'imiter les grands poètes nationaux. Tel me reproche d'imiter Saint-John Perse, et je ne l'avais pas lu avant d'avoir écrit Chants d'ombre et les Hosties noires. Tel reproche à Césaire de le lasser par son rythme de tam-tam, comme si le propre du zèbre n'était pas de porter des zébrures. En vérité, nous sommes des lamantins, qui, selon le mythe africain, vont boire à la source. »

L'été, un mois durant, lorsqu'il rejoint la propriété normande de sa seconde femme, Colette Hubert, épousée le 18 octobre 1957, dont il aura un troisième fils en 1958, il écrit. Indifférent aux soubresauts qui préludent aux indépendances, il se replonge alors dans un royaume d'enfance paré de tous les charmes. Cette étonnante capacité à être à la fois fin politicien et poète talentueux trouvera ses limites dans la gestion quotidienne de la chose publique. Une chose est de manier des concepts, de brandir des idées, d'ébranler un adversaire à grands assauts de rhétorique. Une autre, de retrousser les manches pour plonger dans les affres de la comptabilité nationale, les méandres de la mise en œuvre d'une politique agricole réaliste ... Mamadou Dia, chef du gouvernement, se trouve de facto en charge des problèmes économiques tandis que Senghor s'occupe de diplomatie.

Le 28 mars 1961, les douze États du « groupe de Brazzaville », association informelle de francophones modérés, créent à Yaoundé l'Organisation africaine et malgache de coopération économique (OAMCE). Opposés aux « révolutionnaires » du groupe de Casablanca - le Ghana, la Guinée, le Mali, le Maroc et le Gouvernement provisoire de la République algérienne -, ils ne croient plus à l'unité africaine et veulent fonder leur croissance économique sur une assistance technique et financière du Nord. Mais l'éternelle rivalité entre Houphouët et Senghor perturbera le fonctionnement de ce qui deviendra l'Ocam.

Pendant que le chef de l'État rêve de grands desseins pour le Sénégal, Mamadou Dia tente de mettre en œuvre un socialisme autogestionnaire fondé sur les coopératives et part en guerre contre les confréries, trop puissantes à ses yeux. Senghor estime au contraire que l'encadrement de la population par les tidjanes et les mourides est un instrument inespéré de stabilité. Profitant des incessants voyages du chef de l'État, Dia prend une place croissante sur l'échiquier politique sénégalais. Le véritable patron du Sénégal, c'est lui. Lorsque Senghor s'en aperçoit, il est trop tard. Entre les deux hommes, le torchon brûle.

Le 12 décembre 1962 s'engage une terrible épreuve de force. Le chef du gouvernement a pour lui la gendarmerie, le président, l’armée. Tout au long de la journée du 17, alors que les députés ont voté une motion de censure contre Dia, plane le spectre d'un affrontement. Vers 3 heures du matin, après avoir entendu les uns et les autres, les chefs des forces en présence décident finalement de regagner leurs casernes. Mamadou Dia sera arrêté dans l'après-midi du 18. Jugé par la Haute Cour de justice, il sera condamné, le 9 mai 1963, à la détention perpétuelle. Pour ce coup de force, le compagnon de la première heure de Senghor purgera onze ans et demi de prison avant d'être gracié ...

Échaudé par cette affaire, Senghor s'est taillé, dès le 9 mai, une nouvelle Constitution sur mesure : il devient chef de l'État et du gouvernement. Malheureusement, et en dépit de réels efforts pour s'y intéresser, l'économie demeure le calvaire du président. Au début de l'année 1968, alors que les élections législatives et présidentielle approchent, il dresse un premier grand bilan de son action dans ce domaine à l'occasion du VIe congrès de l'UPS. Le Sénégal, quoique particulièrement gâté par les bailleurs de fonds, va plutôt mal. La sécheresse de l'hivernage 1966 et la hausse des prix du riz consécutive à la guerre du Vietnam pèsent lourdement sur les résultats du Plan quadriennal 1965 - 1969, finalement réajusté par Habib Thiam, alors ministre du Développement.

