Partager l'article ! Sekouba Konaté emboîte le pas à Dadis Camara: Vingt quatre heures après la publication de la liste des membres du gouvernement, celui qui fai ...

Ce titre qui relève de la Mythologie grecque antique, est passé de siècle en siècle jusqu'à nos jours dans l'expression trancher le nœud
gordien d'un problème inextricable.
Son origine remonte à une légende liée à Alexandre le Grand (356-323 av. J.-C.). Gordias, roi fondateur du royaume de Phrygie (Asie Mineure) avait un char, symbole de royauté dont un lien fixait le joug au timon. Un oracle avait prédit que la succession dans ce royaume reviendrait à celui qui dénouerait le lien du char au nœud extrêmement compliqué. En 334 av. J.-C., Alexandre le Grand tenta de défaire le nœud, ni parvenant pas, il le trancha d'un coup d'épée. C'est de cette légende qu'est née l'expression « trancher le nœud gordien » qui a dès lors désigné, par métaphore, un problème inextricable qu'on règle par une action non conforme à ce qui est édicté. Dans le langage courant le nœud gordien caractérise donc un obstacle dont on ne peut pas venir à bout par les règles habituelles.
Pour les difficiles pourparlers en cours sur la Guinée à Ouagadougou, les Forces vives guinéennes peuvent-elles en trancher le nœud gordien, comme
sortie de crise? Pour autant que cette crise en cours soit lourde et semble insoluble, le Forum des Forces vives n'en disposent pas moins d'atouts non
négligeables qu'il faut utiliser avec maestria. Outre les Forces vives, certains Guinéens du camp de ceux qui luttent contre une dictature militaire (qu'on ne tarderait
pas à habiller en civil), ont en tête des variables de ces atouts. Avant d'arriver aux recommandations faites par ceux qui méditent et écrivent à
l'attention des Forces vives pour trancher le nœud gordien de la médiation faite par Blaise Compaoré désigné par ses pairs de la Communauté des Etats de l'Afrique de l'Ouest
(CEDEAO), je vais faire un survol de l'ensemble de la situation guinéenne actuelle pour aboutir à ce que je sens , ce que je crois pouvoir être les voies
incontournables pour cela .
Je propose une marche en trois étapes tout en étant conscient que bien des aspects que je traite ont été soulevés par d'autres mais sur lesquels chacun peut
exprimer différemment son sentiment personnel.; Les étapes que je propose sont les suivantes.
1°) Les hommes du CNDD tels que je les jauge en tant que Guinéen, à l'échelle de l'Etat guinéen;
2°) Les Forces vives, tels que je les sens, en tant que Guinéen, pour le service de l'Etat guinéen;
3°) Trancher le nœud gordien de la situation guinéenne actuelle s'impose mais pas par l'immolation de Guinéennes et de
Guinéens. Ceci est possible.
I.LES HOMMES DU CNDD TELS QUE JE LES JAUGE.
L'évolution grand-guignolesque du Capitaine Moussa Dadis Camara et du Général Sékouba Konaté leaders du Conseil National pour la Démocratie et le
Développement (CNDD) est suffisamment connue des Guinéens au cours de l'année qui se termine qu'il est à peine nécessaire d'insister là dessus. Dans un article publié sur sites
autour du 5 juin 2008: « Guinée - Que pouvons-nous attendre? », j'écrivais: »La sud américanisation de l'Armée guinéenne en pire est la chose la plus inquiétante
qui pouvait arriver à la Guinée... Dans l'exemple de la mutinerie d'une partie de cette Armée, il s'est agi de sous-officiers et d'hommes de troupes, ayant séquestré et humilié leurs officiers
supérieurs. Le comportement de malfrats de la pire espèce qu'ils ont eu ne doit , secrètement réjouir personne en particulier. C'est une habitude qui est prise depuis 1996 et qui a ressurgi en
2006, 2007, 2008 pour régler leurs problèmes d'intendance sur le dos de la population. Le comportement de ravalement de la hiérarchie s'est installé dans la longue
durée et sera l'ennemie de la démocratie tant souhaitée. C'est pourquoi personne ne doit se réjouir de cette situation . Les soudards qui constituent l'essentiel de l'Armée, ne
travaillent pour personne en particulier mais pour eux-mêmes. Ils n'ont que faire de la nation guinéenne, encore moins de l'opinion internationale.
Nos soudards ont vu et enregistré comment le généralissime Lansana Conté a gouverné et agi depuis vingt-quatre ans. Ils ont, pour certains, vécu ou
entendu comment le prédécesseur de Lansana Conté a gouverné et agi : tous deux par la force. Cela a marché pendant cinquante ans ; pourquoi la force ne
continuerait-elle pas à régler les problèmes? Par delà les actes de vandalismes de soudards guinéens pour avoir une voiture à l'œil ou remplir son garde-manger sans bourse
déliée, c'est l'état d'esprit qui s'incruste en eux qui est l'élément que tout responsable politique devrait retenir », au lieu de se réjouir en pensant que la chienlit de
l'Armée pourrait lui profiter; Voilà comment je voyais l'Armée guinée avant le coup d'Etat du 23 décembre 2008.Je prolongeais
cette perception de l'Armée guinéenne dans un autre article sur sites du 11 juin 2008: « Guinée – Ouvrons les yeux ».
Au sujet de la bande de soldatesques arrivés au pouvoir par la force et qui se maintient par la force, on ne peut s'empêcher de penser à l'essai écrit par notre compatriote, feu
Sako Kondé sur les équipes au pouvoir en Guinée de 1958 à 1984 et qu'il avait intitulé: « Guinée, le temps des fripouilles » (Paris,
Edit. La Pensée Universelle, 1974, 221p.). Sako Kondé y brossait sans complaisance, la conception sans foi ni loi, d'individus y compris leur Chef de la gouvernance ne
reposant que sur la force et la violence. La galerie de portraits retracés dans «Le temps des fripouille » peut se retrouver chez les hommes du CNDD, avec en moins l'apparente rigueur
de méthode et d'idéologie.
Pourquoi donc l' engouement populaire à l'annonce du coup d'Etat de décembre 2008?. Pour tous ceux qui connaissent l'évolution
des cinquante années de la Guinée, cet engouement était justifié par le blocage et le glacis institutionnels auxquels on était parvenu et tout le monde ou presque (partis politiques,
opinion publique et même l'Etranger) avait cru aux premières déclarations des membres du CNDD de faire rapidement le ménage par une courte période transitoire pour mettre le pays sur des
rails institutionnels, pour ensuite regagner leurs casernes. Tout ceci a été dit solennellement à la face des opinions publiques nationale et internationale. C'est du reste pourquoi la plupart
des condamnations extérieures du coup d'Etat en Guinée , n'étaient que des condamnations de principe. On l'a vu en Mauritanie où le Général Mohamed Ould Abdel Aziz, d'abord
condamné à l'extérieur pour putsch mais qui ne s'est pas accroché au pouvoir en faisant massacrer des compatriotes, est à présent entré dans le club des nations civilisées.
En un jour, Dadis et sa bande de criminels , ont abattu à l'arme de guerre, le 28 septembre, 157 Guinéennes et Guinéens et plus de 1200 blessés ( au bas mot ) pour avoir, ont-ils justifié , « transgressé une interdiction de manifestation »,mais en réalité pour supprimer toute contestation à leur soif de pouvoir. Malgré l'ampleur de cette ignominie, tranquilles comme Baptiste, lui et ses thuriféraires, occultent cet énorme forfait pour parler de deux poids deux mesures en pointant la tolérance internationale à l'accès d'Abdel Aziz à la Présidence de la Mauritanie. Au constat de cette référence à la Mauritanie et au « confort moral » qu'affichent Dadis et ses acolytes pour prétendre gouverner la Guinée, tous les Guinéens sensés et le monde civilisé ne peuvent que reconnaître que des hommes si dénués de scrupules et d'humanité méritent non seulement la disqualification aux charges qu'ils convoitent mais aussi , le mépris absolu. C'est ce qui devrait être la réponse à la sauvagerie des hommes du CNDD. Ils ont montré en onze mois toute leurs limites à pouvoir gouverner la Guinée qui ne manque pas de problèmes à régler.