Cela est insuffisant pour expliquer la médiocrité des résultats enregistrés. Senghor a alors recours aux grands poncifs de l'époque : détérioration des termes de l'échange, diminution des dons et augmentation parallèle des prêts des pays développés, endettement croissant et même « affaiblissement progressif de la volonté d'aide des nations donatrices ». Dans le cas du Sénégal, l'argument est un peu fort. Mais le chef de l'État veut toujours plus d'assistance, d'expatriés, d'aide technique. Le rayonnement international de sa personnalité l'aide à obtenir beaucoup pour son pays. Il inocule ainsi, sans s'en rendre compte, le virus de la dépendance extérieure à l'ensemble de l'économie. En 1968, les effets pervers de la « mentalité d'assistés » qui se développe alors se font encore sentir.

Pour le reste, Senghor est partisan d'un socialisme pragmatique fondé sur la primauté de la production agricole. Il explique en 1967 : « Nous avons choisi comme priorités non pas les infrastructures de transport et de communication, l'habitat et l'édilité, le commerce et le tourisme, mais la production, plus particulièrement industrielle et agricole. » Comme si l'on pouvait écouler une production dans un pays sans routes ni téléphone. « Pour les détails, conclut-il, remercions Jean Collin [ministre des Finances] et ses services de bien vouloir s'en occuper. »

Et Senghor voyage. « Tiens, on a vu le président... de passage à l'aéroport de Dakar- Yoff », dit-on, en guise de boutade, dans les rues de la capitale. « Sékou Touré ne voyage pas, rétorque le président, et son pays est encore à un revenu mensuel de 100 dollars par tête d'habitant. »

Féru de diplomatie, le chef de l'État aime aussi garder le contrôle de l'organisation de la cité. Il restera comme le premier chef d'État africain à avoir restauré le multipartisme (limité), puis organisé des élections présidentielle et législatives. Fruit d'une longue maturation, cette évolution démocratique sans précédent ne s'est pourtant pas faite sans heurts. Et le mouvement initial avait été opéré en sens inverse.

Le 13 juin 1966, après des mois de palabres, les opposants de gauche du Parti du regroupement africain (PRA) rejoignent l'UPS et entrent au gouvernement. Dès lors, l'UPS est un parti unique de fait. Pendant huit ans, en dépit d'une contestation estudiantine et syndicale parfois violente et de l'émergence de mouvements d'opposition clandestins, le plus souvent marxistes-léninistes, l'UPS domine sans partage la vie politique. L'unique véritable crise que traverse le régime a lieu dans la foulée du Mai 68 français. Pendant trois jours, étudiants et salariés mécontents se révoltent et mettent la capitale à sac. Bilan : un mort, vingt-cinq blessés. Fin juin, après l'intervention musclée de l'armée, tout est rentré dans l'ordre. Parmi les neuf cents étudiants et syndicalistes alors interpellés, plusieurs dizaines purgeront des peines de prison.

Comme en décembre 1962, Senghor a prouvé qu'il savait aussi gouverner d'une main de fer. À 62 ans, il se sent bien assis dans son fauteuil présidentiel. En février 1970, après avoir fait rétablir la fonction de Premier ministre, « mais non le bicéphalisme », précise-t-il, il nomme à ce poste un économiste brillant, major de l'École nationale de la France d'outre-mer en 1960. Abdou Diouf est l'homme de dossiers qu'il fallait au chef de l'État pour pouvoir se consacrer pleinement à ses activités diplomatiques et politiciennes.