Accueillis en sauveurs par le peuple guinéen qui leur avait ouvert un boulevard historique que des hommes doués d'un minimum de calcul politique, auraient pu
aménager pour l'avenir; ils se grisés de pouvoir et sont tombés en trois à quatre mois dans la tambouille de courtisans-vers de terre . Ils se sont saisis de tous les
thèmes qui pouvaient encore exciter les ressentiments et l'ardeur vengeresse d'un peuple recrus de malheurs . Malheurs de cinquante ans de violence systématique
,de mal gouvernance, de pillages économiques du pays par son encadrement politique civil mais également militaire. De tout cela, a été brandie la
détermination d'entreprendre des audits de gestions publiques, de faire des élections libres, de lutter contre les narcotrafiquants, de
terrasser l'ethnocentrisme, etc. Naturellement tous ces thèmes se sont vite révélés être des coquilles vides, des attrape-nigauds.
Mais pas pour Dadis et ses compagnons. Ils leur ont servi à tenter d' asseoir durablement leur mainmise sur le pays. Ils ont montré par là que ce qui les intéressait par dessus tout, était leur pérennisation au pouvoir à l'instar de leur père spirituel Lansana Conté. Celui-ci qui a été le pilleur numéro des ressources économiques du pays n'a jamais été cité par Dadis dans ses élucubrations sur les audits. Et d'ailleurs lui-même Dadis, gestionnaire des carburants de l'Armée, autre entreprise juteuse d'Etat, sous le régime de Conté, comment a-t-il fait pour s'offrir les propriétés foncières qu'il possède à Conakry et ailleurs? Ce n'est sûrement pas avec des économies sur son salaire de misère de capitaine de l'Armée guinéenne. Depuis qu'il s'est autoproclamé Président ,d'où tire-t-il tous les fonds financiers qu'il distribue à droite et à gauche pour se constituer une clientèle politique, comme ces falots des « Forces patriotique »,ceux de « L'Alliance de l'Union démocratique de Guinée »? N'est-ce pas sur les deniers publics sans autorisation préalable et pour d'autres sur la logistique de l'Etat? Et son second Sékou Konaté, où a-t-il tiré, entre autres, des fonds pour envoyer à titre privé 50 pèlerins à La Mecque?.Toutes ces manœuvres d'échafaudage de bana-bana à construire à la hâte des partis politiques fantoches pour se maintenir en place, montrent que Dadis et son brain-trust du CNDD n'ont rien retenu en la matière des 50 années de la Guinée indépendante.
Le puissant et totalitaire PDG qui embrigadait tous les Guinéens à partir de l'âge de sept ans , s'est écroulé ,un matin, le 3 avril 1984, dans l'indifférence générale. Or le PDG avait dans ses manœuvres de pérennisation publié de nouveaux statuts en 1969 dont l'article 3 stipulait: « Est membre du Parti Démocratique de Guinée, tout citoyen de la République de Guinée âgé de sept ans au moins qui accepte le programme et les statuts, prend une part active à la réalisation des objectifs fixés à l'article 1er, applique les décisions du Parti et acquitte ses cotisations » ( voir Horoya n° 1640 du 17 janvier 1969, p.2), tout cela ne lui a pas évité l'écroulement brutal. Le P.U.P. que Conté avait financé sur les deniers publics s'est effondré avant sa disparition.
Combien de temps Dadis et consorts croient-ils que les « Forces patriotiques » et autres, Alliance de l'Union démocratique de Guinée , vont-elles tenir la rampe? Tous ces exemples sont cités pour signaler l'absence de vision du futur guinéen des hommes du CNDD et qu'il ne faut pas leur faire confiance ,ne serait-ce qu'au regard de la froideur de monstres que la machine-CNDD a montrée en ce jour du 28 septembre 2009.
Rien ne peut justifier une confiance en ces criminels qui ont ainsi annoncé la couleur de la gouvernance qu'ils comptent
installer, une fois consolidés. Pour toutes celles et tous ceux qui aiment la Guinée, méditez sur notre passé: de 1958 à 2008, quand des compatriotes étaient arrêtés et physiquement liquidés,
les voisins ne se posaient pas de questions, jusqu'au jour où c'étaient eux ou un des leurs qui étaient fauchés par la machine à tuer. Ce type de comportement est bel et bien présent
encore aujourd'hui.
Les aspects soulevés ici de la gouvernance erratique de cette étrange camarilla du CNDD sont d'autant plus inquiétants qu'elle
s'est affublée de personnages interlopes qui la desservent plus qu'ils ne la servent à l'intérieur comme à l'extérieur. C'est le cas de ce Moussa Keita, Chef de la
délégation du CNDD à Ouagadougou qui déclare à R. N. Sawadogo dans Fasozine, parlant des Forces vives: « Plus jamais, nous n'accepterons que des gens qui ont les mains sales dirigent
la Guinée ». Si l'on posait la question à des enfants de l'école primaire de n'importe quel continent de savoir laquelle des deux
mains de deux malfaiteurs est la plus sale ,l'une dégoulinante de sang humain, l'autre pas de sang ; on peut sans aucun doute s'attendre à ce que la presque totalité des enfants désignent
comme étant la plus sale, la main sanguinolente. Par conséquent les mains des criminels soudards , couvertes du sang de nos compatriotes sont plus sales que celles
de ministres qui ont volé des deniers publics et qui doivent d'ailleurs en répondre autrement que dans le cadre d'une justification du CNDD pour se maintenir en place. Le
diplomate du CNDD qui pose la question dans ces termes, ne s' est même pas regardé dans un miroir avant de répondre, ou, autre explication de l' absente d'humanité
du CNDD à travers son commis voyageur ,est que quelques billets de banque de franc guinéen valent infiniment mieux que des vies de citoyens guinéens. A partir de là, quelle
signification donnez-vous à ce type de comportement ?...Ce n'est pas parce qu'on n'a pas eu de parents directs dans le pogrom du 28 septembre 2009, qu'on peut aller jusqu'à se refuser
de se pencher sur ces massacres. Le CNDD a une conception de son rôle de dirigeant d'un pays si faible pour ne pas dire inexistant que cela devrait encore le
disqualifier plus aux yeux des Guinéens et de l'extérieur.
L'autre personnage interlope dans les négociations de Ouagadougou et qui illustre l'incompétence rédhibitoire du CNDD à diriger un pays , est le nommé Chérif Idrissa, ministre à la Présidence chargé de la communication et de l'information. Celui-ci après des pérégrinations non éclaircies hors de Guinée, tombe dans la mamaya de Dadis à Conakry, en épouse les rites et le langage et devient un personnage du système. Il commence par rassurer son patron lui affirmant que les menaces extérieures de sanctions contre la junte ne sont que des verbiages sans lendemains . A preuve, lui ,« le ferrailleur de pacotille» en a vu des belles de ces menaces vite tombées dans l'oubli comme par exemple en Côte d'Ivoire où il vu qu'après la mort de 4 000 personnes, les menaces d'embargo contre ce pays, n'ont pas été suivies d'effets. Et dire que c'est ce paltoquet qui a proféré qu'on ne peut pas brader la dignité de la Guinée en laissant venir au pouvoir les dirigeants des Forces vives guinéennes. Mais c'est ce genre de personnages au verbe haut et sans consistance qui peuplent les allées du Camp Alpha Yaya et « gouvernent » en ce moment notre pays. Quelle descente...!.Chérif Idrissa sait, cependant , à quoi s'en tenir pour sa sécurité personnelle . A part les voyages encadrés de Conakry-Ouagadougou, il sait qu'il risquerait gros en s'aventurant ailleurs. Des personnages opportunistes de son espèce doivent se dire qu'il faut vite profiter de l'aubaine qui fait de lui un ministre de laRépublique de Guinée, le temps que Dadis sera là.
J'ai cité ces deux cas (il y en a d'autres) pour signaler l'extrême faiblesse intellectuelle et morale des éléments disparates autour de Dadis et leur
effrayante vacuité pour pouvoir parler au nom d'un pays.Pour s'être acoquinés avec des personnages aussi peu recommandables, Dadis et les
membres du CNDD montrent aux Guinéens leur peu de considération pour eux ,pourvu qu'ils demeurent au pouvoir. Or l'amour de la terre natale, sans parler des hommes et des femmes qui
l'habitent, peut s'étendre ,pour des êtres normaux, jusqu'aux objets inanimés environnants comme beaucoup de gens l'ont ressenti à travers les siècles et qu'exprime si bien le poète ,
dans ces mots:
«
Chaumière où du foyer étincelait la flamme,
Toit que le pèlerin aimait à voir
fumer,
Objets inanimés, avez-vous donc
une âme
Qui s'attache à notre âme
et la force à aimer ? »
(Alphonse de
Lamartine, 1790- 1869, dans « Milly ou l'amour de la terre natale).
Célébrer l'amour de la terre natale ,de la patrie, jusqu'à interpeler les objets environnants est encore aux antipodes de la bestialité brutale et
meurtrière des hommes du CNDD pour conserver le pouvoir. Encore une fois, ces hommes ont-ils une humanité? C'est un point sur lequel on devra appuyer pour la
disqualification définitive de la bande du CNDD et ses acolytes.
L'apparente constitution en trompe-l'oeil du gouvernement autour du CNDD ne laisse pas voir ouvertement une « ethnisation outrancière », pour qui
ne sait pas lire entre les lignes. J'ai toujours écrit que cela me hérisse de vouloir toujours tout traiter sous l'angle ethnique .Mais j'ai aussi écrit que dans une nation
en formation comme la nôtre , les politiques doivent tenir compte des sensibilités régionales, or, aussi bien dans le CNDD que dans le gouvernement, La Basse-Guinée et La
Moyenne-Guinée, ont l'air de faire figure de parents pauvres alors qu'elles sont aussi démographiquement parlant de grandes régions. Même à ne considérer que les deux
autres régions (Haute-Guinée et Guinée -Forestière), il apparaît qu'elles ne sont pas équitablement traitées en terme de géographie locale dans le gouvernement et la haute
fonction administrative.
Pour prendre, en exemple, la Guinée-Forestière, ceux de nos compatriotes qui utilisent facilement l'expression de « pouvoir
forestier » se trompent lourdement . Ce pouvoir n'est pas forestier, autant que le pouvoir de Sékou Touré n'était pas un pouvoir malinké, ni celui de
Conté, un pouvoir soussou. Pour l'actuel pouvoir, il vous suffit, cependant, de consulter la composition du premier Gouvernement Komara, à la mi- Janvier 2009.
Sur 30 ministres, un noyau dur composé de l'entourage ethnique immédiat (Guerzé) de Dadis tient quatre grands ministères
de
souveraineté: Alexandre Cécé Loua aux Affaires étrangères, Dr Frédérique Kolié à l'Administration du Territoire et des Affaires politiques, Colonel Siba Nol amou à la Justice,
Papa Koly Kourouma (seul rescapé du Gouvernement Souaré) à l'Education. Cette « ethnisation « trop condensée, ne concerne même pas tous les Guerzé qui sont
loin, d'ailleurs, dans leur ensemble de constituer numériquement un ensemble significatif de l'ensemble de la Guinée-Forestière. Mais le noyau dur Guerzé en question ne se
situe que sur l'unique axe Koulé-N'Zérékoré. Le capitaine Claude Pivi qui n'est pas à proprement parler Guerzé à rejoint ce noyau comme ministre à la
sécurité présidentielle et a réussi à faire nommer ministre Alassane Onipogui. Alors quand certains parlent allègrement de pouvoir forestier, où sont passés
les Kono, les Toma, les Kissi, les Manon, les kouranko, les Malinké, Peuhl et autres durablement installés en Guinée-Forestière?
Telles sont des réalités qui dépeignent l'ethnocentrisme de Dadis qui clame vouloir lutter contre cet ethnocentrisme, sans me référer ici aux
milices qu'on dit venir des résidus des guerres du Libéria et de Sierra Leone. Mais là-dessus, n'ayant pas d'informations précises, je ne peux pas dire plus. Et s'il
s'avérait que certaines rumeurs qui courent sur ce sujet, sont fondées, je demeure persuadé que cette stratégie ne mènera à aucune pérennisation du pouvoir de Dadis et du CNDD. Depuis
les indépendances africaines, combien de chefs d'Etat n'ont-ils pas usé de stratagèmes, dépensé d'énormes sommes d'argent pour la sauvegarde de leur fauteuil présidentiel. En vain!
Ce sont là aussi des questions que des internautes soulèvent et qui entraînent l'ire d'autres. Mais on devrait pouvoir parler de tout cela sans s'étriper pour
montrer toutes les façades du pouvoir d'imposture que Moussa Dadis Camara mène avec son char de CNDD. Comme les précédents pouvoirs, il faut que ceux qui soutiennent ce pouvoir fantomatique du
CNDD qui ne mènera la Guinée qu'à plus de ruines, se désillusionnent et deviennent réalistes. C'est certain que des margoulins (ministres ,hauts fonctionnaires ou autres) en profiteront
pour s'enrichir personnellement mais ce n'est pas ce qui va faire progresser notre pays.
Guinéennes, Guinéens, mes compatriotes, de toutes régions, de toutes sensibilités politiques, de toutes confessions religieuses, ressaisissez-vous pour
réorienter la Guinée vers une direction de vraie démocratie, source de plein épanouissement humain pour tous les Guinéens. Les militaires guinéens, tels qu'ils sont, aujourd'hui, ne
seront pas capables, en tant qu'inspirateurs et recours de la politique guinéenne, de réaliser l'aggiornamento de la démocratie et du développement de la Guinée. Il ne s'agit pas dans ces
propos de rejet ou d'exclusion définitive de citoyens. Dans ce monde du XXIe siècle, il faut des hommes et des femmes qui se sont, de longue date, préparés à la gestion publique. Avec une
accélération plus rapide de l'Histoire, cela devient une nécessité absolue. un militaire qui abandonne son métier d'armes et n'a plus de lien organique avec l'armée, pour se préparer à entrer
dans l'arène politique , n'est plus un militaire mais un citoyen civil, qui une fois élu va appliquer la gestion civile à la société et non pas la gestion « mécaniste et robotique » des
armées. Mais dans toute société, existe une division sociale du travail. Les militaires sont plus compétents que quiconque pour la défense du territoire national. Leur prétention
basée sur des armes, pour diriger
des pays, notamment en Afrique, est une des causes principales de la stagnation, voire de la régression de ce continent. Or pour l'Afrique, tendre la main pour obtenir des
« aides extérieures » ou se prosterner aux pieds des bailleurs de fonds extérieurs pour les moindres projets et même pour organiser des élections , n'offusquent plus grand
monde,50 ans après avoir retrouvé notre dignité par l'indépendance. C'est pour toutes ces raisons que nous aspirons à une nouvelle forme de gouvernance assise sur une volonté librement
exprimée des citoyens guinéens et africains mais non pas par la force des armes. C'est pourquoi, on ne peut pas accepter Dadis et le CNDD, car ils n'ont aucune
vision précise de l'avenir de la Guinée en dehors des fantasmes. Ce n'est pas en sortant d'une boutique de distribution de carburants à des troufions qu'on peut raisonnablement s'ériger
en manager d'une nation. Il est bien vrai que dans notre pays ,chacun se croit capable de tout faire et c'est pourquoi , nous sommes, aujourd'hui, en Afrique de l'Ouest, à part les discours
creux, l'une des nations les moins performantes sur le plan de la démocratie et du développement économique et social. Il faut que par nos forces assemblées, nous arrêtions cet état des
choses.