Jusqu'en 1974, l'ordre, la stabilité et le monopartisme règnent à Dakar. Mais le président vieillit. Parce qu'il s'est trop appuyé sur elles, le pays est aux mains des confréries et d'une bourgeoisie d'Etat spéculatrice et corrompue. La vie politique se réduit à des querelles de notables avides de postes ou de prébendes. Senghor est courtisé, flatté ... Mais il n'est pas dupe et il s'inquiète de sa succession. Il est temps de lâcher du lest. Le 28 mars, après onze années d'emprisonnement dans un camp du Sénégal oriental, Mamadou Dia est finalement gracié, en même temps que dix-sept autres détenus. Parmi eux, les deux frères de l'étudiant Oumar Blondin Diop, mort en prison dans des conditions peu claires, le 11 mai 1973.

Quelques semaines plus tard, le 31 juillet, Abdoulaye Wade crée le Parti démocratique sénégalais (PDS). Senghor accepte de reconnaître le mouvement, même s'il confie à ses proches « ne pas prendre au sérieux ses dirigeants », qu'il soupçonne de vouloir surtout marchander des portefeuilles ministériels. Avec le PDS, le chef de l'État lance en réalité un ballon d'essai qui prépare une révision constitutionnelle. Le 17 mars 1976 est instauré un régime tripartite : l'UPS (devenue Parti socialiste, PS) sera « socialiste et démocratique », les autres formations devant choisir entre les étiquettes « libérale et démocratique » et « marxiste-léniniste ». Wade ne se sent pas particulièrement « libéral », mais le président-poète ne lui laisse guère le choix. À l'époque, l'avocat est prêt à toutes les concessions. Il accepte. Un peu plus tard, le Parti africain de l'indépendance (PAl) renaît de ses cendres pour occuper la place vacante de « marxiste ».

La presse bénéficie d'une exceptionnelle liberté d'expression, dont elle use largement. Lorsque Senghor est plébiscité, le 26 février 1978, avec 82 % des suffrages, il devient le premier chef d'État africain élu dans des conditions réellement démocratiques. Même si les électeurs ont voté sans passer par l'isoloir...

Le président n'a pas toujours, pour autant, l'ouverture d'esprit que les Occidentaux, fascinés par l’« avance » qu'il possède sur ses pairs africains, veulent bien lui prêter. Il se montre, en particulier, singulièrement peu tolérant envers ses adversaires les moins souples. Mamadou Dia l'a appris à ses dépens. Cheikh Anta Diop aussi. Intellectuel sénégalais de renommée internationale, il ne parviendra pas à faire légaliser son parti, le Rassemblement national démocratique (RND), au prétexte qu'il n'y a « plus de place ». Son aura, ses succès universitaires sont sans doute, aux yeux de Senghor, bien plus graves que ses ambitions politiques assises sur une clientèle distinguée mais peu nombreuse.

Car l'homme d'État n'a pas étouffé l'homme de lettres. Lorsqu'il annonce, le 1er décembre 1980, son intention de céder sa place le 1er janvier suivant à son dauphin constitutionnel, Abdou Diouf, dont il affirme que le « seul défaut est l'excès de modestie », c'est avec l'espoir d'achever une œuvre poétique qu'il n'a jamais cessé de considérer comme primordiale. Senghor rêve du Nobel de littérature ... « On m'a quelquefois posé la question, explique-t-il dans son Dialogue sur la poésie francophone : " S'il fallait choisir, que voudriez-vous sauver de votre triple vie d'homme politique, de professeur et de poète ? " J'ai toujours répondu : Mes poèmes, c'est là l'essentiel. »

Ses adversaires politiques l'accusent, pour leur part, d'abandonner le navire alors que la situation économique n'a cessé de s'aggraver : « Le départ de Senghor, c'est la fuite de Louis XVI à Varennes, le départ de Reza Pahlavi à l'étranger », déclare Abdoulaye Wade, qui n'est pas un maniaque de la litote. Houphouët, avec qui il ne s'est jamais entendu, ne cache pas sa colère à Siradiou Diallo : « C'est lâche. Il a eu peur, il a pris la fuite. Il laisse le Sénégal dans un état lamentable, à un jeune qui va se faire assassiner. » Évidemment, le précédent créé par le départ volontaire de Senghor ne plaît pas plus au Vieux qu'à leurs pairs africains. La plupart des intellectuels dakarois, en rupture avec le pouvoir, fêtent, quant à eux, la fin de ce règne de vingt ans. Le petit peuple sénégalais n'a pas cette virulence : tout au plus accueille-t-il cette décision dans une relative indifférence. Celui qui s'occupe de lui, c'est Diouf, et Diouf est toujours là.