Je crois que nos compatriotes qui luttent actuellement au sein des Forces vives et dans n'importe quelles autres organisations pour une autre Guinée que
celle de l'Etat totalitaire et du caporalisme obscurantistes de 1958 à 2009, doivent être soutenus. Je crois que les hommes et les femmes issus des Forces vives et sans tutelle
d'autocrates ignorants feront mieux pour la Guinée que des militaires semi-lettrés. Ces Forces vives doivent être soutenues et encouragées , même si, aujourd'hui, le combat mené
peut sembler sans issue. Ce genre de situation s'est souvent présentée dans l'histoire des nations. Et le combat qui se mène ne se déroule pas seulement sur le
terrain comme on l'entend souvent mais également hors du terrain. Ce combat se mène aussi par la plume: livres, presse-papier, presse électronique etc. D'où la rage des Guinéens sur le
Net mais cela devrait éviter les attaques personnelles mais conduire à la recherche d'arguments solides .
GUINEE
: LE NOEUD GORDIEN (Deuxième Partie)
Entre la publication de cette deuxième partie et la première de cet article est intervevu, à Conakry le 3 décembre , un règlement de compte sanglant entre le chef de la junte, le
Capitaine Moussa Dadis Camara et son aide de camp Aboubacar Diakité dit Toumba.C'est connu, quand un Etat développe, si longtemps, la culture de la violence, personne ne peut raisonnablement
croire qu'il ne peut pas en être victime, un jour ou l'autre. Le règlement de compte du 3 décembre, a été plus dramatique ( mais les Guinéens ont l'habitude de parler « d'incident malheureux »
dans de pareilles circonstances), que n'ont semblé le dire les pitoyables thuriféraires du système du CNDD que sont notamment, les tisserins, Moussa Kéita et Idrissa Chérif. Cet « incident
malheureux » a tout de même conduit le Capitaine dans un hôpital militaire du Maroc. Dakar plus proche gèographiquement de Conakry, a peut-être semblé, moins sûr
pour le patient en raison de la présence du grand nombre de Guinéens hostiles à son régime et à leurs tentatives de pressions bruyantes par des manifestations quotidiennes mais en raison aussi de
la peur de l'entourage du chef du CNDD de le voir plus facilement arrêté qu'au Maroc, après ses soins, pour une destination, du genre de La Haye, aux Pays-Bas. Malgré des soins intensifs
prodigués par des spécilistes chérifiens, il faut être réaliste. Selon toute vraisemblance, Dadis ne ressortirait, dans l'hypothèse optimiste , que profondément handicapé au physique .Autour de
ce drame, c'est Alexandre Cécé Loua, Ministre des Affaires étrangères qui vient de tenter d'atténuer le ridicule qu'Idrissa Chérif répandait sur notre pays en essayant de faire croire qu'un pays
étranger (la France) était le commanditaire de l'acte de Toumba alors que tout le monde sait que c'est un comportement de malfrats de la pire espèce,qui est devenu le réflexe conditionné de
l'Armée guinéenne dans toutes ses composantes.Même s'il se peut aussi qu'on y trouve des éléments saints,isolés et muselés. Toujours est-il que les atrocités exercées sur deux soldats par
d'autres et qui ont fait par vidéos, le tour du monde, ces jours derniers,ne constituent qu'une petite illustration de la férocité sanguinaire de cette Armée, devenue un ramassis de criminels
invétérés. C'est en considération de tous ces aspects qui ne datent pas d'aujourd'hui, que j'ai écrit plus d'une fois que l'Armée guinéenne telle qu'elle est sortie du moule de Lansana Conté,
n'était plus composée que de ,groupements de tontons macoutes ,en référence à la situation militaire qui prévalait sous les Duvalier père et fils en Haïti de 1957 à 1986 .J'ai plus d'une fois
souligné aussi que ces tontons macoutes guinéens n'avaient ni la hauteur intellectuelle,ni l'épaisseur éthique pour mener le redressement de la Guinée. Bref les limites de Dadis et de ses
compagnons sont apparues très vite aux yeux de bien de nos compatriotes ,au point que ceux-ci sont passés rapidement de l'enthousiasme populaire à l'arrivée de la junte au pouvoir à la
désaffection grandissante . L'un des aspects flagrants de ces limites de celui qui voulait être l'inspirateur et le recours du redressement de la Guinée s'est concrétisé en le faisant tomber tête
baissée, dans la souricière du camp Koundara.En effet après les massacres massifs du 28 septeptembre 2009 et l'annonce de la commission d'enquête internationale , ce n'était plus l'entente
parfaite entre Dadis et Toumba et pourtant le patron n'a pas pu éviter le rendez-vous fatal où l'attendait son aide de camp.La suite est connue.Croyez-vous qu'une telle méconnaissance de son
environnement (hommes
et choses), pouvait-elle permettre à Dadis de contourner les multiples embûches dans la gestion de l' Etat? Si la popularité du Capitaine dont parlaient tant ses soutiens et courtisans ,était
réelle, comment expliquent-ils qu'au regard de la configuration géographique de la presqu'île de Kaloum, Toumba ait pu faire son coup et disparaître sans avoir été arrêté? Cela s'est passé le 3
décembre, nous sommes le 15 décembre. Il court toujours, mais les perroquets du CNDD ont réponse à tout pour faire taire sur leurs incompétences notoires en tout et leur vacuité insondable . Ils
n'ont même pas conscience de cet état. Bref, les insuffisances multidimensionnelles des militaires guinéens au pouvoir sont de telles tailles que tout citoyen sachant lire, écrire et réfléchir,
et même ayant des parents dans l'Armée, peut admettre que cette Armée ne peut pas réaliser l'aggiornamento de la démocratie et du dévelopement dans
notre pays. Ce constat n'est pas une critique à la personne physique de Dadis ou de Sékouba Konaté ou d'autres du CNDD, mais une invite à tout Guinéen capable de réfléchir à l'avenir de son pays
et lui dire que cet avenir dépend et surtout de l'encadrement sociopolitique du pays (à la merci des caprices du Président), mais aussi de chacun des Guinéens. Les agitations pour tels ou tels
hommes et femmes ne constituent pas l'essentiel. L'essentiel, au delà des belles intentions proclamées doit être la capacité physique, intellectuelle et éthique au service de son pays et tout
ceci ne s'acquiert pas parce qu'on tient un fusil. Tous ceux qui ont poussé et encouragé Dadis, qui semblait peut-être sincère dans ses premières déclarations d'il y a un an, à s'entêter dans la
quête du pouvoir avec leur théorie simpliste et fumeuse: (« Tu as conquis le pouvoir, tu l'organises et tu le conserves », sont aujourd'hui les
véritables responsables des malheurs qui lui sont arrivés le 3 décembre et dont sa famille souffrira des conséquences comme souffrent les familles qui ont perdu des leurs le 28
septembre 2009 . Ces choses ont beau être expliquées aux Guinéens, il s'en trouvera toujours qui s'accrocheront aux premiers bonimenteurs qui viendront leur promettre la lune.
C'est pourquoi, je demeure persuadé qu'il faut que le Forum des Forces vives plaident avec conviction, auprès de l'Union Africaine (UA), de la Communauté Economique des Etats de l'Afrique de
l'Ouest (CEDEAO) et de la Communauté internationale (Union Européenne (UE), USA, ONU), pour le retrait de l'Armée guinéenne de la vie politique guinéenne .Une fermeté sur ce point rendrait un
immense service non seulement à la Guinée mais à d'autres pays africains.Ce n'est pas parce qu'on a des armes payées par la collectivité nationale pour sa défense que ceux qui sont commis à cette
défense doivent se constituer en corps autonomes pour régenter toute la dite collectivité nationale.C'est ce qu'aurait pu exposer dès le d épart, aux envoyés du CNDD à Ouagadougou, un médiateur
soucieux du droit des gens et il semble que tel avait été la feuille de route assigné à Blaise Compaoré par la CEDEAO. Se souvenant peut-être de son
propre itinéraire, parsemé de cadavres mais ayant malgré tout, avec les années, revêtu l'habit de la notabilité, Compaoré avait pensé que les délégués guinéens n'étaient qu'à la recherche de
strapontins ministériels dans un gouvernement où les militaires du CNDD tiendraient le haut du pavé. Les vives réactions d'opposition des Forces vives à cette conception de la médiation , la
forte intervention du Président de la Commission de la CEDEAO, Mohamed Ibn Chambas et le communiqué final de la 9e session du Groupe International de Contact sur la Guinée (GIC-G), à Ouagadougou
le 13 décembre 2009, vont tous dans le sens d'une transition courte que les Forces vives guinéennes exigent composée de civils et suivie d'élections libres et démocratiques auxquelles ne
participerait aucun membre du CNDD.En outre, les recommandations faites pour le déploiement d'une force de protection des civils et d'assistance humanitaire en
Guinée renforcent également l'engagement des Forces vives guinéennes dans le combat pour la démocratie en Guinée.
II – LES FORCES VIVES TELLES QUE JE LES SENS.
L'apparent déblocage institutionnel intervenu en Guinée,après l'instauration formelle du multipartisme politique, a été accompagné par des tentatives de coordinations d'actions des partis
politiques de l'opposition , face au pouvoir de Lansana Conté.Sous diverses appellations successives, il s'agissait déjà de forum de l'oppostion politique qui a subi, à l'époque toutes sortes de
critiques , notamment de la part de ceux qui n'étaient pas sur le terrain.Bien que fondées pour certaines, beaucoup d'autres critiques ne tenaient pas compte des difficultés de l'exercise du
terrain. Les critiques les plus fréquentes étaient, entre autres,l'absence de synergie d'actions face au parti balbutiant de Conté (le P.U.P) qui s'accaparait de tous les leviers de commande de
l'Etat pour se renforcer au pouvoir.Une autre critique était la stigmatisation sans nuance des partis de l'opposition qu'on qualifiait de fondés sur une base
ethnique.Je vais y revenir.
Au sujet des pourparlers actuels, sur la Guinée, à Ouagadougou, dans le cadre de la CEDEAO, tout le monde sait que le Forum des Forces vives
dont on parle, est assez flou dans bien des esprits, mais comporte d'une part, les Partis politiques et,d'autre part,le Mouvement social guinéen ( les 8 Centrales Syndicales de Guinée,le Conseil
National des Organisations de la Société Civile Guinéenne et la Confédération patronale des Entreprises de Guinée « CPEG »).L'efficacité étant le but recherché dans le genre de pourparlers
rappelés ci-dessus, j'avais, à un moment, pensé que les syndicats , la société civile et la cpeg n'y avaient pas leur place, leur but n'étant pas dirctement les problèmes discutés à Ouagadougou.
Au demeurant ,sans être une obligation, parmi des dirigeants syndicaux , ceux de la société civile et ceux de la cpeg, certains doivent être, peut-être, adhérants d'un parti politique de leur
choix.Les grandes centrales syndicales ont d'ailleurs montré leur efficacité au cours des évènements de janvier-février 2007 en partant de
leur champ d'action de lutte pour les revendications des travailleurs. A cette occasion, ils ont pleinement joué le rôle moteur qui avait été le leur, face à la bride au cou des leaders
politiques par le pouvoir et l'atonie du militantisme politique.De même , malgré l'exception guinéenne en matière de négation de la démocratie, la Société civile guinéenne a rapidement pris un
essor remarquable en peu de temps. Elle a également joué un rôle dans les dramatiques évènements de janvier-février 2007.Elle a commencé sous Conté à jouer un rôle de porte-parole de la
démocratie, à chercher à travers des associations et des ONG des limites aux excès du marché et aux atteintes à l'environnement en sensibilisant l'opinion aux problèmes écologiques et enfin à
mener diverses actions dans la lutte contre la pauvreté.Enfin les dirigeants de la CPEG ont fort à faire pour des créations d'entreprises (principaux agents de
production de la richesse de la nation). On voit donc que syndicats , société civile et entreprises ont des terrains féconds de multiples actions sur lesquelles ils doivent agir pour plus
d'efficacité sociale au lieu de se disperser sur des activités de politique générale bien que tout se tienne. Les délégués des Forces vives à Ouagadougou ou ailleurs sur les grands problèmes
politiques, devraient être des leaders politiques , ayant une expérience de débat du type des thèmes traités. Chacun de ceux-ci devraient se souvenir que ce n'est pas à l'étranger qu'on fait sa
campagne électorale, ( à moins de déplacements spéciaux pour cela) , et il va de soi que les délégués doivent strictement agir et parler au nom de l'ensemble des leaders des Forces vives et je
crois que c'est ce qui se passe jusqu'ici.
Je renouvelle ces remarques,déjà connues ou appliquées pour souligner qu'il faut en arriver en Guinée à la division sociale du travail.Or ce qu'on constate très souvent , dans notre pays , est
toujours la mobilisation générale de tout le monde pour tout ce qui s'entreprend, autour de vastes forums, où chacun
est content d'être vu mais d'où il peut ne rien sortir de concret. Certes, un forum est une réunion avec débat autour d'un sujet qui peut certes enrichir tous les participants sur le thème
traité, mais l'objectif d'atteindre des résultats concrets, comme c'est le cas des pourparlers de Ouagadougou ou d'ailleurs , peut conduire à limiter à un tout petit nombre de délégués porteurs
du consensus qui a été dégagé en Guinée.Pour ce qui s'est passé à Ouagadougou, je crois qu'on a réussi, cette fois, à s'autodiscipliner. Cela est bon pour la suite de la bataille.
Je viens d'indiquer que ce type de mission doit revenir aux leaders politiques mais il faut absolument,qu'en dehors de cette mission, les Guinéens serrent les rangs autour des partis politiques
de leur choix pour que cela mène à la démilitarisation de la vie politique dans notre pays.C'est la voie du salut démocratique .J'ai souvent écrit qu'il fallait éviter des critiques sans
fondement contre ceux qui luttaient dans l'opposition sous le régime de Lansana Conté, dans un contexte de non droit et de situation économique et sociale difficile. Ceci est encore valable
aujourd'hui. Ainsi, dans l' article: »Guinée – La guerre du feu », sur sites autour des 14-15 avril 2008,je présente une défense et illustration des partis politiques d'opposition pour des
raisons qui me paraissent encore d'actualité dans ces jours de bataille rude pour la démocratie en Guinée.En substance, j'indiquais dans cet article les faits suivants:
a) l'instauration du multipartisme (formel) du début des annéés 90, doit beaucoup à l'action des grands leaders politiques de l'opposition même s'ils n'ont pas été capables de
répondre par une action concertée à la demande de renouvellement politique souhaitée alors par la population réelle du pays.Mais l'absence d'Etat de droit, le difficile contexte économique ont
joué contre eux.L'examen de ces aspects aurait dû ( doit toujours) conduire à des critiques constructives qu'à des philippiques enflammées.
b) les critiques fréquemment émises sur les fondements ethniques des partis politiques d'opposition ne m'ont jamais paru comme des critiques solides.Elles ignorent les réalités
des régions nodales que sont nos quatre régions;Celles-ci doivent être perçues comme noeuds de toute une série d'interactions humaines, géographiques, historiques, économiques etc. Perçues comme
noeuds dans l'espace national guinéen, les quatre régions peuvent servir de point de départ à des partis politiques,comme cela s'est passé ailleurs dans le monde, sans que ces partis soient
catalogués d'ethniques, d'autant plus que la mobilité spatiale de la population depuis l'indépendance, a conduit dans chaque région à l'installation de minorités « allogènes » non négligeables .