Senghor a-t-il jamais compris que ses concitoyens, ceux pour qui il rêvait d'une « Grèce noire en 2001 », ne le comprenaient pas, le percevaient comme un étranger ? « Le jour où les prix du pain, du lait et du sucre ont été majorés, la télévision sénégalaise a ouvert son bulletin d'information avec Senghor prononçant un discours sur le surréalisme lors de l'inauguration du Centre culturel Masson », se souvient, en 1981, un haut fonctionnaire dans les colonnes du Monde.

Mal compris chez lui, il bénéficie en revanche à l'étranger d'un prestige inégalé. Senghor multiplie voyages et conférences. Docteur honoris causa d'une vingtaine d'universités, président d'honneur d'une multitude d'associations, couvert de lauriers, il traîne avec lui l'immense regret de ne jamais avoir vu son œuvre consacrée par le Nobel de littérature. En 1984, son élection à l'Académie française, au fauteuil du duc de Lévis-Mirepois, lui fait oublier cette blessure d'amour-propre. Le voilà « immortel» et, à 78 ans, plus vaillant que jamais.

Le plus clair de son temps, l'ancien président le passe désormais à Verson ou dans son appartement du 17e arrondissement de Paris. C'est là, entre deux voyages, qu'il écrit. Lever à 5 h 30, trois quarts d'heure de gymnastique, une matinée d'écriture, courrier l'après-midi jusqu'à 16 h 30, audiences jusqu'à 18 heures et, enfin, lecture. Méthode et organisation : Senghor a gardé la discipline ecclésiastique de ses années de collège.

S'il lui arrive de donner des interviews, il refuse systématiquement, et avec une rare honnêteté, de porter des jugements sur la politique sénégalaise. Jamais, après avoir quitté le pouvoir, il n'a manqué à cette règle. Lorsqu'il en éprouve l'envie, il livre au journal Le Monde une chronique littéraire.

Il relit les Grecs, Rimbaud, Claudel, Bergson, Descartes et la poésie de la Renaissance. Traduit du latin les psaumes de la Bible, qu'il juge être la plus belle poésie du monde. Prépare un essai sur la danse de Maurice Béjart, fils d'un Saint-Louisien. S'occupe de sa Fondation, créée avec un cadeau de 2 millions de dollars de l'Arabie saoudite, el qui offre notamment des bourses à des Africains pour préparer l'agrégation. Dirige les travaux du Haut Conseil de la Francophonie, dont il est le vice-président. Taille ses rosiers.

Aux côtés de Colette, l'ancien chef de l'État échappe ainsi à l'amertume de ceux qui ont régné sans partage et qui, un beau matin, ne sont plus rien. Il s'efforce d'oublier la mort de deux de ses fils, le benjamin, Philippe, dans un accident de voiture en 1981, et le cadet, Guy, tombé d'une fenêtre en 1983.

En 1989, une embolie pulmonaire manque de l'emporter. Dès lors, le vieil homme ralentit ses activités. Il ne quitte plus Verson, le village normand qui l'a adopté, reçoit beaucoup moins, puis plus du tout, mais continue à répondre scrupuleusement, au moins par quelques lignes, à tous ceux - et ils sont très nombreux - qui lui écrivent, lui demandent un conseil, voire une bénédiction ...

Au Sénégal, les intellectuels comme la population lui ont pardonné sa distance et ont oublié les mécomptes économiques de son régime. Le sentiment qui domine, à son égard, parmi ses compatriotes, est la fierté d'avoir eu pour président un si grand homme.

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Sarah Metellus

JeuneAfrique
Par LA VOIX DE LA REPUBLIQUE - Publié dans : education
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