A long terme, les régions peuvent réciproquement irradier les unes sur les autres. Ces irradiations multipolaires des régions nodales finiront sous
l'impulsion de l'administration , des partis politiques et d'autres acteurs institutionnels par former un tout national homogène institutionnellement. On voit donc que de l'hétérogénéité des
partis et des régions dits ethniques , on finira par obtenir une homogénéité nationale de composition des partis. Le parti ayant démarré à tel point du territoire national verra son odience
proportionnelle étendue à tout le territoire national.Il faut du temps mais c'est le schéma d'évolution que j'imagine pour les partis d'aujourd'hui.Et ce ne sont pas des ukases ou des
récréminations qui changeront l'état actuel des choses. Si les leaders ont la fibre nationale et sont en puissance de véritables hommes et femmes d'Etat, il n' y a pas de raisons valables de les
accabler d'ethnocentrisme. Question d'ailleurs sur laquelle, on doit être vigilant.L'ethnocentrisme se maintiendra si certains continuent de s'accrocher à des ignorants bavards.
Une politique d'éducation de la jeunesse par des écoles répandues aux quatre coins du pays aidera à consolider l'évolution dans l'unité guinéenne en construction.
Les contremaîtres de ce chantier de construction sont nos leaders politiques qu'il faut encourager au lieu d'affaiblir alors qu'ils ne sont pas les responsables directs de la catastrophe
guinéenne.Ceux qui sont coupables de malversations dans la gestion des biens collectifs , doivent en répondre mais pas dans le cadre d'un choix entre militaires et civils pour le gouvernement de
la République de Guinée.L'encadrement militaire n'a pas non plus des mains propres sur ce chapitre. Lansana Conté et ses officiers supérieurs ont été autant des pilleurs des ressources
économiques du pays que des ministre et cadres supérieurs civils.Mais les militaires n'ont jamais été visés par les campagnes d' audits annoncés par Dadis.Tout le monde se souvient,comment en
juin 1979, un Conseil Révolutionnaire des Forces Armées ghanéennes,conduit par le capitaine Jerry Rawling s'est emparé du pouvoir pour lutter contre la corruption; les deux
précédents Présidents , les généraux Acheampong et Akuffo sont fusillés. Le ménage fait d'abord dans l'armée, Rawling remet trois mois après, le pouvoir aux civils en septembre 1979 et le Docteur
Hilla Limann est élu Président. Même si Rawling est revenu deux ans plus tard, le Ghana a amorcé lentement une évolution positive dans sa construction qui ne s'est pas encore démentie.Le Ghana
est aujourd'hui une démocratie , politique ,économique et sociale solide de l'Afrique de l'Ouest.
Ces observations m'amènent à affirmer que les Forces vives représentées par des leaders politiques solides diposent des atouts solides dans les pourpalers de Ouagadougou et dans d'autres
pourparlers à venir. Je reviendrai sur ces atouts, mais d'ors et déjà, il faut signaler que:
a) Le CNDD a montré ses limites à diriger un peuple par ses méthodes barbares qu'il a étalées aux yeux du monde entier.Si des discussions ne peuvent pas les conduire à se retirer
de la scène politique, les Forces vives doivent persuader,d'une part, comme cela se passe déjà , plutot bien , l'UA et la CEDEAO,et, d'autre part, la Communauté internationale d'intervenir en
Guinée pour ,au moins, défendre la population contre son armée composée de criminels récidivistes.
b) Ceux qui mettent en doute l'éventualité d'une intervention extérieure en Guinée, parce que des déclarations extérieures ne se font pas entendre sur la crise guinéenne,ne me
semblent pas avoir compris certaines choses.En ce qui concerne la CEDEAO, on ne peut plus dire qu'il y a désintérêt,bien au contraire, car c'est à la suite d'une déclaration sur cette crise par
Mohamed Ibn Chambas, Président de la Commission de la CEDEAO, défavorable à Dadis que les deux folkloriques diplomates du CNDD (Moussa Kéita et Idrissa Chérif) avaient voulu surseoir leur
participation à la suite des discussions menées par Compaoré, pour,esuite s'y rendre le 13 décembre. Par ailleurs la dicrétion sur le sujet,observée par certains , du côté de la Communauté
internationale (Union Européenne, USA), après des condamnations sans ambiguïté des massacres du mois de septembre, est sans doute , due au fait de ne pas gêner
l'Union Africaine (son Président de la Commission de l'UA, Jean Ping) et la CEDEAO.Il ne faut d'ailleurs pas oublier que l'intensité des condamnations des criminels du CNDD ne pouvait pas laisser
indifférentes l'UA et encore moins la CEDEAO auprès de laquelle les Forces vives ont une vraie carte à jouer.Enfin quand on parle de la Communauté internationale et notamment les pays
occidentaux, certain Guinéens sont toujours prêts à ressortir des rengaines éculées sur le néocolonialisme et l'impérialisme des années 60.On a même entendu l'Archevêque de Conakry, recourir à de
tels arguments pour expliquer les massacres du 28 septembre dernier .Le pauvre Idrissa Chérif vient encore de trouver dans l'attentat de Toumba contre Dadis, la main de la France, alors que lui
et Toumba étaient souvent mains dans les mains sans qu'il ait pensé un instant reconnaître en lui un agent étranger.Bref tout ce contexte explique sans doute que
des commentaires ne soient pas fréquemment entendus dans des milieux dirigeants occidentaux ,mais qui, je le pense, ne demeureraient pas inactifs à prendre des mesures conformes au droit
international et à la protection des droits de l'homme si les Africains les y pressaient.Pour ce qui concerne les Nations Unies , une Commission d'enquête internationale sur événements du mois de
septembre s'est déjà rendue en Guinée.
Les Guinéens doivent donc serrer les rangs derrière les principaux partis politiques que tout le monde connaît et dont les leaders ont montré par un long combat qu'ils sont mieux préparés que des
miltaires pour concevoir un projet politique de société et assumer la gestion des services de l'Etat guinéen.C'est ce que je crois.Cette assertion n'est pas un appel à un comportement moutonnier
des citoyens mais à l'encouragement de contributions constructives en lieu et place de diatribes velléitaires.
(A SUIVRE)
Pr Ansoumane Doré
(Dijon,
France)
Vingt quatre heures après la publication de la liste des membres du gouvernement, celui qui faisait les lectures des décrets et ordonnances de Dadis, Mandiou
Dioubaté, a annoncé la liste des membres du cabinet de Sekouba Konaté. Ce cabinet est largement composé de conseillers aux fonctions réelles non définies et qui d’après le communiqué officiel,
seraient précisées ultérieurement dans des lettres de mission. Comme quoi les habitudes ont la vie dure en Guinée, on ne définit pas les priorités, mais on nomme les gens avant de savoir ce
qu’ils peuvent faire.
Mais ce qui a surtout retenu l’attention du décret de Sekouba, ce sont ces deux noms :
- Ministère d'Etat chargé de la Sécurité présidentielle : commandant Claude Pivi
- Ministre Conseiller auprès du Président de la République chargé des services spéciaux, de la Lutte contre la drogue et du grand banditisme : lieutenant colonel Moussa Tiegboro
Camara.
La confirmation de ces deux personnages amène plusieurs observations.
-Deux criminels repêchés par Sekouba Konaté
Claude Pivi et Moussa Tiegboro Camara ont été cités par les rapports de Human Right Watch et de la Commission internationale d’enquête de l’ONU comme directement impliqués dans les massacres et exactions du 28 septembre 2009.
En dehors de leur implication directe dans ces évènements, ces deux ex Ministres de Dadis sont réputés pour leur méconnaissance des règles élémentaires des droits
de l’homme. Claude Pivi Coplan, mystificateur, s’est toujours fié à ses muscles pour intimider et terroriser les populations. Il est directement mêlé à la tuerie des policiers en
juin 2008 et après la prise du pouvoir par la junte, il a toujours profité de sa fonction officielle pour régler des comptes privés et effectuer des descentes punitives contre des personnes qui
avaient des démêlés avec des membres de sa famille ou ses proches
Quant à Tiégboro Camara, son mépris des droits humains s’est traduit par un appel à la justice privée car il n’a pas hésité à appeler la population à brûler les voleurs au lieu
de les déférer à la justice, il a humilié les prostituées en les faisant raser et dans sa prétendue lutte contre le banditisme, le narcotrafic, il a fait arrêter et détenir des personnes
pendant des mois sans aucun jugement et a commencé à exproprier certains sans aucune décision de justice.
Par conséquent le repêchage de ces sinistres personnes ne s’explique certainement pas par leur compétence mais par d’autres raisons que Sekouba seul connaît.
-Sekouba fait fi des recommandations du groupe international de contact
Lors de sa 10ème session le 26 janvier 2010, le Groupe international de contact sur la Guinée avait encouragé le Gouvernement de transition à ne pas inclure en son sein des individus suspectés d’être impliqués dans les massacres perpétrés à Conakry le 28 septembre 2009, et les autres crimes qui ont suivi. Il est alors très surprenant que Sekouba, dans un décret différent, ajoute ces deux ministres. Ce qui donne froid dans le dos, ce sont les propos mêmes de Sekouba qui dit qu’il faut parfois préférer la paix à la justice. Une sorte de chantage car en dehors des éléments de l’armée, personne ne menace la paix en Guinée et on ne saurait éternellement perpétuer une culture de l’impunité où les victimes doivent panser leurs plaies et ruminer leur peine en silence et les bourreaux régner au nom d’une paix de la terreur.
-Une dichotomie au sein de l’exécutif guinéen
Depuis la désignation des deux têtes de l’exécutif de la transition par Ouagadougou et par les forces vives, c’est sur Jean Marie Doré que se sont focalisées les critiques en raison d’une part du fait qu’il n’a pas clairement dit qu’il ne sera pas candidat aux prochaines élections, ce que les autres leaders et lui avaient reproché à Dadis et qui les a conduits à organiser la manifestation du 28 septembre et d’autre part, par le temps qu’il a pris pour former le gouvernement. Jusqu’ici certains présentaient Sekouba, qui était Ministre de la Défense de Dadis, comme le sauveur. Pourtant c’est lui qui dispose de l’essentiel du pouvoir en Guinée. Il peut bloquer les actions de Jean Marie Doré par un simple refus de signer un décret. D’ailleurs on peut se poser des questions sur ce qui a été mis sur le compte de certains faux pas de Jean Marie Doré. En effet, le samedi 13 février, celui-ci était sur le point de présenter les membres de son gouvernement : « Le gouvernement que je forme aujourd’hui et dont la liste des membres va vous être communiquée... », avant que ne soit interrompue, sans raison donnée, la diffusion.
Deux jours plus tard, le 15 février, ce n’est pas JMD, mais Sekouba Konaté en personne qui vient faire l’annonce du gouvernement, comme s’il entendait affirmer ses prérogatives. D’ailleurs les fonctions de certains conseillers de Sekouba s’apparentent à celles des Ministres de Doré. Ainsi Mr Boubacar Steph Conseiller chargé de l’Administration du Territoire et des Affaires électorales va certainement suivre de très près le Ministre de JMD Dr Newa Damé chargé de l’Administration du territoire et des affaires politiques. Plus surprenant de la part d’un « président par intérim » qui n’a pas d’ambition politique et qui ne veut pas s’éterniser au pouvoir, c’est d’avoir dans son cabinet un Administrateur général des grands projets en la personne de El Hadj Mamadou Mouctar Diallo qui semble cumuler à la fois les fonctions du Ministre des travaux publics occupé par Yamoudou Touré et celui du Plan et de la Coopération internationale où est maintenue Mme Zénab Saïfon Diallo. Sekouba a aussi gardé son compère de la Commission d’audit Me Alfred Mathos qu’il a nommé Agent judiciaire de l’Etat. Ce dernier va certainement pister le Ministre du Contrôle et des Audits, Kerfalla Camara. Il faut dire que Sekouba et sa commission d’audit avaient complètement rendu invisible le Ministre des audits, de la transparence et de la bonne gouvernance Monsieur Joseph Kandouno du gouvernement de Kabinet Komara.
L’adjonction par Sekouba des deux ministres criminels qui ne relèvent pas du gouvernement, mais de Sekouba lui-même, est une tradition instaurée par Dadis
Camara.
Sur les traces de Dadis
C’est avec Dadis que nous avons vu apparaître cette expression vide de sens « Ministre à la Présidence ». Dadis s’était ainsi éloigné du Ministre d’Etat aux affaires présidentielles du règne de Conté (notamment occupé par Fodé Bangoura).
Sur la liste des membres du gouvernement de Kabinet Komara, il y avait des Ministres, des Ministres à la Présidence et des Secrétaires généraux à la présidence etc. Parmi les Ministres et Secrétaires généraux à la Présidence figuraient :
-Sekouba Konaté, Ministre à la Présidence chargé de la Défense nationale
-Mr Boubacar Barry, Ministre à la Présidence chargé de la construction, de l’aménagement du territoire et du Patrimoine bâti
-Kéléti Faro, Secrétaire général à la Présidence
- le Capitaine Mamadou Sandé, Ministre à la présidence chargé de l’Economie et des Finances
- Le Commandant Tiégboro Camara, Secrétaire d’Etat à la présidence de la République chargé des services spéciaux, de la lutte anti-drogue et du grand banditisme (anciennement à
l’état major de l’armée).
En dehors de Boubacar Barry, tout ce cercle des Ministres à la présidence de Dadis Camara a été reconduit dans les instances de transition. Le Colonel Keleti Faro qui était devenu chef de délégation du CNDD à Ouagadougou depuis la prise des rênes du pouvoir par Sekouba et le capitaine Mamadou Sandé sont dans le gouvernement de JMD respectivement Ministres de l’agriculture et de l’énergie et l’hydraulique. Celui restant, Tiégboro est désormais sous l’aile de Sekouba.
L’autre héritage de Dadis que conserve Sekouba c’est ce Ministre étrange, celui de la Sécurité présidentielle. Une invention de Dadis qui érige en ministre la fonction de garde-corps. Pivi en reste le titulaire.
Sekouba a aussi continué cette tradition instaurée par Dadis de nommer une kyrielle de conseillers. Tout comme Dadis, il s’est entouré d’une vingtaine de
conseillers.
Mais Sekouba en qui certains ont vu l’incarnation du changement est-il vraiment l’homme de la situation ?
Espoir chimérique ou désespérant rêve de changement démocratique ?
Ce qui est surprenant c’est l’effervescence qu’a suscitée le choix de Sekouba auprès des forces vives guinéennes. Pourtant rien n’explique la nomination de Sekouba
à la tête de l’Etat après la tentative d’assassinat de Dadis. Sekouba n’était que le numéro trois de la junte. Pourtant, dès que Dadis a été victime d’une tentative d’assassinat, c’est lui que
les militaires ont attendu pour le couronner.
Comme après le décès de Sekou Touré en 1984 et celui de Lansana Conté en décembre 2008, la classe politique s’est empressée de faire allégeance en voyant en l’auto proclamé président, le Messie.
Ainsi les forces vives sont convaincues, comme elles l’avaient été avec Dadis, que Sekouba va instaurer la démocratie et restructurer l’armée.
Ce sentiment a été renforcé par la mise en scène organisée à Ouagadougou par le médiateur de la CEDEAO et les membres du CNDD. En effet, il a suffi qu’ils extirpent de manière soudaine et inattendue l’épouvantail de Dadis du Maroc pour le faire déambuler à Ouagadoudou, pour provoquer la panique chez les forces vives. Leurs cœurs vont d’autant battre la chamade que le scénario a ajouté des membres du CNDD proches de Dadis qui vont se rendre à Ouaga avec un avion spécial pour demander le retour de Dadis aux commandes. Il faut dire que ce script était nettement plus élaboré que les montages habituels de complots ou attentat comme celui d’Enco 5 ou encore les attaques simultanées venues de toutes nos frontières. Cela a produit son effet. Non seulement les forces vives ont confirmé l’onction de Sekouba, mais ont approuvé sans plus de condition l’accord de Ouaga qui les a pourtant éjectés des négociations.
Ainsi, les forces vives qui n’ont pas su prendre leur responsabilité le 3 décembre en constatant une vacance du pouvoir et s’entendre pour définir les modalités d’une transition civile et surtout sans le CNDD, ont réussi l’exploit de remettre en selle le CNDD qui a lui seul dispose du tiers des portefeuilles ministériels.
Mais comme on dit, aléa Jacta est (les dés sont déjà jetés).
Maintenant voyons si Sekoua a vraiment l’étoffe pour incarner le changement !
Un des défis qui l’attend c’est celui de la réforme de l’armée. Sekouba était Ministre de la Défense de Dadis. Un de ses hommes de confiance. L’armée guinéenne a toujours eu un grave problème de discipline. Pourtant, pendant toute l’année qu’il était à la tête de ce ministère qu’il cumule désormais avec ses fonctions de président par intérim, Sekouba n’a jamais engagé de réforme. Au contraire, avec Dadis, il va instaurer le culte de la personnalité dans les garnisons en faisant jurer soldats, gendarmes et policiers fidélité à Dadis et à lui Sekouba (et non à la Nation), ce, oh blasphème ! en les faisant jurer sur le Coran et la Bible à la fois. Sekouba aurait il changé en un an ? Nous attendons de voir.
Une des raisons pour lesquelles la communauté internationale qui a certainement noté le manque de directive et l’inconsistance de la classe politique guinéenne, a misé sur Sekouba Konaté, c’est sa non implication directe dans les évènements du 28 septembre 2009. C’est vrai qu’à cette date il était « absent ». D’après une dépêche de l’AFP « Pendant le massacre d'opposants perpétré le 28 septembre à Conakry par les forces de sécurité, Konaté était "en mission à l'intérieur du pays", selon des sources militaires ». Mais la question se pose de savoir s’il était informé comme le laisse supposer le même article « Et apparemment, il n'était pas du tout d'accord avec la façon dont cette répression sanglante s'est passé", glisse le même opposant »(http://www.emarrakech.info/Le-general-Sekouba-Konate,-le-tigre-,-nouvel-homme-fort-de-Guinee_a30708.html). D’après d’autres sources, Sekouba se serait rendu à des funérailles, et comme la nature fait bien les choses, son avion serait tombé en panne à Faranah.
De même, le 3 décembre, lorsque Toumba Diakité a tiré sur Dadis Camara, il était absent. Il s’était envolé dans la nuit du 30 novembre au 1er décembre pour le Liban par un vol de la Royale Air Maroc via Casablanca. Cette fois là, Sekouba aurait été en mission dans le pays du Cèdre.
La question se pose de savoir si Sekouba était informé des actes préparés. En lui octroyant le bénéfice du doute qu’il n’était pas informé, cela suppose qu’il ne contrôle pas réellement l’armée qu’il a vocation à réformer. Et s’il était informé, cela signifie qu’il a toujours opté pour la fuite que de s’opposer aux crimes des soldats qui sont sous ses ordres. Aujourd’hui a-t-il plus de pugnacité pour affronter la réalité ?
Une dernière observation c’est que Sekouba et Pivi auraient projeté d’arrêter Toumba Diakité au lendemain des massacres et atrocités du 28 septembre. Cette alliance qu’il a avec Pivi n’a jamais été démentie même quand les rapports de HRW et de la Commission internationale de l’ONU ont directement mis en cause la responsabilité pénale de celui qu’il a repêché comme Ministre chargé de sa sécurité.
Sekouba Konaté, ancien président de la Commission d’Audit qui octroyait des marchés de l’Etat à son épouse, ses amis et qui a fait nommer des hommes d’affaire qui lui sont très proches comme Consuls honoraires de la République de Guinée au Maroc (Roda Fawaz, (ex !) Trafiquant d’armes) et au Liban Ali Saadi) et qui compte dans son carré d’ami le chef d’état major Oumar Sano, va-t-il se convertir à la démocratie et favoriser des élections libres et transparentes dans un délai désormais restant de cinq mois ?
Hassatou Baldé
Extraits choisis du Rapport de la commission internationale d’enquête des Nations Unies
Le coup d’Etat de décembre 2008 (p.12 paragraphes 44 et suivants) :
Le Président Lansana Conté est décédé le 22 décembre 2008, après 24 années à la tête de la Guinée. Suite à l’annonce du décès de Conté, des dignitaires de l’armée proclament unilatéralement la
dissolution du Gouvernement dans un discours de rupture avec le régime de Lansana Conté.
Trois groupes militaires, dirigés respectivement par le général de brigade Sekouba Konaté, le général de division Mamadouba Toto Camara et le capitaine Moussa Dadis Camara entament alors
des négociations afin de déterminer qui doit prendre les rênes de l’Etat. Le capitaine Moussa Dadis Camara finit par devenir Président de la République me 23 décembre. Le jour même, il
annonce la suspension des institutions et de la Constitution, en même temps que la création, avec ses officiers, d’un « Conseil national pour la démocratie et le développement » (CNDD).
Les dispositions légales en particulier celles de la Constitution, ne furent pas respectées puisque celles-ci confiaient au Président de l’Assemblée nationale le soin de gérer temporairement les
affaires d’Etat et d’organiser des élections présidentielles dans les 60 jours. La CEDEAO et l’Union africaine ont condamné dès le 24 décembre cette prise de pouvoir anticonstitutionnel et, le 10
janvier 2009, la CEDEAO a suspendu la Guinée de ses instances de décision.
En dépit d’une armée connue pour le faible niveau de formation de la majorité de son personnel, pour son indiscipline et pour la violence de certaines unités livrées à elles mêmes, la
junte militaire prétend qu’elle va mettre fin à la corruption des années de Conté. Dans un contexte d’impunité généralisée, elle est néanmoins accueillie par de nombreux Guinéens comme
un rempart contre la corruption, le détournement de fonds, le trafic de drogue et l’insécurité qui gangrenaient les institutions…
Paragraphe 37 et suivants
Par ordonnance du 4 janvier 2009, quatre bataillons de l’armée formés de troupes spéciales, soit le bataillon autonome des troupes aéroportées, le bataillon spécial des rangers, le
bataillon chinois et le bataillon de la sécurité présidentielle (connu aussi sous le nom de garde présidentielle), ont été regroupés en un régiment de commandos parachutistes dépendant du
Ministère de la sécurité présidentielle, placé sous la direction du capitaine Claude Pivi.
…
C’est le Président qui exerce le commandement de ces troupes, par le truchement du Ministre de la défense, tandis que le Ministre de la sécurité présidentielle affirme, par sa part,
« coordonner le commandement au niveau de la présidence ».
Paragraphe 252 et suivants :
La Commission pense toutefois qu’une enquête approfondie sera nécessaire pour déterminer le degré de leur implication et d’envisager une responsabilité
individuelle découlant de leurs actions.
Au nombre de ces personnes pourraient figurer :
-le sous-lieutenant Marcel Koivogui, aide de camp du lieutenant Touma, et le chauffeur du Président, Sankara Kaba, en particulier en relation avec leur implication directe dans les évènements où
ils onté été identifiés personnellement par de nombreux témoins.
-Le Ministre de la sécurité publique, le général de division Mamadouba Toto Camara, ainsi que les cadres de la Police nationale, en particulier en ce qui concerne l’implication de la police dans
les évènements
-Le général de brigade Sékouba Konaté, Ministre en charge de la défense, ainsi que les cadres de l’armée, y compris ceux de la Gendarmerie nationale, et les responsables des camps
militaires, en particulier en ce qui concerne l’implication des gendarmes dans les évènements et l’implication des gendarmes et des militaires dans le déplacement des cadavres et dans les autres
évènements qui ont eu lieu dans les camps de Samory Touré et de Kundara.